La Grande Sophie se livre sur Têtue.com
C'est vrai qu'elle est grande cette Sophie. Par la taille et par le talent comme le démontre encore son cinquième album, «Des vagues et des ruisseaux», pure merveille réalisée avec Edith Fambuena. À découvrir d'urgence sur platine et en concert ce mercredi 13 mai au Casino de Paris.
TÊTUE: Pour votre cinquième album, vous vous êtes entourée de la famille Daho entre Marcello Giuliani, Philippe Entressangle, Mako et bien sûr Edith Fambuena, réalisatrice de l'album Des vagues et des ruisseaux...
La Grande Sophie: Ce n'est pas un hasard. Je pense qu'Edith est la seule qui pouvait se mettre à ma place par rapport à tout son parcours. Je l'ai toujours suivi depuis les Valentin, Daho, Bashung, Pauline Croze... Il y a peu de filles en France qui sont capables de faire autant de choses et aussi bien, elle a vécu la scène, le chant, elle joue de la guitare, elle compose, elle arrange...Quand je lui ai amené mes maquettes j'ai senti que c'était clair pour elle, elle m'a poussé à aller plus loin. Elle dit qu'elle utilise la maïeutique pour faire accoucher les autres et c'est vraiment ça. Elle est très douée. Elle dirige en tendant des perches, c'est très ludique, très agréable. Marcello et Mako sont adorables quant à Philippe, je travaille avec lui depuis 10 ans. C'est le grand amour !
Sur les 14 titres de l'album, on trouve quelques perles dont «Quand le mois d'avril» ou «Quelqu'un d'autre» qui parlent inévitablement aux homosexuels...
Quand le mois d'avril est une chanson particulière pour moi, je m'y suis reprise à trois fois pour les arrangements, je n'arrivais pas à trouver la bonne couleur. Je voulais aborder le thème du doute et du flou qui parfois m'a traversée. Le doute est un moteur pour moi, il me permet d'avancer. Grâce au thème du flou, j'ai pu écrire de façon plus onirique par rapport à ma façon habituelle d'écrire qui est plus narrative. Quant à Quelqu'un d'autre, il y a l'idée de vouloir fuir une situation en étant quelqu'un d'autre et celle ludique de vouloir de sauter dans la tête de quelqu'un et voir comme elle voit les choses.
Un certain flou donc dans la vie et la tête. Et par rapport à la sexualité, vous pensez qu'elle peut être fluctuante?
Oui je le crois vraiment. On ne sait pas ce que la vie nous réserve, il peut y avoir des attirances pour quelqu'un de son sexe. On peut ressentir de l'attirance pour une femme même si on est hétérosexuelle, il peut se passer quelque chose. Le hasard des rencontres réserve des surprises.
Vous qui rencontrez votre public, vous avez conscience que de nombreux gays et lesbiennes vous soutiennent depuis le début en 1996?
Moi je chante pour tout le monde, il n'y a pas de cible dans ma tête. Il y a toutes sortes de gens à mes concerts, toutes tranches d'âges, tous styles, même des punk et des gothiques! (rires) De toute façon, cette diversité me fait plaisir. Moi j'écris une chanson puis chacun prend ce qu'il veut. C'est magique et très particulier. La chanson part dans la nature, chacun s'y retrouve ou pas... Une chanson marque le temps, on a tous des souvenirs en fonction d'une musique, c'est un marque temps. Mais c'est vrai que j'ai déjà un public fidèle, ils sont d'ailleurs très actifs sur le Net. Il y a même une «tribu» qui s'est baptisé les «Sophistos» et qui se réunit pour écouter des disques, échanger des impressions sur les concerts. C'est très touchant pour moi.
Et vous avez une culture très «homo friendly» que l'on retrouve sur votre album avec une reprise de Dis quand reviendras-tu de Barbara...
Je ne l'aurai jamais reprise si les organisateurs des Francofolies ne m'avaient pas appelé pour faire une conférence chantée sur Barbara où je chantais six de ses titres. Pour cet album, j'ai voulu reprendre Dis quand reviendras-tu? car elle aborde les thèmes qui me sont chers. C'est une version dépouillée qui clôture parfaitement l'album.
Vous avez même repris un titre de Sylvie Vartan et failli travailler avec Sheila!
En effet, j'avais invité Sylvie Vartan sur un de mes Olympia où je reprenais son titre de 1966 Quand tu es là. Elle ne pouvait pas être là malheureusement, mais elle m'a envoyée un très gentil télégramme de soutien. Je voulais commencer avec Quand tu es là et qu'on enchaîne avec La Maritza, c'est dommage. Quand j'étais enfant, un de mes premiers albums était une compilation de Sylvie avec Irrésistiblement. J'aime la musique quand elle est festive. Par exemple, je regrette les shows de Maritie et Gilbert Carpentier où des artistes pouvaient chanter ensemble, dans des contre emplois. J'aime les festivals pour ça d'ailleurs, le fait de pouvoir inviter d'autres artistes et s'amuser ensemble. Sheila, quant à elle, cherchait des chansons, je lui ai proposé des titres, mais le projet n'a jamais abouti...
Vous semblez aimer le show-business et pourtant vous l'égratignez dans une de vos chansons, Dans le Show-Business...
Je décris ce milieu superficiel, mais je dis aussi que j'ai conscience de cette superficialité. Je n'accuse pas le show-business, c'est plus de l'auto-dérision. Je suis surtout surprise de certains codes de ce milieu comme le fait qu'il faille dire bonjour mais jamais au revoir. Moi, de par mon éducation, je fais toujours les deux et on me regarde comme une extra-terrestre ! (rires)
Comme pour les autres albums, vous remerciez encore Catherine Deneuve sur celui-ci...Vous pouvez nous éclairer? Pour moi, Catherine Deneuve c'est Peau d'âne de Jacques Demy. C'est grâce à ce film et la chanson du Cake d'amour que j'ai voulu être chanteuse. Je ne la connais pas, mais je pense qu'elle sait ce que je pense d'elle depuis le temps que je le dis en interview! Je lui écrirais des chansons quand elle veut d'ailleurs, nous verrons bien avec le temps...
À quand La Grande Sophie dans une comédie musicale alors?
J'ai un peu de mal avec les comédies musicales actuelles car je trouve qu'il y a un décalage entre le son et ce qui se passe sur scène... J'ai envie d'écrire des pièces musicales et d'en faire des thèmes. Est-ce qu'elles finiront en chansons ou en comédie musicale, je ne sais pas... En revanche, mettre en comédie musicale une œuvre déjà existante oui pourquoi pas!
La Grande Sophie en concert au Casino de Paris, mercredi 13 mai.
Des vagues et des ruisseaux, chez AZ.
Photo Marie Planeille












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De Cool-Yag
J'atteste, l'album est franchement excellent.