GIRL ROCK: le crédo de Mensch, Dance and Die!
Du nouveau dans le paysage rock féminin, le groupe Mensch n'a que quelques mois, déjà de l'énergie à revendre et un leitmotiv prometteur: «Guitare, basse, clavier et boîtes à rythmes: Dance and die!». TÊTUE a rencontré Vale Poher et Carine Di Vita, les deux Lyonnaises qui composent ce duo. L'occasion de parler de filles et de rock.

TÊTUE: Le rock, vous y êtes venues comment?
CARINE: Ce sont évidemment des femmes qui m'ont donné envie de faire de la musique. Kim Deal, Kim Gordon (respectivement membres des groupes Pixies et Sonic Youth, NDLR.), ... Pas forcément des groupes de filles mais surtout les filles instrumentistes, ça me fascinait ! C'est grâce à elle que je me suis dit «C'est possible, allons-y!»
Parce qu'à l'époque, ce n'était pas envisageable?
VALE: C'était possible de se lancer, mais il n'y avait pas d'exemple! En France, les filles faisaient de la variété. Je me souviens que j'essayais non seulement de trouver des groupes de filles, mais aussi d'en monter, et c'était difficile. Après, quand tu trouves un groupe de mecs qui veut bien de toi, t'es rapidement reléguée au rang de potiche...
Pourquoi à votre avis?
CARINE: Il y a un problème culturel fort en France par rapport à la musique et aux filles. On met éventuellement une fille au violon ou au piano, mais ça va s'arrêter là. Personne ne va encourager une fille à pratiquer un instrument qui n'est «pas féminin».
Est-ce qu'il existe une culture rock féminine?
CARINE: Oui et elle s'est construite grâce à des femmes qui ont dû se battre. Et elles sont relativement rares : on a été obligé d'aller trouver des mamans ! Janis Joplin, Patti Smith... Qui elles-mêmes ont inspiré des PJ Harvey et des Cat Power... On est obligé de les considérer comme la base de cette culture, et de constater que depuis il y a eu un chemin et une histoire.
Est-ce qu'il est facile de définir les contours de cette culture?
VALE: Non, et puis la définir, c'est l'arrêter! Or elle est extrêmement ouverte. Nina Simone en fait partie, mais en même temps elle ne fait pas partie de la scène rock. Autre exemple, Agnès Varda, qui appartient à cette culture, avec tous les films avant-gardistes qu'elle a réalisés. Mais en même temps, d'apparence elle ne fait pas très rock...
La culture rock est donc aussi dans l'apparence et le look?
VALE: Elle peut l'être. Au départ, la base du rock, c'est la contestation. Mais toute la culture de révolte et de rébellion a depuis été récupérée : quand quelque chose devient dangereux, tu le désamorces en le diffusant dans la société de consommation. Quand tu vois des t-shirts et des guitares à l'effigie d'icones de rock, parfois ca ne veut plus rien dire. Il faut savoir faire la part des choses. Donc la culture rock n'est plus forcément où on la voit...
Les apparences seraient donc parfois trompeuses? Carine et Vale réagissent dans ce diaporama TÊTUE:
Est-ce que c'est dur d'exister et de percer en tant que femme dans ce monde du rock pour le moins masculin?
CARINE: Ca gêne encore beaucoup de gens que des filles s'imposent. Quand on formait un groupe à trois, les gens nous interpellaient toujours en nous disant «Ah, vous avez fait un groupe de filles?!». Alors qu'en l'occurrence, le groupe avait été fait par hasard, au grès des rencontres. Quand trois mecs montent un groupe, jamais personne ne va aller leur dire «Ah, vous avez fait un groupe de mecs?!»
VALE: Tu dois toujours justifier le fait d'être une fille. Et si tu fais une erreur, on se focalisera immédiatement sur le fait que tu es une fille, et pas sur ton erreur elle-même.
CARINE: En tout cas, jamais un groupe féminin n'arrivera au niveau d'engouement qu'a crée le groupe Radiohead par exemple, ou alors je demande à voir !
VALE: Je pense que ça arrivera, je l'espère! Mais je serai peut-être trop vieille pour voir ça...
Photo: Soap photography

















