«Divers/Cité, c'est l’occasion pour les homos français de rencontrer leurs cousins montréalais!»
INTERVIEW. Le 18e festival gay Divers/Cité bat son plein depuis lundi dans le Village de Montréal. Un cocktail festif et culturel unique en son genre dont la directrice, Suzanne Girard, nous livre quelques ingrédients.

C'est l'été à Montréal. Dans le Village gay, la rue Sainte-Catherine piétonne pour quatre mois s'est transformée en de vastes ramblas où les garçons et les filles marchent main dans la main, ou se lancent des regards suggestifs. Et depuis lundi, la 18e édition du festival Divers/Cité bat son plein dans le quartier.
Comme chaque année, la fête gaie (les Québécois francisent le mot) propose des événements culturels et festifs, souvent gratuits, où tous les publics se rencontrent et se mélangent. Au programme notamment: la projection en plein air de J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan, une soirée «Cabaret New York» avec les drags les plus irrévérencieuses de Big Apple, une soirée trance, une soirée filles, la mythique nuit Mascara menée par Mado, mais encore un bal de danses latines ou une grande après-midi électro à ciel ouvert.
Suzanne Girard, la fringante directrice de l'événement, raconte à TÊTU comment Divers/Cité s'est imposé dans la vie culturelle et gay de Montréal.
TÊTU: Longévité, popularité… Quel est le secret de Divers/Cité?
Suzanne Girard: Notre vocation, c'est de mêler les gens. On est connu pour cela, les spectateurs qui viennent de l'extérieur nous le disent: ils aiment la mixité du festival, tant au niveau des manifestations que des publics qui s'y croisent. Des homos, des hétéros, des jeunes, des mesdames de 65 ans. Ça demande un gros travail sur la programmation, pour attirer et mêler des spectateurs de toutes sensibilités, qui viennent pour de la musique trance, de la danse, un spectacle de drags, du cinéma. C'est aussi pour cela qu'on limite le nombre de sites où se produisent les artistes, pour éviter les cloisonnements. De plus, 90% de la programmation est gratuite, en plein air.
Est-ce qu'il y a quelque chose de typiquement montréalais dans cette capacité à la mixité?
Sans doute parce qu'on est peu nombreux. Au Québec, on est une petite population de six millions d'habitants, entourés d'une mer d'anglophones, alors les gens se mêlent, comme dans une petite famille.
Et vous ne rencontrez jamais d'homophobie?
Non, nous ne rencontrons pas d'hostilité. Il faut dire que nous sommes dans un quartier tolérant. Les seuls problèmes peuvent venir de personnes qui ne sont pas familières avec cette tolérance. Une année, des gens sont descendus dans un hôtel voisin pour assister à une course de stock-cars. Quand ils ont découvert l'existence du festival, ils ont fait du grabuge verbal et sont devenus violents. Il a fallu appeler la police!
Comment ce festival a-t-il pris une telle ampleur depuis près de 20 ans?
A l'origine, nous étions associés à l'organisation de la gay pride de la ville, même si notre ambition était déjà plus culturelle et musicale. D'un côté, il y avait la pride, de l'autre, il y avait un week-end d'événements culturels. Puis on s'est aperçu qu'il y avait de plus en plus de gens à ces manifestations, et qu'elles attiraient un public différent de la pride. Des spectateurs plus curieux, plus concernés que pour la marche, qui attire surtout des curieux. Nous avons donc décidé de séparer plus clairement les deux événements: la Pride est toujours militante et revendicative, et Divers/cité, qui est désormais autonome, se concentre sur son aspect culturel. Même si se présenter comme un festival gay porte forcément en soi quelque chose de militant.
Chaque année, Divers/Cité a ses rendez-vous récurrents, comme Boulevard des rêves, la soirée Mascara, ou encore la grande danse, consacré à l'électro…
Ce sont en effet de gros événements que l'on souhaite installer dans la durée. Cette année, ce sont des DJ européens qui animeront la Grande danse, comme Danny Verde ou Abel Ramos. Mascara est le plus grand show de drags à ciel ouvert, avec Mado en maîtresse de cérémonie. Et Boulevard des rêves propose tous les ans un plateau de chanteurs montréalais. Ce sont typiquement ces spectacles qui attirent un public très diversifié.
Le festival est bien intégré maintenant au paysage culturel de Montréal. Les collectivités territoriales osent-elles s'impliquer dans le financement d'un festival LGBT?
20% de notre budget est composé de subventions. La mairie de Montréal ne donne pas beaucoup, mais collabore activement à l'organisation des événements. En fait, ce sont deux ministères du gouvernement québécois qui nous versent de l'argent, mais surtout pour la promotion du festival. Non pas parce qu'ils soutiennent la cause LGBT, mais parce que nous contribuons à faire venir des touristes, et que cela représente près de dix millions de dollars de retombées économiques.
D'où viennent ces touristes?
D'abord du Canada, mais aussi des Etats-Unis et du Brésil. Hors Amérique, ce sont les Français les plus nombreux!
Justement, qu'est-ce que vous diriez aux Français pour leur donner envie de venir assister aux prochains festivals Divers/Cité?
Que c'est l'occasion de faire la fête, de s'amuser, et peut-être plus… avec leurs cousins québécois! (rires) Plus sérieusement, c'est un bon moyen pour les Français de découvrir la culture et les habitants de Montréal. Les fêtes populaires sont toujours un bon moyen de s'insérer dans une nouvelle culture, de rencontrer les gens. En Europe, vous avez des fêtes traditionnelles très anciennes qui vous permettent de vous retrouver. C'est cela que nous voulons faire avec Divers/Cité.
Regardez une vidéo de présentation du festival 2010:
Photos: Fabien Wiktor.












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De mister94
je suis sur que ce sera fini quand j'arriverais cet été !