En DVD: un groupe d'amis gays s'éclate à New York dans «The Skinny»
INTERVIEW. Le long-métrage de fiction «The Skinny» dépeint la jeunesse aisée noire américaine et gay. A l'occasion de sa sortie en DVD, son réalisateur Patrik-Ian Polk explique notamment pourquoi il tient à introduire autant d'érotisme dans chacun de ses films…

Patrik-Ian Polk (photo ci-dessous), le créateur à succès de Noah's Arc, la version black de Queer as Folk, réapparait aujourd’hui avec The Skinny. Un film dans la lignée de ses précédents: un casting sexy, des corps offerts, des répliques bitchy… Ici au service d’une «romcom» bien menée qui s’intéresse aux destins croisés de quelques étudiants en roue libre à New York pour la gay pride. Un an après avoir quitté les bancs de la fac, une bande de copains s’organisent un week-end de retrouvailles pendant lequel ils vont se raconter leurs vies, leurs soucis, leurs anecdotes croustillantes…
Rencontre avec un jeune réalisateur né dans le Mississippi, qui se joue avec humour des clichés sur les noirs américains.
TÊTU.com: Peut-on considérer The Skinny comme une suite logique à l’univers de Noah’s Arc?
Patrik-Ian Polk: Oui, même si j'ai essayé cette fois-ci de me concentrer sur des personnages plus jeunes, des héros qui commencent à entrer dans l’âge adulte. Ce n’était pas le cas dans mes œuvres précédentes!
Votre histoire prend place dans un univers très bourgeois, avec de jeunes étudiants diplômés d’université. Ce n’est pas un type de personnage que l’on voit beaucoup au cinéma. Et ils n’inspirent pas non plus beaucoup de cinéastes afro-américains…
J’ai fait ce film pour cela. On dirait qu’ils n’existent pas dans la société américaine actuelle si l’on se fie uniquement à la télévision ou au cinéma. Et pourtant, ce ne sont pas des exceptions, loin de là!
Votre film prend aussi le parti de ne montrer aucune homophobie latente ou active, alors que d’autres cinéastes blacks avant vous en ont beaucoup parlé…
Je n’aime pas trop cette inclinaison de nombres de metteurs en scène qui ne dépeignent leurs héros que dans la bataille, la souffrance, la culpabilité. Attention, je suis peut-être un peu candide et optimiste mais j’ai toujours voulu planter mes histoires dans un univers très utopique d’ouverture et de félicité. Je connais la réalité. Il y a des endroits aux Etats-Unis où être noir et homo ne pose pas de problème, mais je sais que c’est loin d’être le cas partout. Disons que je veux embellir la situation en espérant que l’on y voit une sorte de norme pour les années à venir. Je dirais même que comme l’on voit peu de gays blacks à l’écran, il faut les présenter sous un jour épanoui. Même si ce n’est pas forcément réaliste. Mais le cinéma l’est-il vraiment?
Vous avez toujours mis beaucoup d’érotisme dans vos productions... Vous aimez titiller le spectateur?
J’aime aller à fond. Quand on montre un personnage gay à l’écran, on a trop souvent tendance à le policer, à le normaliser pour ne choquer personne. Je suis à l’opposé. J’aime parler sexualité, parfois en termes crus, susciter et montrer le désir, avoir des héros très «over the top». Après tout, mon public cible est gay, et je ne vois pas pourquoi je devrais lui montrer quelque chose d’asexué… Et puis, il n’y pas tant de films gays que ça, alors n’ayons pas peur de la romance, du sexe, de la libido…
Regardez la bande-annonce:
Dans votre film vous faites aussi passer pas mal de messages de prévention sur la sexualité. Et vous n’hésitez pas à faire un abécédaire d’une première sodomie réussie!
J’ai fait exprès de forcer le trait. Mes films ou séries sont beaucoup vues par des jeunes. Disons que je fais passer un message dans un contexte ludique. Les cinéastes blacks et gays ne sont pas nombreux. Profitons-en pour dire des choses en étant le plus audacieux possible!
Vous avez quasiment auto-produit The Skinny…
J’ai en effet réuni l’argent moi-même auprès d’investisseurs privés. Le budget est de 150.000 dollars, mais tout le monde s’est donné à fond. Il a le look et la finition d’un film beaucoup plus coûteux et c’était mon obsession.
Vous êtes scénariste, réalisateur, monteur et même compositeur sur vos films. D’où vient cette boulimie?
Je fais tout cela par nécessité. J’ai choisi de faire un cinéma très personnel. Et cette liberté à un prix.

Le film est sorti en salles aux Etats-Unis, ce qui est rare pour ce type de long-métrage!
C’était essentiel pour moi. Je considère The Skinny comme un film comme les autres. Je ne voulais pas qu’il soit cantonné à une sortie limitée en vidéo. J’ai eu de la chance que la version cinéma de Noah’s Arc, Jumping the Broom, fasse un beau parcours au cinéma. Cela m’a beaucoup aidé. Le film a été présenté dans une douzaine de salles aux Etats-Unis, ce qui est beaucoup pour ce type de production. Il a été ensuite proposé sur Logo (le PinkTV américain, ndlr).
Quels sont vos prochains projets. Reviendrez-vous à la télévision?
Je tourne actuellement un long-métrage qui se passe dans un lycée, baptisé Sbird. Cela se passe dans une petite ville du Mississippi, un cadre que je n’ai jamais exploré. C’est un film beaucoup plus sérieux que mes films précédents. Mais pas forcément plus sombre. Dans la foulée, j’ai une nouvelle idée de série…
Vous êtes grand, très mince. The Skinny («Le maigrichon» en anglais) en fait, c’est vous. Vous ressemblez d’ailleurs à l’un des héros du film, Blake, l’incorrigible romantique?
Le nom de ma société de production est «Tall Skinny Black Boy», mais il n’y a pas de rapport. The Skinny, dans le langage très imagé, cela veut dire «Que se passe-t-il?». Quant à Blake, c’est vrai qu’il me ressemble, mais ce n’est pas moi ou un pan de ma vie! Cela dit Blake est souvent le personnage préféré du film, alors j’accepte le rapprochement (rires)!
The Skinny de Patrik-Ian Polk
Optimale
Photos: DR.










LES CHAÃŽNES 











2
De patrik
Romcom ? En français c'est intraduisible ?
Ceci dit ce film permet de passer un bon moment, avec des personnages sexy ...
1
De Freelancer_FR
Oui, apparemment "comédie romantique" n'a pas le même effet. D'ailleurs, le réalisateur a demandé explicitement au journaliste de Têtu de ne pas traduire "over the top" ("démesuré" ou "excessif", par exemple) non plus. Comme le journaliste est fainéant et avide d'anglicismes pseudo-branchés, il s'est exécuté avec plaisir. Au fait, "skinny" ne veut pas dire "que se passe-t-il ?", mais "potins", de préférence confidentiels, en argot américain. Mais je l'ignorais et cet article d'un journaliste qui ne connaît visiblement pas aussi bien l'anglais qu'il le pense m'aura permis de l'apprendre.
1
De Sarkolusconi
Merci patrik et Freelancer_FR d'avoir répondu aux 2 questions que je me posais en lisant cet article !
D'une manière générale, les articles de Têtu ont un peu trop tendance à être truffés d,anglicismes non traduits, soit parce que ça fait branché, soit plus prosaïquement par flemme ou pas ignorance.