GIRLS ROCK: Le nouvel album sombre et inspiré de Katel
INTERVIEW. Katel, chanteuse, instrumentiste et compositrice sort aujourd'hui «Decorum» dans un format digital avant la sortie traditionnelle de l'album dans les bacs le 26 avril. Une très belle réussite: radicale, violente et poétique à l'image de Katel qui nous emporte dans son univers romantique. On la suit les yeux fermés...
TÊTUE: Comment s'est passée l'élaboration de l'album?
KATEL: J'ai pris mon temps. J'ai d'abord bousculé les choses mises en place, puis, après la tournée je me suis enfermée pendant un an pour écrire, et j'ai trouvé mon angle d'écriture avec le thème des escaliers. Par ce biais-là, j'avais une perspective autour des textes. Un point de fuite, une ascension vers quoi je ne sais pas. Et puis, dans le mot «escaliers» qui m'obsède, il y a une musicalité que j'aime. Je suis hantée par Kate Bush, et les musiques sérielles. J'aime jouer avec l'idée de transe que provoquent les obsessions puis développer les textes et la musique.
Est-ce le même groupe que pour ton premier album «Raides à la ville»?
Oui, c'est mon groupe live, on a beaucoup travaillé. J'ai un musicien en particulier qui écrit les partitions de cordes, redistribue les parties de chaque instrument. J'ai pris un arrangeur sur Hurlevent, qui est un clin d'oeil à Kate Bush mais moi, dans la chanson, j'adopte le point de vue de Heathcliff, bien sûr (rires). Il ne faut jamais fermer les interprétations!
Ton nouvel album est plus violent, et plus ambitieux aussi...
C'est exactement cela! Il exprime une violence plus ambitieuse. C'est plus ouvert musicalement en apparence amis en réalité, je fais passer des choses plus violentes. Je suis plus ambitieuse musicalement, et la rage est moins banale.
Dirais-tu que tu es une romantique noir?
Oui, l'entrée dans la poésie m'a marquée, Rimbaud et sa luminosité plutôt que les poètes dits «noirs», par exemple le poème Fleurs dans les Illuminations; Henri Michaux, ce qu'il dit sur l'holocauste notamment. Et j'ai asséché mon écriture depuis mon précédent album. Je pars de faits simples et je travaille dans l'agencement des phrases plus que dans les phrases elles-mêmes. J'ai fait attention à la poésie du texte plus que de la phrase.
Pourquoi ce nom de Decorum?
J'aime l'ambiguïté du nom, la beauté, le faste et la façade. Et puis, je me sens plus ouverte, plus populaire dans cet album, en apparence, car le truc derrière qui m'habite artistiquement est beaucoup plus violent.
Es-tu muse ou putain?
Les deux, surtout ne pas trancher! Car les muses sont bien souvent des putains.
Fantôme ou hantée?
Je fais des allers et retours entre les deux états. Après l'élection de Sarkozy, j'ai eu les pattes coupées- on retrouve cette sensation dans ma chanson Vacante- on a basculé depuis deux ans dans la mentalité la pire du libéralisme! J'ai éprouvé un profond vide où je me suis demandée: «à quoi ça sert que je dise les choses?». Aujourd'hui, les intellectuels n'ont plus envie de parler ou alors utilisent un cynisme à la Yann Barthès qui utilise les mêmes formes que Sarkozy donc. Puis j'ai retrouvé l'inspiration en ouvrant de façon «harmonique» sur des choses que je n'avais jamais dites.
«J'ai envie qu'on se déprenne de soi-même dans notre société qui ne cherche qu'à identifier.»
Comment s'est passée la collaboration avec Jeanne Cherhal qui fait des voix sur ton album?
Nos démarches artistiques n'ont rien à voir mais ça fait partie des grands mystères de l'humain. Nous avons toutes les deux une grande complicité, c'est une artiste très libre, elle a une vraie légèreté. Elle a fait des voix de chorales sur Chez Escher, j'ai pris sa voix pour mettre de la lumière sur certaines de mes compositions.
Un prochain album?
Oui, j'ai commencé à composer au clavier avec l'ordinateur, j'ai envie de sortir de l'idée du réalisme dans la composition. C'est-à-dire de l'idée de partir de choses physiques et concrète. Là je construis grâce à l'ordinateur un univers qui n'a rien à voir avec le possible. Un univers irrésolu, ambigü. Une colonne très concrète avec des ailes impossibles sur les côtés. J'aime travailler avec des voix et de la musique fantôme ainsi que rencontrer des choses pas d'ici. On tombe alors dans sa propre irrésolution. J'ai envie qu'on se déprenne de soi-même dans notre société qui ne cherche qu'à identifier, qu'à se situer. Exemple, tout ce débat sur l'identité nationale dont on nous abreuve. Ce sont uniquement des pièces qui viennent combler des vides.
Tes peurs actuelles?
Le conformisme qui se prend pour de l'originalité. Les profils Facebook. Etre soi-même un homme sandwich. On sabre le désir, et ça, ça m'angoisse. J'ai du mal à rencontrer des gens qui ont vraiment du désir. Ça me rend en colère, car il y a tout un aveuglement collectif là-dessus, et c'est plus une immense tristesse que de la colère en fait.
Etre femme pour toi?
Je me sens «absolument» femme (au sens absolu). Mais l'essence dite féminine est encore une construction masculine et les femmes se confondent encore avec cette construction; quand j'ouvre un magazine féminin, et que je vois cette façon de perpétuer les clichés, j'ai peur...
Decorum de Katel, dans les bacs le 26 avril et sur les plateformes de téléchargement légal dès le 5 avril.
En concert à Paris le 6 mai 2010.






















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De Petit-Belin
Arf ! Katel...Elle est chouette l'interview. C'est dommage que qualitativement parlant, on ne puisse pas en dire autant de cet album...