«Il ne nous reste que la résistance et l’espoir que le ras-le-bol devienne général»
Dans le «Jardin de Shahrzad» (KTM), trois lesbiennes et une transsexuelle dénoncent la condition des minorités sexuelles iraniennes, protégées derrière le pseudonyme de Vida. Voici leur première interview depuis la réélection du Mahmoud Ahmadinejad.

TÊTUE: Dans votre livre, on ressent fortement qu'Internet fut un bol d'air pour la population iranienne, notamment pour les homosexuels et transsexuels. Pensez-vous que les nouveaux moyens de communication accélèrent l'évolution vers la liberté ?
Vida: Internet joue un rôle fondamental dans le combat des Iraniens pour la démocratie, comme vous avez pu le voir pendant les manifestations contre la pseudo-réélection d'Ahmadinejad. Mais attention : Internet (et les téléphones portables) sont une arme à double tranchant, puisque le régime peut aisément s'infiltrer dans le réseau, pour contrôler, censurer et identifier les opposants. C'est d'ailleurs ce qui arrive régulièrement en Iran : beaucoup de gens ont été repérés par les services secrets sur le Net et arrêtés. Il nous faut sans cesse inventer de nouveaux moyens de lutte et de mobilisation. À l'époque de la Révolution islamique, en 1979, diffuser une cassette avec la voix de l'imam Khomeini suffisait à embraser les foules. C'est grâce à ces foules que le régime impérial a été renversé. Aujourd'hui, mis à part Internet, il ne nous reste que la résistance et l'espoir que le ras-le-bol devienne général.
Quand le président Mahmoud Ahmadinejad a déclaré en septembre 2004 devant les étudiants de l'université de Columbia à New York, qu'il n'y avait pas d'homosexuels en Iran, quelle a été votre réaction ?
Nous nous sommes dit que ce mec n'avait vraiment pas le sens du ridicule ! Il y autant d'homos en Iran que dans les autres pays. C'est la peur de la répression et une certaine pudeur qui les rend quasiment invisibles. Ce que le président voulait faire croire, c'est que les jeunes hommes condamnés à mort et exécutés ces dernières années n'étaient pas des homosexuels, mais des pédophiles, et qu'ils méritaient donc la pendaison. C'est une idée courante en Iran et souvent un prétexte pour persécuter les gays.
La transsexualité n'est pas passible de la peine capitale en Iran. Ce fait pousse-t-il beaucoup de lesbiennes à se faire opérer pour pouvoir aimer librement ?
Il y a sûrement moins de lesbiennes que de gays qui décident de s'opérer, quoique d'un certain point de vue, c'est plus avantageux de devenir homme plutôt que femme en Iran, vu les discriminations et les restrictions légales que subit le genre féminin ! Mais l'opération pour les femmes est plus délicate et plus onéreuse, comme partout dans le monde. C'est vrai que la transsexualité est légale en Iran, mais c'est souvent une pratique coercitive pour les homosexuels, qui subissent toutes sortes de pressions pour suivre un traitement hormonal et se faire opérer.
Comment expliquez-vous que la transsexualité soit tolérée contrairement à l'homosexualité ?
La sexualité en soi n'est pas réprimée en Iran, au contraire elle est impérative, mais uniquement à l'intérieur du mariage entre un homme et une femme (ou plusieurs femmes, puisque la polygamie est légale). Voilà pourquoi l'homosexualité est un des tabous les plus ancrés dans la société, alors que la transsexualité est tolérée. Les trans sont moins marginalisés (ées) si, ils ou elles se marient.
Existe-t-il une solidarité homo-trans-hétéro en Iran ?
Il existe parfois une solidarité entre homos et trans. Avec les hétéros, c'est une autre histoire. La méfiance à l'égard des minorités sexuelles est très forte.
Des projets en cours ?
Nous aimerions réaliser un film basé sur « Le jardin de Shahrzad », mais il faudrait le tourner entièrement à l'étranger, ce qui serait un peu ridicule, et en plus ce serait dangereux pour les actrices. Pour le moment, nous attendons la suite des événements en Iran...
Propos recueillis par Marjorie Marcillac.












0
De fiorella
c'est courageux et j'espere qu'un jour la liberté reviendra dans ce pays,bravo mesdemoiselles!