Judy Minx, la petite sœur du porno queer
Elle est étudiante à Paris, militante queer et sexworker. A 21 ans, Judy Minx vient de tourner dans «Roulette Toronto», le dernier film de l'Américaine Courtney Trouble, la reine du porno queer. Elle est invitée aujourd'hui au Pop Porn Studies à l'EHESS, une journée d'études consacrée aux cultures pornographiques contemporaines.
TÊTUE: Comment définir le porno queer?
Judy Minx: Il n'y a pas de définition du porno queer, justement parce que le queer va par essence à l'encontre de toute définition figée. Pour moi, c'est la représentation et la célébration de genres, de corps, de sexualités qui ne sont pas normés. Et c'est aussi le refus de classer les individus. Par exemple, sur le site de Courtney Trouble, les modèles ne sont pas classés ni par genre, ni par catégorie. Il y a des femmes, des hommes, des trans, des genderqueer, des personnes de toutes couleurs, certaines ont des handicaps, d'autres ont des corps qui ne rentrent pas dans les critères de beauté normés.
Est-ce qu'on peut parler d'engagement de ta part dans le porno queer? Qu'est-ce que ça représente pour toi?
J'ai commencé dans le porno hétéro mainstream quand j'avais 18 ans. Au fur et à mesure, j'ai rencontré des réalisatrices, des réalisateurs et des producteurs qui s'intéressaient à des choses plus alternatives. Je n'ai pas de préférence, les deux m'apportent beaucoup. Quand je fais du porno queer, ça rentre effectivement plus dans du militantisme et de l'art que dans du travail. Mais je trouve qu'il y a quand même des ponts entre ces deux réalités. Par exemple, Courtney Trouble a été produite ces dernières années par Good Vibrations, un sex-shop féministe à San Francisco: ils ont donné les moyens au porno queer de vraiment rentrer dans un cadre de production plus industriel. Courtney a ainsi pu produire dix films en un an, ce qui est énorme.
La scène que tu joues dans Roulette Toronto est avec Courtney Trouble elle-même...
C'était magique pour moi! Courtney m’appelle sa «petite sœur du porno». Ce qu'il s'est passé c'est que les acteurs avec qui je devais tourner se sont désistés. Courtney a commencé à chercher des gens susceptibles d'être intéressés pour les remplacer. Au dernier moment, elle m'a demandé si je voulais tourner avec elle. J'étais ravie, ça faisait un moment que j'y pensais et je n'avais pas osé lui proposer.
Finalement ce tournage, c'était plus des rencontres que du travail, non?
Pendant ma scène avec Courtney, au bout d'un moment j'étais énervée, j'avais envie qu'il n'y ait plus de caméra pour qu'on puisse juste être en train de baiser toutes les deux. Je me suis rendue compte à ce moment là que ce n'était pas seulement du sexe et des rencontres, c'est du travail: la caméra fait qu'on doit être placées de telle ou telle manière, quand la batterie est épuisée il faut qu'on s'arrête, etc.
Sur ton blog, tu écris que tu te sens «chez toi» dans la communauté queer nord-américaine...
J'ai l'impression qu'en France, quand on parle de porno, on en revient toujours à savoir si on est pour ou contre, si c'est dégradant pour les femmes ou pas. Par exemple en commentaire de cet article, je suis sûre qu'il y aura encore des gens pour dire si c'est bien ou si c'est pas bien. Du coup, ça empêche le débat d'avancer de manière plus profonde et intéressante. Quand je suis avec la communauté porno queer de Toronto ou de San Francisco, on arrive à avoir des discussions politiques et théoriques qui vont loin.
Comment penses-tu que la culture pro-sexe française va évoluer ces prochaines années?
Que ce soit le Porn Film Festival de Berlin, d'Athènes, de Paris, celui d'Espagne, ou à Amsterdam, tous ces festivals offrent de la visibilité aux Américaines et sont des occasions de faire voyager le mouvement pro-sexe en Europe. Il y a un mélange et un voyage qui va perpétuellement dans les deux sens. Par exemple, quand j'étais aux Feminist Porn Awards de Toronto, j'ai rencontré Tobi Hill-Meyer, qui est la réalisatrice du premier porno queer fait par des femmes trans, avec des femmes trans. Dans le porno queer, c'est la dernière minorité qui n'est jamais ou très peu représentée. J'ai immédiatement acheté une copie de son DVD, je l'ai ramenée à Paris et je vais organiser une projection prochainement.
Photos: Judy Minx par Eve Saint Ramon.
Journée d’études sur le porno – Porn studies day
Lundi 14 juin 2010, 9h30-18h00, entrée libre
Dans le cadre du séminaire F*ck my brain, et en prélude aux quatre jours de programmation au cinéma Le Brady du 17 au 20 juin, le Paris Porn Film Fest #2 organise une journée d’étude inédite en France consacrée aux cultures pornographiques contemporaines. Réalisateurs, acteurs, distributeurs, activistes, universitaires, spectateurs et journalistes auront l’occasion d’échanger au cours de trois sessions.
09h30-10h00
Présentation de la journée par l’équipe du Paris Porn Film Fest #2
10h00-12h00
Droit à la santé des acteurs et des actrices sur les tournages pornos
avec Ovidie (réalisatrice et actrice), Judy Minx (actrice, éducatrice sexuelle, performeuse), Thierry Schaffauser (acteur et activiste, meilleur sex worker de l’année aux Erotic Awards de Londres), Mathieu Trachman (doctorant en sociologie, EHESS)
13h30-15h30
Pornos bareback : représentations du risque
avec Sharif Mowlabocus (chercheur en cultural studies, université de Sussex), Charles Lum (réalisateur). Discutant : David Halperin (professeur en histoire et théorie de la sexualité, université du Michigan)
16h00-18h00
Je suis féministe, je fais du porno, pourquoi pas vous ?
avec Sophie Bramly (SecondeSex.com, X-Femmes), Caroline Loeb (réalisatrice), Mia Engberg (réalisatrice), Judy Minx (actrice, éducatrice sexuelle, performeuse), Maria Llopis (réalisatrice, écrivain, fondatrice du collectif Girls who like porno), Urban Porn (collectif performance et vidéo)
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Amphithéâtre 1
105 boulevard Raspail, 75006 Paris
(métros Vavin, St Placide, Notre-Dame-des-Champs)











