Hollywood s’interroge: un acteur gay peut-il jouer un hétéro?
Alors que les acteurs de premier plan ouvertement homos sont encore rares, un article de «Newsweek» créé la polémique en affirmant qu'un gay ne peut pas être crédible dans le rôle d'un hétéro. Et vous, qu'en pensez-vous?

Sean Hayes et Kristin Chenoweth dans Promises, Promises sur Broadway.
Sean Hayes (Jack dans Will & Grace) est actuellement sur scène à Broadway dans une reprise de la comédie musicale Promises, Promises. Pour le journaliste de Newsweek Ramin Setoodeh, le couple formé par Hayes et Kristin Chenoweth n'est pas crédible. En cause, le «gros éléphant rose dans la pièce» écrit-il. «Franchement, c'est bizarre de voir Hayes jouer l'hétéro. Il paraît raide et insincère, comme s'il essayait de cacher quelque chose». Autre cible, Jonathan Groff, jeune acteur venant à peine de faire son coming-out. Son personnage de Glee, Jesse, fait les yeux doux à Rachel, la star du «glee club». «Quand il rit ou sourit, il ressemble plus à la reine du club de théâtre, on le verrait mieux avec Kurt.» Quant à Neil Patrick Harris et Portia de Rossi? Leurs personnages dans How I Met Your Mother et Better Off Ted sont des «caricatures non-réalistes»…
Pour compliquer les choses, Ramin Setoodeh est gay lui-même. Mais il n'en est pas à sa première polémique puisqu'en novembre 2009, il écrivait que les homos efféminés tels que Kurt dans Glee et Marc dans Ugly Betty «desservaient la cause» et avaient une part de responsabilité dans les votes contre les droits des gays survenus en Californie et dans le Maine!
Le créateur de «Glee» dans la bataille
La partenaire de Sean Hayes, Kristin Chenoweth, a adressé à Newsweek une réponse dans laquelle elle se décrit «choquée» par la publication de ce papier «horriblement homophobe». Elle rappelle aussi «qu'il fut un temps où les acteurs juifs devaient changer leur nom car les antisémites pensaient qu'il ne pouvaient pas incarner un non-juif de façon convaincante». Cette lettre a reçu l'approbation du créateur de Glee, Kevin Murphy, qui a invité Ramin Setoodeh à rencontrer les scénaristes de la série, mais aussi de l'actrice lesbienne Jane Lynch.
«L'Amérique commence à s'ouvrir aux acteurs ouvertement homos dans des rôles d'hétérosexuels»
Le président du GLAAD (Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) et le scénariste oscarisé de Milk Dustin Lance Black ont aussi pris la plume pour constater que de plus en plus d'acteurs font leur coming-out: «l'Amérique commence à s'ouvrir aux acteurs ouvertement homos dans des rôles d'hétérosexuels, et Setoodeh lui-même n'y est pas prêt» du fait de «ses problèmes personnels avec la sexualité et la féminité».
Ramin Setoodeh terminait son essai controversé par une question: «Si un acteur de la stature de George Clooney sortait demain du placard, l'accepterions-nous encore dans des premiers rôles hétéros? C'est difficile à dire. Ou peut-être pas. Est-ce que cela n'est pas significatif qu'un tel acteur n'existe pas?» Le journaliste rappelle aussi à raison le cas de Rupert Everett, qui conseillait l'année dernière aux jeunes acteurs gay de ne surtout pas faire leur coming-out. Mais on peut se demander si c'est vraiment le public qui rejette cette possibilité, ou plutôt les producteurs hollywoodiens, dont cet article de Newsweek vient nourrir les préjugés.
Regardez une vidéo dans laquelle l'auteur du fameux article de Newsweek
est invité pour répondre dans un débat «Can gays play straight?» (en anglais):










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