En salles: «The Future», nouveau voyage poétique de Miranda July
Le nouveau film de l'emballante Miranda July sort aujourd’hui en France. L’occasion de (re)découvrir la vie de cette artiste multifacettes, qui a débuté sa carrière aux côtés des riots grrls.

Avons-nous envie de voir un film narré par un chat, agrémenté d’une Lune qui parle, d’un tee-shirt qui rampe, et d’un personnage qui fige le temps? Il s’avère que oui. Car tout ce que Miranda July sort de son chapeau finit toujours par nous séduire. Et son nouveau film The Future ne fait pas exception.
Un couple qui vacille
Avec Moi, Toi et tous les autres, primé à Cannes en 2005, elle avait montré ses talents de réalisatrice – et d’actrice – de long-métrage. Bouclettes brunes sur silhouette élancée, July est indéfinissable, tantôt écrivain, tantôt musicienne, tantôt performeuse… Elle peint son univers, quelle qu’en soit la toile. The Future y a sa place, bien qu'il soit plus sombre et plus profond que son premier film. July y dépeint un couple de hipsters (bobo, à peu de choses près) trentenaires. A Los Angeles, Sophie (Miranda July) et Jason (Hamish Linklater) ont seulement trente jours pour accomplir leurs rêves. Après, les deux têtes bouclées devront accueillir Paw Paw, un chat cancéreux, allégorie de l’entrée dans l’âge adulte. Cette responsabilité imminente les plonge donc dans une crise existentielle, et fait vaciller la flamme de leur couple. Ils doutent. «J’ai toujours cru que je serais plus intelligent. Que je deviendrai président de la République», soupire Jason. Ou encore «A 35 ans, il ne reste que cinq ans avant la quarantaine, et les quadras sont les nouveau quinquas. Tout ce qu'il y a après n’est que du rab'.»
July a toujours à cœur de révéler sans mièvrerie cette vulnérabilité de l’être humain, face à l’être aimé ou au temps qui passe. Dans cette histoire d’amour empreinte de surréalisme, la réalisatrice se confronte aussi à ses propres peurs. Celle de la difficulté de créer, en tant qu’artiste, celle de l’engagement amoureux, en tant que personne. Et répond aux critiques faciles des pourfendeurs de son travail, qui le dépeignent comme irrémédiablement léger et farfelu. Quand l’univers de Wes Anderson, lui aussi centré sur les émotions, l’absurde ou l’introspection est, lui, acclamé.
De «July» au Tigre
Car ceux qui portent le flambeau du cinéma américain indépendant américain sont essentiellement des hommes. July elle-même admire leur travail, celui de Noah Baumbach, ou de Wes Anderson justement. Mais elle explique, dans une interview au New York Times, que «tous ces hommes travaillent aussi sur l’intime. Ça m’est égal, mais ce qui ne m’est pas égal c’est que personne n’y trouve rien à redire. Alors que moi, ou d’autres, sommes décrites comme narcissiques. Les hommes ne sont pas jugés de la même façon.»
«L’étudiante (que j'étais) devait s’essayer au lesbianisme et s’était coupé les cheveux courts.» C’est d’ailleurs en soutenant les artistes féminines que Miranda July a réellement commencé sa carrière. Elle quitte l’université en deuxième année, et la Californie avec, pour gagner l’Oregon. Là-bas, des femmes montent des projets à la pelle, principalement des fanzines et des groupes de rock. Elle-même tire d’ailleurs son nom, July, d’un fanzine créé ado avec sa meilleure amie Johanna Fateman. Qui deviendra la célèbre chanteuse du Tigre.
Plongée dans la scène queer à vingt ans
Quand July arrive à Portland, elle côtoie tout naturellement la scène queer et se mêle aux riots grrls. Elle fréquente les rockeuses de Sleater Kinney (dont elle a réalisé l’un des clips) ou la lesbienne Khaela Maricich de The Blow. Et elle participe elle-même à un groupe de rock, The Need, avec sa petite amie d’alors, Radio Sloan. Dans le New Yorker, July se souvient de ces années-là et décrit la fausse carte d’identité dont elle se servait alors: «L’étudiante auquel elle appartenait me ressemblait assez, dans le sens où elle aussi devait s’essayer au lesbianisme et s’était coupé les cheveux courts.»
Mais ce qui l’intéresse surtout, c’est de créer un réseau de films réalisés par des femmes. Elle lance donc un grand projet: «Joanie 4 Jackie», une chaîne de vidéos. La jeune artiste, éprise de philosophie en kit, pousse des réalisatrices en herbe à lui envoyer leurs courts-métrages et leur renvoie une cassette vidéo avec neuf films réalisées par d’autres artistes.
Artiste interactive
July a désormais 37 ans, et des dizaines de projets derrière elle. Avec toujours cette volonté d’impliquer le public. Learning to Love You More est un site web, résultat de photos d’une centaine de «consignes» données aux gens, du genre «Prenez une photographie de vos parents s’embrassant» ou «Tressez les cheveux de quelqu’un».
Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, on ne peut que se perdre dans l’imagination fantasque de July. A la fin de The Future, c’est la nuit, propice aux confessions. «Tu dois savoir quelque chose, dit Sophie à Jason, c’est que je suis sauvage.» Indéniablement.
Regardez la bande-annonce de The Future:
Et une interview de la réalisatrice par Marie Labory sur Arte:










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