Ghosted de Monika Treut ou l'impossible deuil d'amour
Le dernier film «Ghosted» de Monika Treut interroge la possession et le deuil amoureux impossible. Il pêche, en revanche, du côté de sa cinématographie, faible, et du jeu de ses actrices. Séance de rattrape, dimanche à 12h30, au Trianon, dans le cadre du festival Cineffable.
Qui n'a jamais comparé l'amour au fait d'être hanté? Avec délices ou avec douleurs mais hanté.
Les liens d'amour que l'on tisse pendant des années sont comme des fils ou des tenailles qui entourent le coeur et l'esprit de l'être aimé et qui pénètrent le coeur, tant et tellement qu'à la disparition de l'être aimé ou à la fin de l'histoire d'amour, il faut du temps pour que ces fils se brisent, se détachent ou s'effacent. C'est de ce temps fantômatique de l'amour qu'on appelle moi poétiquement deuil dont il s'agit dans le dernier film de Monika Treut (Female Misbehaviour, Gendernauts). De comment l'amour est le domaine (avec la littérature) par excellence des fantômes. Du «haunting» (puisque le substantif n'existe pas en français): ce qui vous hante, vous obsède continuellement.
Une atmosphère brumeuse pour un film entre documentaire et thriller
Ghosted, c'est la tragique histoire de Sophie Schmitt (Inga Busch) folle amoureuse de Ai-ling Chen (Huan-Ru Ke) une jeune femme taïwanaise fragile et mystérieuse, exilée en Allemagne pour essayer de percer le mystère de sa généalogie paternelle. Malheureusement, Ai-Ling meurt et l'on ne vous dira pas pourquoi ni comment...Sophie reste hantée par l'amour qu'elle éprouve et le visage de l'aimée disparue, ça devient même la matière de son travail artistique. Lors de sa première exposition à Taïpei, elle se fait aborder par une jeune journaliste qui va lui rappeler son amie. Et la fiction peut prendre toute son ampleur.
L'histoire est prenante, haletante même et se déroule comme une énigme policière, entre flashbacks et présent de résolution. Les temporalités s'y croisent, tout comme les figures féminines: la journaliste-amante de Taïpei Mei-Li, proche d'Ai-ling qui continue de vivre à travers les images et les films de son amoureuse éternelle, et la mère de l'aimée, passeuse entre deux mondes. Les cultures allemandes et taïwanaises s'y croisent aussi, pour créer une atmosphère brumeuse, un film entre documentaire (la forme chère à la cinéaste) et thriller. Mais il manque une musique envoûtante, une réelle cinématographie (Monika Treut semble paresseuse à ce niveau-là) et un jeu d'actrices plus solide pour en faire un très bon film. Mais on a néanmoins passé un bon moment.
Née en 1954, Monika Treut s'est rapidement affirmée comme l'une des figures les plus intéressantes du cinéma indépendant allemand des années 80 et 90. Monika Treut a abordé dès ses premiers films les sexualités marginales et remis en cause la culture gay devenue normative à travers des femmes politiquement incorrectes et fières de l'être : Annie Sprinkle, ex-actrice de porno, Camille Paglia écrivaine américaine ou Eva Norvind, dominatrice globe-trotter...Monika Treut a fait l'objet de plusieurs rétrospectives notamment à la Cinémathèque de Toronto en 1993, au Musée d'art moderne de Cleveland en 1999, et au festival de film de femmes à Bologne en 2000. Son dernier film «Ghosted» a été présenté à la Berlinale 2009 section Panorama.











