Le western, un univers crypto-gay
100% hétéros, les cow-boys? Pas si sûr! Les westerns ne seraient pas à regarder au premier degré. Une relecture s'impose pour découvrir leur côté crypto-gay, nous dit Robert Lang, professeur de cinéma aux États-Unis.

Souvenez-vous du Banni (The Outlaw sous son titre d'origine), ce film de 1943 dans lequel Doc Holliday (interprété par Walter Huston) affiche sa franche camaraderie avec son acolyte Billy the Kid, interprété par l'acteur trentenaire Jack Buetel. Tous les éléments du western y sont réunis. Les cow-boys portent des bandanas enserrant le col, chapeaux en feutre façon Stetson, bottes à éperons, jeans ajustés. Schéma classique direz-vous! Qui dit western, sous-entend conquête du Grand Ouest, des hommes qui sont de «vrais» mâles et qui séduisent, ou bien kidnappent, une belle créature, ici incarnée par l'actrice Jane Russell dans le rôle de la plantureuse Rio. Eh bien, cette légende ne tient pas… sur son cheval!
Robert Lang, professeur de cinéma à l’Université de Hartford (Connecticut, USA) explique ainsi que les westerns tournés entre les années 1940 et 60, seraient foncièrement crypto-gays. À l'occasion du séminaire «Gender studies, médias et sciences sociales» qui s'est tenu vendredi dernier à Paris, au Laboratoire Communication et Politique (LCP), Robert Lang est venu débattre sur l’homosexualité des personnages dans les films de western. Il explique ainsi que les relations amoureuses entre les personnages ne se conjuguent pas forcément sous le mode de l'hétérosexualité, bien au contraire!
Prenant le cas de notre Banni. Ce classique du genre de 1943 que l’on pourrait croire dégoulinant de testostérone, relate l'amour entre les deux protagonistes masculins Doc et Billy. Selon Robert Lang, les dialogues équivoques, les contacts rapprochés et les manières de se provoquer sont les moyens utilisés pour faire valoir leur attachement et leur amour. «Les façons de s’interpeller en disant «friend!», le jeu avec les cigarettes, que l’on s’échange ou que l’on se pique l’un l’autre, les caresses, tout ceci marque un besoin quasi-systématique de chercher à provoquer le partenaire et de signifier leur intérêt», nous explique-t-il.
Une des questions de l’assistance a été de savoir s’il ne s’agissait pas plus d’une peur de la femme (ici incarnée par Rio) que d’une attirance de l’homme. À cela, Lang répond que «le personnage de Rio, en tout et pour tout, n’apparaît que 10 minutes dans le film. Rio/la femme pourrait être supprimé du scénario, l’histoire fonctionnerait de toute manière.»
Les westerns sont des films où dans un univers d'épopées sauvages s'affrontent des hommes machos et conquérants. Les femmes, quant à elles, sont belles et attirantes, mais sont cantonnées au rôle de compagne docile ou de «butin». Le profeseur Lang met ainsi à jour la dimension gay d'un genre cinématographique a priori très éloigné de Brokeback Mountain. Une découverte d'autant plus suprenante que le Banni est l'un des tout premiers westerns réalisés, dans les année 1940.





















