Les lesbiennes en images à travers les siècles
L’homosexualité féminine a depuis toujours inspiré les artistes. Mais l’intention n’était pas la même sous le pinceau de Courbet et dans l’objectif de Tee Corinne. Thomas Schlesser, historien de l’art, revient pour TÊTUE sur l’évolution de la représentation du lesbianisme dans l’art pictural.

TÊTUE: Depuis quand l'homosexualité féminine a-t-elle inspiré les artistes?
Thomas Schlesser: On voit beaucoup de représentations du lesbianisme à partir du XVIème siècle. Mais les artistes devaient utiliser des procédés rendant leurs tableaux acceptables, et mettre de la distance entre leur œuvre et la réalité puisque l'homosexualité n'était pas acceptée. Le mythe de Jupiter et Callisto a, jusqu'au XVIIIème siècle, servi de prétexte à cela (pour pouvoir faire l'amour avec Callisto, Jupiter se transforme en femme). Il faut attendre la fin du XIXème pour voir clairement l'homosexualité féminine devenir un sujet à part entière, avec notamment, Le Sommeil (1866) de Gustave Courbet (ci-dessus). Avant lui, il y a eu quelques exceptions, mais on ne sait pas si le thème du lesbianisme était revendiqué par les artistes ou si c'est nous, aujourd'hui, qui l'interprétons ainsi. Les historiens de l'art se cassent encore la tête pour savoir, par exemple, pourquoi la sœur de Gabriele D'Estrées lui pince le sein alors qu'elles sont dans leur bain (1594) (à droite).
Quelles intentions avaient les artistes qui peignaient ces scènes?
Il n'y a jamais eu de dénonciation de l'homosexualité féminine à travers la peinture, contrairement à l'homosexualité masculine. Mais pendant longtemps, la femme a été le symbole du péché. Il fallait se méfier de ce qui était attirant. Or, le lesbianisme a toujours fait partie des fantasmes des hommes, et jusqu'à la fin du XIXème siècle, les artistes étaient quasiment tous des hommes. La plupart des toiles étaient donc faites par et pour les hommes. C'est le cas du Sommeil de Courbet et du Bain turc (1862) d'Ingres. Il y représente les trois femmes de sa vie ensemble et nues. Mais, intentionnellement ou pas, peindre des femmes ensemble et sans hommes est toujours un signe d'autonomie. C'est une revendication sociale et politique: la femme n'a plus besoin de l'homme pour avoir du plaisir.
Quand ce côté militant est-il vraiment apparu?
Lorsque les femmes ont commencé à peindre, elles ont voulu exprimer quelque chose de nouveau. Romaine Brooks (1874-1970), par exemple, se représentait elle-même et d'autres femmes vêtues en homme. Une manière, pour l'époque, de représenter la femme libre. Plus tard, Gina Pane (1935-1990) représentait les tourments de l'identité sexuelle en lacérant son corps avec le Body Art. En revanche, Tee Corinne (1943-2006) dans ses photographies (ci-contre), proposait une glorification de l'homosexualité féminine. Toutes ces artistes revendiquaient quelque chose et, aujourd'hui encore, le côté militant de l'art lesbien n'a pas disparu. D'autant plus qu'en face, l'imagerie porno, friande de lesbianisme, s'est aussi développée. Le féminisme et le fantasme restent toujours les deux faces de la représentation de l'homosexualité féminine.
Lire l'interview de Thomas Schlesser sur l'histoire de l'homosexualité masculine dans l'art pictural ici.
Thomas Schlesser est l'auteur de «Une histoire indiscrète du Nu féminin» (lire notre article ici) et «Cent énigmes de la peinture Volume2- La Beauté» aux Editions des Beaux-arts.
Illustrations: «Le Sommeil», Gustave Courbet, 1866; «Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs», anonyme, 1594; «Le bain turc», Ingres, 1862; «SinisterWisdom», Tee Corinne, 1977.










LES CHAÃŽNES 











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De ZeFlatteuz
Magnifique ces quelques pièces... Gustave Courbet a, en tout cas, toujours mis la femme en valeur... sous de très beaux angles (cf l'origine du monde). J'aime beaucoup. Le travail de Romaine Brooks que je ne connaissais pas, a l'air aussi très sympa.