Jeromeuh: «Ma BD, c'est de la fiction sincère»
En dessins et en interview, découvrez ce «bédéblogueur» gay qui publie son premier recueil de dessins, tendres et drôles: les «Histoires viriles».

TÊTU: As-tu toujours dessiné?
Jeromeuh: J'ai toujours dessiné, mais je n'ai pas toujours voulu en faire un métier. J'ai été vendeur de légumes, barman, chanteur de cabaret, vendeur de fringues, j'ai fait le ménage dans des hôtels… Et pendant ce temps, je continuais à dessiner. J'ai toujours eu des patrons très cool avec ça. J'étais le mec habillé comme un clochard et qui passait son temps à dessiner entre les clients. Mais c'était encore des dessins, pas de la BD.
Et comment en es-tu venu à la bande dessinée?
J'y suis venu super tard, parce que je ne connaissais pas, et donc je ne savais pas que j'aimais ça. J'adorais Yakari quand j'étais petit, mais ça restait du domaine de l'enfance. Je n'avais pas compris que ça pouvait être fantastiquement émouvant et intelligent. Je l'ai découvert en Angleterre, dans le Pink Paper, un gratuit gay, par le strip Chelsea Boys. Ça m'a vachement plu.
Comment es-tu venu à créer ton blog?
J'ai adoré celui de Cha, une fille un peu punk. J'ai ouvert le mien, je me suis pris au jeu. Et puis j'ai eu un déclic en allant au Festiblog qui m'a donné l'impression que c'était un vrai univers artistique, qui plus est ouvert à tous. Moi, je n'ai pas fait d'études artistique, hélas, mais il n'y a que dans l'univers des blogs que j'aurais pu me sentir légitime en débutant une carrière artistique à l'approche de la trentaine, ce qui était mon cas à l'époque. En dessinant de plus en plus, j'ai affiné mon style. Et puis, on m'a dit: «Franchis le cap, deviens illustrateur, ton truc, c'est le dessin». Venant de personnes que je ne connaissais pas, mais en qui j'avais confiance, ça a été un déclic. Je me suis lancé.

Quelle est la part de réalité dans tes histoires?
A la base, je racontais les choses exactement comme elles s'étaient passées. Et puis j'ai rompu avec un garçon que j'avais dessiné sur le blog, et je me suis mangé en pleine poire le fait que plein d'inconnus aient lu ma vie sur internet. De parfaits étrangers venaient me proposer leur aide, ou ils tentaient de me remonter le moral: c'était horrible! (Rires.) Du coup, maintenant je fais de la fiction mais en restant sincère. Parfois ce sont de vrais bouts de vie en ne changeant rien, mais sans forcément le mettre dans la bouche de la personne qui les a dit. Et je m'autorise des virées fictionnelles totales. Mais si je racontais ma vraie vie, les gens n'y croiraient pas, parce que parfois c'est plus étonnant que ce que je raconte.
Quid du personnage récurrent de la meilleure copine-fille à pédé ?
Elle, en fait, c'est un mélange de trois nanas que je connais. C'est bizarre, mais c'est très clair dans ma tête. Mes personnages existent réellement pour moi, si demain ils devaient sauver des gens dans un accident de la route, je sais exactement comment ils réagiraient…

Et le personnage principal alors, est-ce quand même toi?
Oui, mais c'est un moi de fiction. Jeromeuh, il peut-être un peu plus langue de pute que Jérôme (son vrai prénom, NDLR). Moi, je suis plus naïf, j'ai une vie plus rangée que lui… Et s'il y a un air de famille dans le visage, sa silhouette est à des années-lumière de la mienne: je mesure 1,85 m, je fais du sport… Tandis que le personnage est un petit truc freluquet.
Tu te vois comme un militant «gay»?
Je n'ai jamais été un activiste, pourtant, dès le collège, j'ai assumé d'être homo, et on venait pas m'embêter avec ça parce que je l'assumais. Et j'ai grandi comme ça. Je ne militais pas parce que pour moi c'était une évidence. Et puis, le fait de t'adresser aux autres, tu te rends compte que tu prends un petit rôle dans la «parole publique» et tu te dois de te positionner. Du coup, le fait de publier ce bouquin, c'est un peu un acte militant. Et je m'en rends compte avec les réactions qu'il suscite: toute la presse gay adore et veut en parler, alors que du côté de la presse mainstream, on dirait que ça bloque.
Et tu en conclus quoi?
C'est la première fois de ma vie que je sens qu'il y a une différence entre moi et un hétérosexuel. Pourtant, mes lecteurs sont en majorité hétéro! J'en conclus qu'il y a encore du boulot pour qu'il y ait une véritable mixité, une véritable parité dans tous les sens du terme, dans les médias et dans la vie.


Les Petites histoires viriles, de Jeromeuh, éditions Delcourt. 96 pages, 13,50€.
Jeromeuh expose ses dessins à la Galerie Napoléon, 23 rue Charles V, 75004 Paris, à deux pas du Marais.






















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De NémoGizmo
c'est bien vu ses situations :-)
dans un tout autre genre graphique, ça fait un peu "Ralf Konig" français (ouais, je sais, on déteste être comparé à 1 autre créateur + connu/installé, sorry Jéromeuh)
et il est plutôt sexy, en +... :-))