Diamanda Galás chantera à la Villette ce soir
Ce soir, dans le cadre du festival Villette sonique se produira Diamanda Galás, une immense chanteuse new-yorkaise, inclassable et engagée dont la voix grave et profonde vous retournera les tripes. TÊTUE a eu l'honneur de lui parler. Interview-choc qui va droit au but sur l'engagement, les homos irakiens, la vie et la mort.
Diamanda Galás est unique. Elle chante depuis 30 ans sur des textes des grands poètes (Michaux, Celan, Pasolini, Nerval...), avec une voix d'une amplitude de trois octaves et demi, joue du piano, compose et écrit.
Appelée la «Diva des dépossédés», elle est très engagée dans la lutte contre le sida, la question des génocides, et les crimes contres l'humanité. Plus «Furie» que pleureuse antique, c'est la rage qui l'anime dans sa vie d'artiste, celle qui réclame la vérité sur les traitements des prisonniers politiques, de la Grèce des colonels à nos jours, et la lutte contre l’homophobie.

TÊTUE: Connais-tu ton public français?
Diamanda Galas: Non, je ne connais pas trop mon public ici, parce que je n'ai pas fait beaucoup de concerts. J'ai eu une carte blanche au festival de L'Etrange, il y a deux ans. J'avais choisi une programmation et des films de Franju, Pasolini, Bergman, ce genre de choses, et j'ai fait des lectures sur chaque film que j'ai programmé et enfin j'ai fait un concert. Mais j'aime la France et le public français.
Es-tu toujours engagée dans le combat contre le VIH?
Oui et spécifiquement la lutte auprès des gays du Moyen-Orient, car là-bas, ils n'ont pas accès aux médicaments, et ils sont suivis s'ils vont en chercher à l'hôpital, et en chemin, ils sont tués. J'ai donné une lecture à Montréal qui s'appelait Prayers for the infidels (teaser), j'ai écrit ça en français, grec, espagnol avec un texte: God had an anal glue. Je voulais parler de ce que les homos irakiens subissent: les militaires leur donnent des laxatifs, et leur collent l'anus, pour que l'estomac explose. C'est une amie activiste et écrivaine anglaise Petra Davis de Plan B magazine qui m'en a informé. J'ai écrit un texte sur ça qu'on trouve dans le magazine Sang bleu (numéro janvier/février 2010. «Infidel» veut dire quiconque n'est pas croyant, une femme nait infidèle, hors la loi, les femmes ne sont pas des êtres humains, donc tu peux leur faire tout ce que tu veux, tu ne seras pas punie. Tu peux brûler une femme, tu n'iras pas en prison, donc les femmes et les homos vivent sans aucun droit. Il faut regarder les vidéos de Kalliope Amorphous qui a fait un travail magnifique, à ce sujet, sur mon texte.
Diamanda Galas: Prayers For The Infidel Part I from Kalliope Amorphous
TÊTUE: Ta musique est sacrée selon moi, elle touche au bon côté du divin et nous montre où sont les vrais monstres, ceux qui nomment les infidèles...
Merci, on n'a pas beaucoup de temps à perdre sur terre. Je ne suis intéressée que par ce qui me touche profondément, et je ne suis pas inspirée par la médiocrité. Je suis inspirée par les situations dramatiques que l'on vit. Ma musique est une catharsis, catharsis en grec, vient du verbe 'cathariso' qui veut dire nettoyer, en une performance, tu peux enlever des mois de chagrin. Tu peux dire la vérité. Je ne peux pas mentir quand je chante, mais il y a des gens qui le peuvent. Peut-être que oui, les gens médiocres peuvent mentir, c'est pour ça qu'ils chantent de la merde médiocre. S'ils veulent chanter de la merde, qu'ils chantent de la merde! J'en ai plus tiens à foutre. Ce qui m'intéresse en ce moment c'est les week ends morphine (rires). J'ai envie de rêver, juste là, et de prendre de la morphine. Sérieusement, j'en ai pris parce qu'on m'a opéré la main récemment et qu'on a trouvé une tumeur qu'on m'a enlevée, et j'ai adoré la morphine! J'étais là, je passais un moment fabuleux, à lire Sylvia Plath et son mari Ted Hughes, et j'étais au paradis. On m'a opéré il y a douze jours, maintenant, je peux faire mon concert à Paris, mais j'ai beaucoup souffert, je pense que la tumeur bloquait la circulation du sang, car j'ai encore deux doigts que je ne sens pas. J'étais tellement inquiète de pas ne pouvoir jouer. Donc je me suis dit: ok je vais pas me stresser, je vais lire ça, me calmer, et je me suis entrainée à jouer juste avec une main. Mais bon j'avais une tumeur qu'il fallait enlever, right?
TÊTUE: Mais la vie est une tumeur non?
Thank you! Oui, merci, enfin quelqu'un qui comprend, c'est pour ça, que j'ai fait écrire sur mes phalanges: "We are all HIV positive". Ça n'avait rien à voir avec le sida, un jour, tout le monde aura une maladie, si c'est pas ça, c'est autre chose. Faut pas avoir peur de la maladie, sinon tu fais quoi, tu finis ta vie sur une île seule?
Sa reprise de la chanson d'Edith Piaf, Miséricorde (Heaven have Mercy):
Photo Kristofer Buckle
Concert de Diamanda Galás à La Villette ce soir, 19h30,
GRANDE HALLE CH.PARKER LA VILLETTE
211, avenue Jean-Jaurès
75019 PARIS
























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De Freakboy
Diamandaaaaaaaa i love you