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Mehdi Dehbi n’est pas une femme comme les autres

Par Louis Maury mardi 01 décembre 2009, à 19h55 | 7423 vues
Plus de: interview, Mehdi Dehbi, Antoine de Caunes, travestis

INTERVIEW. Dans «La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy», le jeune acteur crève l’écran en travesti d’origine algérienne cherchant à entrer dans la vie d’Antoine de Caunes. Rencontre.



Dix ans après l'excellent accueil réservé à L'Homme est une femme comme les autres, Jean-Jacques Zilbermann filme à nouveau son personnage fétiche, Simon Eskenazy, un musicien juif homosexuel. Dans cette suite, il succombe à Naïm, un jeune travesti musulman... Summum du rôle casse-gueule, l'acteur Mehdi Dehbi s'approprie le rôle de Naïm (ci-dessous, à gauche, en compagnie d'Antoine De Caunes) avec élégance et humour. Rencontre avec ce comédien dont la prestation est saluée par tous. Au Point que l'académie des César l'a déjà pré-sélectionné dans la catégorie des «Révélations de l'année».
 
TÊTU: Beaucoup de spectateurs vont vous découvrir avec ce film. D'où venez-vous?
Mehdi Dehbi:
Je suis d'origine belge. J'ai tourné un premier long-métrage, Le Soleil assassiné, quand j'avais 16 ans. Il était réalisé par Abdelkrim Bahloul et produit par les frères Dardenne J'avais le rôle principal avec Charles Berling. J'ai ensuite intégré le Conservatoire Royal de Bruxelles, puis au Conservatoire National d'Art Dramatique de Paris, puis un conservatoire à Londres. J'ai enchaîné avec le film de Jean Jacques et aussi Sweet Valentine, le premier film d’Emma Luchini qui sortira prochainement. J'ai aussi fait du théâtre avec une pièce, Terre Sainte, de Mohamed Kacimi, ou je joue un palestinien. Et une autre, Baïbars ou Le mamelouk qui devint sultan que Marcel Bozonnet met en scène et que je joue en tournée.
 
Comment vous êtes-vous retrouvé sur le film La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy?
Grâce à une audition par mon agent. J'ai été mobilisé sur ce film presque un an, de novembre 2007 à fin septembre 2008.
 
Quand vous avez lu le scénario, avez-vous pensé aux travers dans lesquels il ne fallait pas tomber? Et comment avez-vous composé ce personnage?
En travaillant énormément en amont. La difficulté était de m'harmoniser avec le regard du réalisateur qui partait d'une image réelle. Car cette histoire est très proche de celle qu'a vécue Jean-Jacques. Je composais avec mon imaginaire et lui avec ses souvenirs. Jouer une femme, un homme, un travesti, un musulman... ce n'étaient que des observations.
 
Pourtant vous êtes aussi crédible, et attirant, en homme qu'en femme?
J'ai eu des coachs qui m'ont appris à travailler sur moi. A explorer ma féminité, comme ma masculinité. Jean-Jacques m'a montré des films comme Priscilla. L'idée n'était pas de copier, mais de voir comment un homme pouvait s'emparer le rôle d'un travesti au cinéma. J'ai rencontré des gens comme Jenny Bel Air, qui m'a fait pénétrer dans un certain milieu, le milieu de la nuit, que je ne connaissais pas. Pour être juste et aller plus loin...
 
L'autre point fort du film, c'est d'aborder à la fois judaïté et islam. Qui comme la plupart des religions n'est guère ouverte sur l'homosexualité?
Si j'avais lu un scénario communautariste, ghettoïsant, je l'aurais refusé. Quand on voit le film, on découvre avant tout une vraie histoire d'amour. Pas une histoire entre un travesti musulman et un juif. Même si dans les faits, c'est cela. J'ai juste demandé à ce que le nom change. A l'origine, c'était Mohammed.
 
Qu'est ce qui vous surprend dans l'accueil réservé au film?

Il y a énormément de retours. Le film est bien reçu. Et il y a assez peu de questions communautaristes. Le réalisateur ne cherche pas à faire un débat sur le sujet.
 
Cet été, dans le polar La Reine des Connes que France 2 présentait, Clément Hervieu-Léger avait un rôle pas très éloigné du votre. Il avait eu du mal à retrouver ses marques. Cela vous est arrivé?
Le seul trouble que j'ai eu, ce fut la fin du tournage, car j'ai aimé ce film et son équipe. Comme un baby blues. Mais je n'ai pas eu de crise identitaire après. Ce rôle m'a permis d'explorer ma féminité, que je ne cherche pas à cacher. Etre une femme, c'est au-delà d'être féminin. C'est cela que j'ai vécu sur ce film et de comprendre ce que c'est d'être une actrice.

Que vous le vouliez ou pas, vous allez peut-être devenir un modèle autour de la question du genre et de l'identité qui se pose de plus en plus ? Cela vous inquiète?

C'est mon personnage qui portera parole, pas moi. J'ai défendu un rôle tout simplement. J'ai envie de passer d'un extrême à l'autre, de montrer que tout cela est humain, et qu'être juif, musulman, homme ou femme, tant que l'on est en vérité avec soi-même, c'est le plus important...

Quels sont vos projets?

Je prépare le prochain film de Mehdi Ben Attia, Alter Ego, ou je vais encore avoir un personnage double. Cela ne me quitte pas...

Propos recueillis par Louis Maury

La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy, de Jean-Jacques Zilbermann, avec : Antoine de Caunes, Mehdi Dehbi, Elsa Zylberstein, Judith Magre. En salles le mercredi 2 décembre.

Bande-annonce de La Folle histoire d'amour de Simon Eskenazy:

Lire aussi l’interview d’Antoine de Caunes dans TÊTU (n°150, daté décembre). Toujours en kiosques.

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«Simon Eskenazy», «Paranormal Activity», «The Road»… Notre sélection ciné

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3 réactions de la communauté

 
J_P_M

De J_P_M

Le 02 décembre à 14h24

"Travesti d’origine algérien" ? Pour écrire à destination d'un large public, il n'est pas nécessaire d'avoir quelques notions de grammaire ?

 
Sylvain Zimmermann

De Sylvain Zimmermann

Le 02 décembre à 14h33

C'est corrigé.

 
Pascal Vanves

De Pascal Vanves

Le 03 décembre à 17h33

.... gentil film mais effectivement Mehdi Dehbi crève l'écran de par sa vivacité mais aussi sa sensibilité... et il est vraiment canon ! sincères félicitation pour sa tenue dans ce rôle pas facile....

 
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