Laurence Rebouillon: «La manière dont je filme les hommes est différente»
Têtue.com a profité du Festival Chéries Chéris, la semaine dernière, pour rencontrer une réalisatrice de films poétiques expérimentaux: Laurence Rebouillon. A découvrir.
TÊTUE: Comment êtes-vous devenue réalisatrice?
LAURENCE REBOUILLON: J'étais assistante, je travaillais aussi en régie. La manière dont on faisait les films ne me plaisait pas: ce système hiérarchisé... Alors j'ai décidé de faire mes propres films. J'utilise une Caméra Super 8, qui me permet de les réaliser moi-même. Elle créé un aspect intemporel, elle a un côté «cinéma amateur». L'image est indéfinie dans sa texture, un peu abîmée. Je pars souvent avec ma caméra. Pour mon film Dans le village, qui était diffusé au Festival Chéries Chéris, les images ont été tournées à plusieurs endroits: à Bologne en Italie, en Corse et en Normandie. Avec Patricia Godal, ma compagne et coréalisatrice, on a réunis des images, dont certaines ont été volées. Ce film était une commande d'un festival de cinéma expérimental, qui imposait deux contraintes: le noir et blanc, et les animaux. Si je pouvais revenir en arrière, j'y mettrais plus de visages humains. Mais c'était difficile de les introduire dans un tel cadre!
Quels liens établissez-vous entre votre fiction et votre vie privée dans vos films?
J'ai tendance à beaucoup les mélanger. Je pourrais filmer tout le temps! Certains de mes films, comme West Point, par exemple, pourraient être apparentés à ce qu'on appelle de l' «autofiction». Dans le village, par exemple, je dis à un moment «il est très difficile, pour deux femmes, de s'embrasser, ici.» C'est quelque chose qui nous a été confié par un couple d'amis qui nous hébergeait, à Bologne. C'est un clin d'œil. J'aime jouer avec le réel et créer des récits probables et improbables. Le montage, c'est là où je m'amuse le plus. Dans le village, on a construit le récit après coup.
Le fait d'aimer les femmes vous amène-t-il à filmer différemment?
C'est peut-être la manière dont je filme les hommes, qui est différente. Je suis à la limite de les féminiser. Car que ce soit homme ou femme, je parle de moi, de mon point de vue sur le monde. C'est pour cela que mes personnages masculins ont des éléments plus féminins: leur manière de parler, un peu poétisée...





















