Le dur désir de durer de Nina Bouraoui
Le nouveau livre de Nina Bouraoui est dans les librairies depuis quelques jours. Quintessence de son oeuvre, il livre les clefs de son rapport au désir en un patchwork de moments (enfance, parents, amours), de notes sur ses chocs esthétiques, bref une sorte de carnet de voyage de son monde dominé par le désir. TÊTUE a rencontré cette douce esthète du verbe amoureux...
Le désir, c'est d'abord le corps, comme l'écrit de sa plume mi-cérébrale mi-organique Nina Bouraoui. Et son dernier livre «Nos baisers sont des adieux» ne déroge pas à la règle, qui dresse «la liste des hommes, des femmes, des images, des sensations, des oeuvres d'art» qui ont construit l'auteure.
Quintessence de son oeuvre, il livre les clefs de son rapport au désir en un patchwork de moments (enfance, parents, amours), de notes sur ses chocs esthétiques, bref une sorte de carnet de voyage de son monde dominé par le désir. Car voir et décrire le monde, c'est le désirer, pour Nina qui explique, dissimulée dans l'ombre du bar du Lutétia, «Je suis une amoureuse de la force de vie qui passe dans le désir ; se sentir vivante, c'est ma réponse à la mort, mon angoisse fondamentale contre laquelle j'écris».
Son écriture réinvente inlassablement le désir et l'enfance
La difficulté de l'écriture est alors semblable à celle de l'amour: réinventer inlassablement ses souvenirs. Et l'auteure excelle quand elle se laisse aller à décrire l'attente, le chagrin, la rupture, la chair, avec son coeur, son honnêteté, son désir pour les femmes de sa vie, elle qui a fait figure de pionnière en assumant son homosexualité dans son livre La Vie heureuse (2002). Bien sûr les choses ont changé, elle l'a remarqué: «les femmes sont plus fortes, mais le monde est encore aux mains des hommes. Beaucoup de femmes homosexuelles le cachent encore, or plus il y aura d'exemples, plus ce sera visible. C'est énorme, quand on commence à en parler, à se confier, y'en a partout. Je ne veux pas faire ma lesbienne de service, mais des femmes qui ont été des enfants lesbiennes, des ados lesbiennes et des femmes adultes lesbienne, y'en a partout. J'ai reçu des tonnes de courriers, je sais qu'il ne faut pas fuir; on a tellement besoin de repères culturels, de modèles. Je vois encore autour de moi trop de gens qui n'osent pas dire.»
Ecrire pour recouvrir l'angoisse de mort
Ecrire pour Nina Bouraoui, c'est aussi plus largement tenter de recouvrir une angoisse infantile primordiale liée à la mort, même si elle reconnaît que, lors d'un deuil, les pulsions de vie sont exacerbées: «C'est vrai qu'on a souvent envie de faire l'amour, quand on perd quelqu'un. Et l'angoisse de mort se dissipe beaucoup quand on tombe amoureux, elle n'existe plus, on frôle l'éternité». Car, pour elle, le désir ne peut être qu'un «dur désir de durer», comme l'avait si joliment écrit Paul Eluard. Or chacun sait que cet état amoureux s'estompe bien vite pour laisser place à la densité de l'amour, sa vérité ou sa non-vérité. Comment alors réinventer ce début quand la difficulté de l'amour est de, toujours et encore, se rJe n'ai pas envie d'être l'éternelle amoureuse qui court après le sentiment amoureux, mais je suis un peu un coeur d'artichaut, gentil, pas du tout dans la destruction de l'autre ou de moi.enouveler? «En vieillissant, on apprend à mieux aimer, à transformer les amours. » Puis elle ajoute coquine: «Je suis une fille d'histoires, pas d'aventures !». Ursula Del Aguila
Nos baisers sont des adieux de Nina Bouraoui, Editions Stock, depuis le 24 mars en librairie.





















