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Le porno lesbien, une affaire de femmes

Par Ursula Del Aguila Têtue.com jeudi 24 décembre 2009, à 09h00 | 63378 vues
Plus de: pornographie lesbienne, Maria Beatty, érotisme, Emilie Jouvet

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BEST OF TÊTUE. Cet article de TÊTUE a remporté le Camille d'or, décerné par le site Rue69 (la rubrique sur la sexualité et les questions de genre de Rue 89) pour le «meilleur article écrit par un vrai journaliste». Une belle occasion de le republier pour celles qui ne l'auraient pas lu!

Post Apocalyptic Cow Girls

Aujourd'hui, le site Rue 69 (la rubrique sur la sexualité et les questions de genre de Rue 89) qui fête ses 1 an d'existence remettra différents prix à cette occasion, au Pink Paradise, à Paris: les Camille d'Or, du nom de son animatrice, Camille. TÊTUE qui était nommée pour l'article sur le porno lesbien, vient de remporter le prix du «meilleur article écrit par un vrai journaliste». Nous le republions pour celles qui ne l'auraient pas lu...Une première victoire encourageante pour notre site tout jeune!

 

Les lesbiennes et la pornographie. Voilà un sujet brûlant qui continue de passionner les filles, et de les diviser. Leur avis sur la question ne souffre aucune tiédeur: certaines adorent, et peuvent même devenir de vraies obsédées, beaucoup d’autres détestent. Mais les films de lesbiennes réalisés par des lesbiennes pourraient changer la donne.

Certaines préfèrent l'érotisme...
Beaucoup de lesbiennes ne sont pas excitées par les images de leur sexualité «nue», elles ont besoin d’un scénario ou d’une rêverie pour enrober leurs pulsions. Elles ne trouvent pas d’intérêt à voir sur écran ce qu’elles préfèrent vivre dans leur chambre à coucher. «Même si ce genre de films peut avoir un effet excitant, ce n’est pas comme ça que j’envisage ma sexualité, explique Za, une Nantaise de 33 ans. Je préfère le contact et le réel plutôt que de voir ça sur un écran. Je suis mille fois plus excitée par la respiration d’une partenaire réelle que par un film porno, qui n’est pour moi que le reflet d’une excitation purement mécanique, et qui, en tant que tel, n’a pas grand intérêt.» Aux pornos, elle préfère ses «fantasmes» et autres «délires intellectuels» sur lesquels elle peut se laisser aller librement. Peut-être une façon d’échapper au fait que les lesbiennes ont toujours été hyper présentes dans l’imaginaire sexuel hétéro masculin, en rejetant en bloc le porno, assimilé à une «pratique  sexuelle», pour une sexualité plus soft. «Je  préfère un film érotique plutôt qu’un porno. Je suis plus attirée par ce qui est suggéré que par ce qui est présenté crûment», poursuit Za.

D'autres sont excitées par les pornos gays ou hétéros
Pour d’autres, qui préfèrent également l’érotisme lesbien à la pornographie, il est plus facile de se réfugier dans l’univers du porno gay, où elles peuvent projeter ce qu’elles veulent sur deux garçons qui baisent ensemble. Anne, Parisienne de 30 ans, est beaucoup plus excitée par les pornos gays ou hétéros, car pour elle «la vue d’un pénis dans un cadre uniquement porno» est excitante. «En revanche, poursuit-elle, je suis beaucoup plus émoustillée par une scène érotique lesbienne du genre de celles vues dans L Word, que par n’importe quelle scène de baise hétéro dans un film non porno. C’est sans doute là que se joue la différence entre le fantasme et l’identification.» Avoir un pénis –ou lui substituer un sex toy– et vivre les scènes de séduction ou de sexe vues dans les films sont des fantasmes partagés par beaucoup de filles. Ainsi, la rédactrice en chef d’une revue lesbienne étrangère est, elle aussi, davantage excitée par les pornos gays. Mais elle souhaite rester anonyme, car ce n’est pas politiquement correct pour une lesbienne de dire que la vue d’un sexe d’homme, hors contexte, peut être excitante. Pourtant, certaines adorent s’imaginer baiser une autre fille avec un pénis, vivre une sexualité de gay à l’intérieur d’un corps de fille.

Pour d’autres, la pornographie est un élément essentiel à leur épanouissement sexuel. C’est le cas de la journaliste Tatiana Potard, une des rédactrices de notre premier dossier sur le porno lesbien (Têtu n°99). Elle assume son envie de cul et en a même tiré un livre, Sex Addict (éditions KTM). «Ce que j’attends d’un porno, lesbien ou pas, dit-elle, c’est qu’il m’excite physiquement ou intellectuellement, qu’il éveille quelque chose sur le plan du fantasme ou sur le plan physique. Je n’ai pas honte de dire que je regarde des pornos hétéros, gays et lesbiens depuis je suis adolescente. Et je ne regarde pas ce genre de films pour me retrouver à travers ces images. Une sexualité évolue tout au long d’une vie. Et la mienne n’est pas figée.» L’«érotisme gnangnan [la] fait profondément chier», et elle préfère nettement «une scène bien filmée, avec des nanas bandantes, et un fond de bonne musique rock». Ce qu’elle trouve dans une nouvelle génération de pornos identifiés comme queer et pas seulement lesbiens, type One Night Stand, d’Émilie Jouvet, en France, ou les films de Pink and White. Ce studio de San Francisco a produit Crash Pad, qui est devenu une web-série, et In Search of The Wild Kingdom, très rythmé, cru, chaud, où le sexe ne s’embarrasse pas de manières, et où les lesbiennes semblent s’affranchir de leur culpabilité face au hard.

Une pornographie balbutiante, signe de l'envie et du besoin d'une véritable culture du sexe
Sandrine, elle, attend avec impatience l’ouverture «de backrooms lesbiennes avec diffusion de pornos en boucle». Son amie, Marie, sur la même longueur d’onde, a longtemps «envié» la véritable culture du cul développée par les gays: leurs pornos, leurs saunas, leurs  backrooms. Elle est comblée depuis qu’elle a découvert «les films Erocktavision de Dana Dane, avec exactement les filles très féminines qui (l)’excitent». Dans la catégorie sado-masochisme lesbien, actrices très féminines et esthétique léchée, les films de Maria Beatty s'imposent comme des classiques du porno lesbien. Ses films les plus connus: The Black Glove, The Elegant Spanking, Ladies of The Nights sont des plongées dans l'intériorité de la réalisatrice avant d'être des expériences érotiques, où la musique et bien sûr, la photographie et le cadrage sont prédominants. La réalisatrice américaine construit depuis plus de 15 ans une oeuvre qui dépasse par sa cinématographie et sa recherche esthétique les codes rigides et répétitifs du porno comme genre. Ses derniers films de Skateboard Kink Freak, Post Apocalyptic Cow Girls (voir photo) et Strap On Motel sont plus crus, le sexe y est plus génital moins ritualisé, les bandes originales sont très rythmées, et les actrices toujours aussi excitantes.

La pornographie lesbienne encore balbutiante ne peut avoir que de beaux jours devant elle en France car, si l’on en croit Laura Merrit, sexologue berlinoise et directrice d’un service d’escort girls uniquement pour les femmes, «c’est très français de préférer l’érotisme à la pornographie, mais cela est peut- être lié au fait que la France est encore un pays patriarcal, et les filles sont radicales sur des sujets comme la prostitution et le sexe car elles ont peu de liberté pour les envisager  comme elles le veulent. Aussi, la pornographie est le dernier bastion à conquérir pour les  femmes et les lesbiennes», ajoute-t-elle. Beaucoup de salive et de cyprine à venir…

Photo Bleu Productions

http://www.crashpadseries.com/
http://www.bleuproductions.com/
http://www.erocktavision.com/

Sur le web

  • www.crashpadseries.com
  • www.bleuproductions.com
  • www.erocktavision.com
  • Le porno lesbien sur Rue 69

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7 réactions de la communauté

 
babyfan59

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De babyfan59

Le 28 février à 11h41

moi honnetement ca m'interesse pas ce genre de film !! mais bon si jamais ca devrait voir le jour en france pourquoi pas si ca peu plaire a certaine personne !!

 
LadyBushi

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De LadyBushi

Le 28 février à 23h09

jsuis pas du genre à matter ça...

l'érotisme comme dans the L word est beaucoup plus beau et plus excitant !

 
babyfan59

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De babyfan59

Le 01 mars à 20h14

je suis tout a fait d'accord avec toi ladybushi

 
Laurean

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De Laurean

Le 25 mars à 16h00

A vous lire, certains risquent de croire que les lesbiennes ne se font que de chastes bisous comme dans les séries.
Et bien non, il y en a aussi qui matent des films pornos lesbiens et qui aiment ça !
Et sans rire, Erocktavision n'est pas le genre de video trash que l'on peut trouver chez les hétéros. Il y a beaucoup de tendresse...

 
milanroman

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De milanroman

Le 27 septembre à 15h07

Utiliser le terme de "porno" est déjà en soi problématique; car c'est un mot éminemment masculin et "religieux", un terme de jugement. Or, en quoi la représentation des désirs et des relations, sensuels et plus puisque affinités, est-elle "pornographique" ? Un, nous venons de là, et deux, dans cette nudité, fini les tricheries, les mensonges. Il est aussi et surtout question d'une vérité de et sur soi, donc ce qui est absolument essentiel. En sus, c'est dans cette situation que l'humain exprime le plus directement et "sérieusement" son affectivité. Bref, le mot honteux (oui, honteux pour ceux qui l'ont inventé, nos Ecclésiastiques chrétiens, et qui l'utilisent) ne correspond pas à la chose et la chose est de la plus haute importance ! Et les films lesbiens pour adultes n'ont rien à voir avec les films de mâles pour adultes ! Ont été cités ici certaines réalisatrices et sociétés de production, mais en oubliant par exemple Girlfriends films, qui n'est ni plus ni moins que la plus importante société de production de films lesbiens pour adultes, et dont les films sont faits avec des actrices lesbiennes ou bi; ou encore Sweetheartvideo, de Nica Noelle, qui propose seulement des films lesbiens, qui ont rompu radicalement avec les films X de mâles pour les mâles. Puisque, là, évidemment, il n'est plus question de phallocentrie, et que les femmes qui s'y représentent le font dans des histoires (qui au fil du temps deviennent plus importantes), avec des dialogues, dans des scènes qui peuvent durer parfois une heure, une heure pendant laquelle elles s'aiment totalement et entièrement. Bref, si ces films n'existaient pas, que serait la représentation de l'amour lesbien ? réduit à une expressivité étouffée et éthérée ? réduit même au point de ne pas exister, comme dans certains pays que nous connaissons trop ?

 
Sascha

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De Sascha

Le 24 décembre à 14h15

28652 vues ! Et bien, dites donc ça chauffe dur !

 
cyberkor

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De cyberkor

Le 12 janvier à 22h36

L'appellation "porno" peut effectivement être problématique, car marquée politiquement (le porno a trop longtemps été réalisé par les hommes hétéros pour les hommes hétéros), plus que moralement. Ceci étant dit, je pense qu'actuellement le porno peut être féministe (pro-sexe) ou lesbien, ce n'est plus un art et un marché réservés aux hommes hétérosexuels depuis que les féministes pro-sexes et les théoriciennes de sexe radical ont investi les questions sexuelles. Mais, malgré le travail de resignifications des réalisatrices/pornstars pionnières à la fin des années 80, certain(e)s sex-activistes préfèrent parler de post-porno (cf.Marie-Hélène Bourcier, Beatriz Preciado et le reportage de Virginie Despentes). D'une manière ou d'une autre, le porno ne désigne plus le même contenu.

 
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