«Laurence Anyways»: qu'en pensent les trans?
Le dernier film de Xavier Dolan, sorti en France hier, retrace une histoire d'amour entre une femme trans et sa compagne. Plusieurs trans font part de leurs réactions mitigées…

A priori, Laurence Anyways, le dernier film de Xavier Dolan (lire notre critique), a de quoi ravir la communauté trans: en 2h41, le jeune réalisateur narre une histoire d’amour qui a pour personnage principal une femme trans. Pourtant, de nombreux trans n’ont pas été totalement convaincus.
«La plupart des trans réussissent»
Marie-Eve Baron, membre du conseil d'administration de la Fierté Montreal, a «bien aimé le film même si au niveau social et politique il ne fait pas avancer la cause et perpétue des stéréotypes». Certes, le film est bien ancré dans les années 90, mais elle a peur que les gens gardent en tête cette image des trans sans réaliser que la situation est différente aujourd’hui. «Etre trans, ce n’est pas une vie de bohême. Je suis ingénieure, j’ai une compagne, des enfants, et tout se passe bien! La plupart des trans réussissent bien. Il manque le côté positif de vivre cette vie-là. Si je compare le film à mon expérience ou à celles d’autres trans, c’est quand tu sautes par-dessus la barrière que ta vie change et que tu deviens heureuse! C’est comme si Laurence n’avait jamais fait ce saut, qu’elle était restée dans l’entre deux», estime-t-elle. «Je ne dis pas que le film est faux, il raconte un cas très précis. Mais cette image des trans est celle d’une minorité et c’est celle que les gens ont».
Bruce, lui, en a «marre de voir des films dans lesquels être trans, c’est le drame total». Et ajoute qu’«en dehors de l’apparence d’un film trans-friendly, la mise en scène participe à une reconduction des clichés sur les personnes trans. On nous dit, en gros, qu’il est mal de les dévisager. Mais beaucoup d’éléments du film produisent précisément cet effet-là». Exemple? «Dolan retarde le moment de nous montrer Laurence pour faire monter le désir de la voir, ou plutôt de voir Melvil Poupaud (photo ci-dessus) en fille car moi c’est l’effet que ça m’a fait.» Et même s’il ne s’agit pas d’«un film militant», il regrette qu’«une personne qui n'y connaît rien à la transidentité sorte du film en n’ayant rien compris à ce que c'est qu’être trans».
«Le film n'est pas caricatural»
Pour Michelle Blanc, qui a été consultée par Xavier Dolan pour qu’elle valide quelques éléments de scénario, c’est «un des rares films qui ne caricature pas les transsexuelles. On n’a pas, par exemple, cette image des trans qui seraient des fofolles», souligne-t-elle. Y a-t-il des scènes qu’elle a perçues comme particulièrement justes? «La scène d’ouverture, avec tous les regards, c’est vraiment ce que j’ai vécu. C’est très pénible. Il y a aussi le moment au restaurant, quand sa copine pète les plombs et dit sa façon de penser à la serveuse. Quelque fois, les gens sont trop curieux et la curiosité devient de l’indécence.» Elle regrette tout de même que tout au long du film, «Laurence a toujours l’air d’un homme aux cheveux longs. Il y aurait pu avoir plus d’effets spéciaux».
C’est même le principal problème pour Danielle Chénier, membre de l'ATQ, un organisme d’aide aux transsexuel/les du Québec. «La majorité des personnes à qui j’ai parlé a trouvé que le film n’était pas réaliste, surtout au niveau du jeu de l’acteur. C’est comme si Laurence restait un homme tout le long, estime-t-elle. Il n’y a aucune féminité, ce n’est pas comme ça qu’une femme trans vit sa transition. Quand Laurence est en tailleur jupe avec du rouge à lèvres, elle marche comme un gars, parle comme un gars, les trans font attention, sans que ce ne soit forcément du féminin ultra exagéré. En début de transition, on force plus la féminité, et après on comprend qu’on en donne peut-être un peu trop», sourit-elle.
Regardez la bande-annonce du film:
Photo: DR.










LES CHAÃŽNES 











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De Fablyon
Ben en même temps j'ai vu une interview du réalisateur qui disait qu'en gros le problème trans il n'y connaissait rien, pire que ça l'indifférait, mais qu'il voulait parler de l'amour absolu.
Donc clairement, ce n'est pas un film militant, c'est un film. Point. Et le coup de la trans-identité, tabou de notre époque, c'est un moyen de faire venir du monde au cinéma (sans trop les troubler, vu ce que je lis, et en particulier ce ui est au dessus sur le fait que Poupeau reste un homme tout le long).
Bref, on tient là une sorte d'ovni : le film fait pour les festivals, avec un objet assez transgressif de prime abord, mais finalement totu cela semble bien plat. Plus je lis sur ce film, moins j'ai envie de la voir.