Marina and the Diamonds: «Ma musique parle aux gays et aux lesbiennes»
INTERVIEW. Déjà comparée à Florence and The Machine et Lily Allen, la jeune chanteuse galloise d’origine grecque est l’une des sensations pop de ce printemps. Entretien.
«Diamonds are forever, they’re all I need to please me…» chantait la jamesbondesque Shirley Bassey. Et pour le coup, nous, on aimerait bien que Marina and The Diamonds honore son nom de scène en durant «forever». Dans cette flopée d’artistes girly pop 80’s que la BBC vante depuis deux ans (Little Boots, La Roux, Ladyhawke), la jeune chanteuse de 24 ans se démarque de loin avec les vraies bonnes chansons de son premier album, The Family Jewels. En plus, la belle Galloise a des origines grecques, ce qui – sans vraie bonne raison – lui donne un potentiel cool quasi-instantané. Rencontre.
Qu’est ce que la culture pop pour toi?
Marina and the Diamonds: C’est assez important pour moi, parce que c’est mon métier, et parce que je suis très inspirée par ce qu’il se passe autour de moi. Je pense que la culture pop est très présente dans mon album, parce qu’elle m’influence au quotidien. Finalement, je dirais que la culture pop est une sorte de démarche pour plaire au plus grand nombre, trouver une signification à leurs yeux, malgré le côté négatif que cela peut impliquer.
Qu’est ce qui n’est pas pop?
Les films indépendants, la musique indé, tout ce qui ne devient pas mainstream, parce que la culture pop est mainstream.
Quelles sont tes influences pop?
Ça n’a pas forcément à voir avec la musique, même si c’est mon domaine. Je préfère m’inspirer d’images, qu’elles viennent de designers, de peintres, ou simplement les images que j’ai en tête. Par exemple, quelqu’un comme Vivienne Westwood représente vraiment la culture pop britannique, elle fait partie de ces rares personnages originaux et excentriques qui inspirent. Christian Lacroix aussi, c’est le summum de l’excentricité.
Un objet pop?
Une poupée Barbie, sans hésiter. La couverture de mon album est inspirée des poupées Barbie des années 70, dont la perfection des traits et finitions donne finalement un vrai côté fake.
Ton univers visuel est très fort, est-ce qu’il représente bien ce qu’il se passe dans ta tête?
Oui, absolument. Je crois que c’est pour ça que j’investis autant de temps et d’énergie dans mes vidéos. Mon travail ne serait pas complet si j’avais des clips cheaps et ennuyeux, alors que j’écris mes chansons avec des images vives dans ma tête. Je veux créer cet univers pour la personne qui m’écoute. Parallèlement, j’essaie aussi d’écrire des textes qui soient très visuels et expressifs. Ça va ensemble.
On te compare souvent à Kate Bush pour ta façon de raconter des histoires. Qu’en penses-tu?
Oui, c’est possible, c’est vrai que je suis assez narrative. C’est assez naturel pour moi, je n’aime pas trop les paroles fonctionnelles, du style «Hey baby baby, I’m in love». Peut-être parce que je ressens que j’ai une histoire à raconter, et que du coup mon travail est devenu très narratif. Ça changera peut-être dans le futur.
Si tu n’avais pas la musique, comment t’exprimerais-tu?
Je finirais à l’asile! Je deviendrais folle, c’est sûr.
Quand j’étais petit, le père d’une de mes amies disait: «Quand tu parles d’art, il faut dire deux contraires dans la même phrase». Par exemple: «Ce tableau me nourrit de famine» ou «Wow, cette photo est inspirée d’un passé tellement futuriste». Si tu devais décrire ton univers de cette manière, que dirais-tu?
Oh mon Dieu, c’est dur…
Essaie, moins ça a de sens plus t’auras l’air cool…
Attends, je vais essayer. Mon univers, c’est comme le soleil qui brillerait la nuit!
Ah ouais c’est cool ça! On t’a vue récemment à la Cigale et à l’entrée on t'a demandé: «Est-ce que Marina and the Diamonds est déjà sur scène?». A quoi on nous a répondu: «Je sais pas, mais il y a une folle qui a l’air tout droit échappée de l’Eurovision période 80’s». T’en penses quoi?
Hum, pour être honnête…pas top. C’est dingue comment un style n’est pas perçu de la même manière dans chaque culture, bien que je pense que mon univers fonctionne ici. Cela dépend aussi de comment tu te sens. Si un soir tu manques de confiance ou tu es de mauvaise humeur, c’est pile ou face, ça peut partir dans tous les sens.
J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de musiciens qui utilisaient «and the» dans leur nom de scène: Marina and the Diamonds, Florence and the Machine, Samuel and the Dragon… Tu nous éclaires sur cette mystérieuse tendance?
Je ne sais pas, j’ai choisi ce nom il y a 4 ans et demi, sans raison particulière. Je ne voulais simplement pas être appelée Marina Diamandis. Alors j’ai inventé ça et ensuite ça a pris un véritable sens, comme si mon public était les diamants. Les gens aiment bien penser qu’on fait partie d’un tout commun, et ils ont raison, si je fais tout ça c’est aussi grâce à eux.
Que penses-tu de la mode? (Marina porte une combinaison avec une capuche en forme de tête de panda)
J’ai envie de m’amuser avec la mode, je ne prends pas ça trop au sérieux. Je déteste la prétention inhérente à la mode, tu sais, ce qui fait que les gens qui ne s’y connaissent pas beaucoup ou qui ne possèdent pas les fringues les plus chères se sentent nuls. Je n’aime vraiment pas cette sorte de hiérarchie des codes. C’est pour ça que je m’en amuse, sans m’y perdre. Mais après, c’est un bon moyen de s’exprimer, et de dévoiler certains aspects de sa personnalité, sans parler.
Ton premier album, The Family Jewels, vient de sortir, tu te sens comment?
Je suis très heureuse de l’avoir terminé ! En fait, je me sens assez détachée maintenant, je ne suis ni stressée ni trop enthousiaste, j’espère simplement que le public va l’aimer. Autant tu peux tout contrôler en studio, autant après c’est lui qui décide du succès de ton travail. Mais je souhaite une très longue vie à mon album ! (Rires).
Dis, on parle un peu de ton public gay?
(Rires) Carrément, avec plaisir!
Le public gay t'a adoptée très rapidement, comment l'expliques-tu? Tu en as conscience?
Oui, beaucoup de mes fans sont gays. Un des thèmes pricipaux de l'album est le fait d'être un outsider, de la souffrance que cela implique en grandissant. Dans mes chansons, je raconte comment je me suis battue pour être acceptée telle que je suis, et forcément, ça parle aux gays et aux lesbiennes. Et j'exprime tout ça dans un univers très théâtral. Finalement, on a beaucoup de choses en commun.
Les gays font-ils partie de ta vie?
Mon meilleur ami est gay, mon styliste est gay, mon tour manager est gay... Je ne les ai pas choisis pour ça, mais ils ont des qualités et une personnalité qui me touchent. La société les a mis à l'épreuve, et ils ont aujourd'hui une volonté et une joie de vivre exemplaires. Je les aime vraiment.
The Family Jewels, de Marina and the Diamonds (Warner).
(Re)découvrez le clip du premier extrait de son album, Hollywood:

























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De Freakboy
très belle voix je trouve, original...