Deuxième édition du festival IdentiT, le festival international de films trans de Paris
Après une première édition en 2008 très réussie, IdentiT, le festival international de films trans de Paris réitère l'expérience avec de nouveaux longs et courts-métrages. Un festival ouvert à tous, pour plus de visibilité trans, et moins de transphobie. Entretien avec les organisateurs, Jihan Ferjani & Catherine Oh.
Cette année, le festival est «riot» avant tout, avec comme thème général la mobilisation politique. Pourquoi avoir axé sur ce sujet?
Jihan Ferjani: Actuellement, on entend beaucoup parler de «la nouvelle lutte des trans», et l'on oublie que c'est un combat qui a déjà plus de 40 ans. Dans la programmation, nous avons ce très beau film Screaming Queens, notre coup de coeur. C'est un portrait de la scène de San Francisco dans les années 60, où se côtoient des filles transgenres, des policiers et des activistes des droits civils. Et qui raconte -non pas Stonewall- mais une autre révolte de trans qui s'est déroulée trois ans auparavant, à Campton, et dont on entend très peu parler. Des films comme celui-ci permettent de réactiver notre conscience historique.
La question de la mobilisation politique s'est aussi imposée par le contexte actuel. On arrive aujourd'hui à un moment crucial, où il est temps de redonner toute sa place à la mobilisation politique. Pour les trans bien sûr, mais aussi pour les minorités visibles, le féminisme, et le mouvement social dans son ensemble.
Comment avez-vous jugé l'annonce faite par Mme Bachelot le mois dernier, qui a demandé à la Haute Autorité de Santé de déclassifier la transsexualité des affections psychiatriques de longue durée?
Catherine Oh: Cette déclaration symbolique est très importante. C'est la première fois qu'il y a une vraie réponse des pouvoirs publics aux militants trans. Et il était temps!
J. F. : C'est important parce que cela montre que nous n'avons pas parlé dans le vide tout ce temps : on a bien fini par nous entendre. Maintenant cette décision ne suffit pas, il y a une véritable urgence à ce que nous sortions des discriminations et de l'enfermement dans lequel se trouvent les trans aujourd'hui. On attend donc que la situation des trans s'améliore réellement - et surtout ne régresse pas.
Quel film faut-il absolument voir cette année ?
J.F.: Je dirais Gender redesigner, un documentaire sur un jeune FtM (ndlr : Female to male, soit femme vers homme) qui entame sa transition dans l'Amérique rurale, en Pennsylvanie. Parce que la transition FtM est peu connue, souvent mal perçue, voire incomprise. Le film dédramatise ce parcours tout en permettant de prendre conscience qu'il est difficile. Pour nous, organisateurs du festival, il est important de dire que l'on peut être FtM et féministe -et même que l'on doit l'être! Il n'y a là aucune contradiction, bien au contraire. Le prisme du féminisme n'est pas négligeable pour lutter efficacement contre la transphobie, et des liens forts doivent se créer entre ces deux luttes.
Cette année vous avez innové avec une journée de clôture à «la Générale en Manufacture», qui vous ouvre ses portes pour une carte blanche.
C.O.: Oui, ce sera une grosse journée avec bien sûr des films, mais aussi un espace de discussion publique, un concert, des expos, et un dancefloor pour fêter la fin du festival. C'est ouvert à tout le monde, et l'entrée est gratuite !
J.F.: Quand nous avons monté le festival, nous avons voulu qu'il soit abordable pour tous, y compris des gens qui ne sont pas forcément bien au courant des questions trans. Créer un espace qui soit le plus ouvert possible... et en même temps que tous les trans puissent s'y sentir bien.
IdentiT-Festival international de films trans de Paris, du 11 au 14 juin, au cinéma de l'Archipel (17, boulevard de Strasbourg, Paris Xe. Métro: Strasbourg-Saint-Denis) et à La Générale en Manufacture (6, Grande Rue 92310 Sèvres - Métro: Pont de Sèvres - ligne 9)























