Les lettres de Colette à Missy lues par Isabelle Zribi
L'actualité littéraire lue par une écrivaine. Aujourd'hui, ce sont les très émouvantes «Lettres à Missy» écrites par Colette entre 1907 et 1940 à son cher «velours chéri», la très butch Baronne de Morny...
«C'est toujours avec une curiosité toute particulière que l'on aborde la correspondance des amantes qui ont marqué l'histoire de la littérature; lettres cachées de Virginia Woolf à Vita Sackville-West, retrouvées par hasard dans un faux fond du bureau de l'écrivain, Lettre à mon frère féminin adressée par Marina Tsvétaïeva à Natalie Clifford Barney... On espère, peut-être naïvement, y trouver un tissu amoureux plus réel que dans les romans et, notre intérêt est d'autant plus aiguisé qu'en matière de relations entre femmes, la fiction tout autant que les biographies des écrivains sont souvent lacunaires, sinon muettes. Les éditions Flammarion nous donnent l'occasion de découvrir les Lettres à Missy, adressées par Colette à la marquise de Morny de 1907 à 1940.
Ces lettres forment une esquisse pudique de l'histoire d'amour puis d'amitié du couple butch-fem le plus célèbre de la littérature française. C'est ici le point de vue de Colette que ces lettres nous délivrent. Au moment de leur rencontre, Colette est mariée à Willy, qui facilite la relation des deux femmes. Depuis Bordeaux, Nice, Liège ou Bruxelles, où Colette, actrice, part en tournée, elle écrit à son amante, Missy, les divers incidents et anecdotes de ses voyages: potins, repas, succès...Du temps de leur liaison, les lettres sont emportées, et évoquent l'ennui de Colette sans Missy, le temps qui reste avant de la voir: «je piétine pour faire avancer le temps. Je t'embrasse mon cœur chéri, c'est toi ma vraie Raison-de-vivre»(Lettre d'octobre 1908), leurs disputes et leurs réconciliations, rendues fréquentes par la personnalité de Colette: «je voudrais ne jamais être méchante ni impatiente, ni «irrespectueuse». Mais je suis un cheval si mal mis !». Missy se présente comme une figure tantôt féminine, parfois presque maternelle, tantôt masculine, Colette la nommant alternativement «ma chérie», «mon si gentil», «mon Missy», « le juste Missy », ou encore Max. Puis, en 1911, les deux femmes se séparent, et après de longues années de silence, les lettres reprennent dans les années trente, cette fois amicales. Là encore, les deux femmes aiment à jouer du genre de Missy: cette dernière envoie à Colette des colis de friandises adressés par «Monsieur de Morny», et Colette raconte que son amie Katia, ayant rencontré Missy pour la première fois «est persuadée que nous lui montons tous un bateau et que Monsieur de Morny est bien...ce qu'il semble être».
Les Lettres à Missy épaississent ainsi le mystère qui entoure la figure de la baronne de Morny, que Colette a évoquée dans Le pur et l'impur sous les traits de la Chevalière, qu'elle décrit comme «cette femme à la dégaine de beau garçon qui endura la peine et l'orgueil de ne pas pouvoir lier honnêtement amitié avec des femmes ».
Isabelle Zribi est née en 1974. Elle vit et travaille à Paris. Elle a publié MJ Faust (Comp'Act, 2003), Bienvenue à Bathory (Verticales, 2007), et Tous les soirs de ma vie (Verticales, 2009). Elle a fondé et coanime la revue Action restreinte (théories et expériences de la fiction).






















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De NémoGizmo
excellent!
Colette est 1 "classique" tjrs agréable -parfois plein de fantaisie- à relire.
ses amours n'en sont pas moins intéressantEs, elles peuvent aussi éclairer l'oeuvre.