Expo: 55 écrivaines incarnées par un garçon (et quelques accessoires)
RENCONTRE. Avec un pull, une paire de lunettes, trois fois rien, Stéphane Foenkinos se retrouve dans la peau de Virginie Despentes, Barbra Cartland, Françoise Giroud ou Christine Angot. Un délire entre copains qui devient une formidable performance photographique.
55 écrivaines, c’est l’intrigant titre de la nouvelle exposition de Stéphane Foenkinos. Le brillant touche à tout présente à la galerie Dupin, à Paris, une cinquantaine de portraits de femmes de lettres célèbres revisités à sa façon. En effet, Stéphane n'a pas photographié Virginie Despentes, George Sand, Barbra Cartland ou Françoise Giroud. Il les a toutes incarnées… le temps d'un cliché.
Le résultat est un étonnant mélange d’hommage et appropriation. Sans caricature. Un projet photo imaginé par la scénariste Raphaelle Valbrune, l'auteur et cinéaste Stéphanie Murat et évidemment Stéphane Foenkinos, qui ne cesse de nous surprendre. On le savait déjà scénariste de génie, co-auteur notamment de Hard 2, l'hilarante série de Canal+, directeur de casting (du dernier Woody Allen), le voilà… écrivaine! On le retrouvera en tant que réalisateur en décembre prochain, puisqu'il vient de terminer avec son frère (David) La Délicatesse, avec Audrey Tautou et François Damiens. Rencontre avec un performer-caméléon passionnant.
Comment vous est venue l'idée, osée, d'incarner le temps d'une photo, Elfriede Jelinek ou Benoïte Groult? Et d'en faire une performance artistique?
Stéphane Foenkinos: Au départ, ce n'était pas envisagé comme tel. C'est un accident, il y a trois ans, qui a décidé de cette aventure. Un jour, j'étais assis sur le canapé de Stéphanie Murat, une immense fan de Marguerite Duras. J'avais un col roulé qui me grattait, j'ai enfilé un petit gilet, j'ai chaussé des verres fumés… Et elle m'a dit ne bouge pas, m'a pris en photo. Et m'a appelé Marguerite toute une après-midi. On a sorti un tirage un peu jauni. Et nous l'avons montré à Raphaelle Valbrune. Et tout est parti… avec beaucoup de perruques.
Le choix des 55 écrivaines s'est fait comment?
Nous avons œuvré ensemble avec Castratora, Raphaelle Valbrune, qui décidait (rires). L'idée était de choisir des femmes représentatives. Avec des clichés que nous avons très vite choisi d'accompagner de phrases représentatives.
Quand la phrase a-t-elle été choisie? Avant la photo? Après? Elle l'a inspirée?
Certaines phrases sont nées avant. Pour Karen Blixen, «J'avais une ferme en Afrique» s'imposait. Comme un tube.
Vous êtes-vous inspirés de clichés existants ou vous avez laissé libre cours à votre imagination, au fantasme que vous vous faisiez de l'écrivaine?
On ne s'est rien interdit. Mais j'avais besoin de voir des photos pour m'inspirer dans la pause.
Il n'était pas question d'avoir recours aux prothèses.
Y a-t-il des écrivaines que vous souhaitiez incarner. Mais sur lesquelles vous n'avez pas trouvé une idée satisfaisante?
Il y en a eu certaines que nous aimions beaucoup, mais qui faisaient doublon. C'est vrai que Nina Berberova ou Nancy Huston ressemblaient peut être trop à d'autres. Et puis une majeure, Agatha Christie, sur laquelle nous avons eu beaucoup de mal. Il n'était pas question d'avoir recours aux prothèses, à des procédés trop artificiels. Cela n'aurait plus eu de sens…
La performance est uniquement photographique. A-t-elle été filmée ? Est-ce un work in progress?
Le projet était d'abord lié à l'amitié et au plaisir. Pour l'instant, le travail se fait entre l'objectif de Stéphanie, la conception de Raphaelle et ma représentation. Nous avons un projet de faire une thématique sur les femmes politiques. On a envie de continuer, mais cela ne sera pas systématique. Je ne suis pas le Arturo Brachetti du travestissement.
L'exposition est parisienne pour le moment?
Oui, mais nous sommes ouverts à toutes les propositions…
55 écrivaines, jusqu'au 25 juin à la Galerie Dupin, 6, rue Dupin, à Paris (6e). Publication d'un catalogue à venir. Adresse mail: 55ecrivaines@gmail.com.
Voici donc Stéphane Foenkinos dans la peau de…
Virginie Despentes

Marguerite Duras

George Sand

Barbara Cartland























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De Cédrix
Ce que j'ai vu a l'air convainquant. Dur, dur de représenter l'âme d'un écrivain (autant que son physique) avec une seule photo ! Le regard y est important...