L'autre Genderation du Ladyfest de Berlin
Montée pour la première fois en 2000 à Olympia, dans l'Etat de Washington, la Ladyfest a depuis essaimée dans toute l'Europe. Le but ? Décliner l'éthique D.I.Y (pour "do it yourself" : fais-le toi-même) à la sauce lesbienne et féministe. Et ça marche! Notre journaliste était à la Ladyfest berlinoise -renommée "laDIYfest"- de ce début d'août. Récit.
"Create another genderation". Le slogan était ambitieux, mais, du 6 au 10 août dernier, la Ladyfest de Berlin s'est efforcée d'être à la hauteur de ses objectifs: créer une génération d'un genre nouveau. Et promouvoir les idéaux féministes et queer, aussi bien sur le terrain de l'activisme que de l'expression artistique.
Au menu: "workshops" (ateliers) variés allant de l'autodéfense à un débat sur la masturbation féminine, projections de courts-métrages, tour de la ville en vélo, pique-nique, mini-conférences, expos et concerts… Tout cela dans une multitude de lieux comme seul Berlin sait les faire, à l'image de cet atelier défraîchi reconverti en bar branché à grand coup de peintures colorées et de meubles eighties.
"Rendre Berlin plus politique"
Doreen, anneau dans le nez et casquette militaire vissée sur la tête, a fait partie du petit noyau dur de bénévoles (une vingtaine de personnes) ayant organisé ce festival autogéré. Pour cette étudiante lesbienne de 26 ans, le but était "de rendre Berlin plus politique". Mais également de créer "un espace alternatif où les femmes, les personnes transgenres, ou toutes les personnes qui ne correspondent pas à la norme hétéro, puissent venir s'amuser et se sentir bien".
Objectif plutôt réussi selon cette routarde de la LF, qui participe cette année à sa troisième édition. Et si l'événement est unique selon elle, c'est parce qu'à travers cette fête, "tu ne te contentes pas de réfléchir à des théories féministes ou queer, mais tu as réellement la possibilité de les vivre".
Le parfum de l'underground berlinois
Les participants ont ainsi pu vivre des soirées électros engagées, s'échapper au Schwarzer Kanal (un squat alternatif) pour une série de concerts, se délecter de brunchs "vegan" (végétaliens). Ou encore assister à un workshop où l'on apprend à fabriquer soi même son gode (un des plus courus).
Les grandes vacances aidant, les Français sont venus en nombre s'enivrer du doux parfum de l'underground berlinois. Dans la foule, les lesbiennes babas-cool aux dreadlocks imposantes se mélangent aux néo-punkettes et aux riotgrrrls savamment tatouées. Certaines ont même sorti le grand jeu - et la petite robe noire en vinyle qui fait tourner les têtes.
Ni fille ni garçon
Au détour d'une soirée-concert, on rencontre Yori, qui tient un petit stand de badges et des patchs affichant fièrement leurs slogans: "we are born naked, the rest is drag" (nous sommes nés nus, le reste est du travestissement) ou encore "fuck gender!". Pour Yori, le festival est le bon endroit pour faire (re)découvrir à certains une vision autre de la société. "J'ai le sentiment que j'ai quelque chose à dire, car je ne correspond pas au système binaire des genres. Ni fille ni garçon, je préfère me définir comme gender-queer".
A quelques mètres de là, sous les beats énergiques d'une DJ torse nu, crâne rasé et sexy à souhait, les filles se défoulent sur la piste, grisées par l'ambiance. Et la chaleur des corps fait monter la température…











