Des Bikini Kill à Beth Ditto, comment les Riot Grrrls ont marqué le rock (3/3)
Les Riot Grrrls? Qui sont ces rockeuses et féministes qui ont marqué à jamais l'histoire de la musique? Retrouvez le troisième et dernier épisode sur l'épopée riot.
TÊTUE se replonge dans l'histoire des Riot Grrrls avec un grand dossier sur ce mouvement porté en partie par des lesbiennes. Découvrez les première et seconde parties de cet article ici: Rock et féminisme: revivez la révolution des Riot Grrrls! et Rock et féminisme: «Les Riot Grrrls, c'était bien plus fort que le punk» (2/3).

Le Tigre
Episode 3: postérité
Rejettant en bloc l'étiquette «feminazi» que les médias mainstream leur collent à la peau, les Grrrls se replient sur elles-mêmes: pour rester maîtresses de leur vision, elles se crispent sur l'authenticité du mouvement.
Ecoutez l'interview de Kathleen Hanna (traduction Mathilde Carton):
Pour rester «créatives», elles se claquemurent à Olympia, entre étudiantes. La sororité tant voulue semble compromise: à une époque où Internet n'est que balbutiant, difficile d'enrôler de nouvelles Grrrls lorsque l'on coupe toute communication. Pire: la médiatisation d'une poignée de groupes ont accéléré la signature de contrats commerciaux, et certaines Grrrls acceptent mal le retour à l'ombre. L'aspect politique prend le pas sur le côté ludique: on reproche aux Riot leur élitisme et leur fermeture progressive... Les références féministes se font pointues, l'idéal démocratique meurt à petit feu.
Puristes à tout prix, les Riot Grrrls implosent fin 1993. Mais leur impact sur la pop culture est indéniable. Cette idée d'une communauté de filles solidaires et fortes en gueule, à contre-courant des jalouseries et des luttes intestines qu'on prête volontiers aux femmes, va germer au-delà des frontières punk.
L'héritage: de Hole aux Spice Girls
De Courtney Love aux Spice Girls, les histoires de filles s'incrustent dans les charts: que ce soit les agressions sexuelles (Jennifer's Body de Hole, Bruise Violet des Babes In Toyland), le double standard (Bitch de Meredith Brooks, Sheela-Na-Gig de PJ Harvey), la colère post-rupture (You Oughta Know d'Alanis Morissette), les envies de sexe (Criminal de Fiona Apple), l'amitié entre nanas (Wannabe des Spice Girls)... Autant de thèmes totalement minorés (voire méprisés) dans l'histoire musicale. Le point de vue féminin devient valide, le maintream se gave des revendications Riot, et les auteurs-compositeurs-interprètes féminines se multiplient.
Regardez Bruise Violet de Babes in Toyland:
Bitch de Meredith Brooks:
Les Riot Grrrls deviennent une source d'inspiration. Obèse, lesbienne et embourbée dans son Arkansas natal on ne peut plus conservateur, Mary Beth Patterson (photo ci-dessous) avait peu de chance de devenir une égérie. C'était sans compter sur l'étrange pouvoir d'affirmation des Riot grrrls: «Beth Ditto ne serait pas ce qu'elle est sans les Riot, explique Aurélie Raya, journaliste à Paris Match. Et elle le revendique: elle aurait probablement été lapidée avant d'avoir atteint la vingtaine si elle n'avait pas été convaincue d'entreprendre un pélerinage à Olympia».

Pendant que les nouvelles Grrrls profitent de la voie ouverte par les anciennes, les ex-Riot ne perdent rien de leur panache. Bratmobile sort l'excellent Ladies, Women and Girls en 2000, Kathleen Hanna fonde Le Tigre, fleuron de l'electro-punk et à l'avant-garde du militantisme culturel. Carrie Brownstein (lire son portrait), ex-Excuse 17, et Corin Tucker, ex-Heavens to Betsy, fondent Sleater-Kinney, et mettent l'indé féministe au premier plan, sept albums durant.
Regardez Deceptacon du groupe Le Tigre:
One more hour de Sleater-Kinney:
«C'était une expérience géniale, je ne serais pas qui je suis sans les Riot Grrrls », raconte Brownstein. «Ce que j'aime avec les Riot, c'est l'idée qu'elles ont des filles: pas de compétition, pas de jalouserie, on veille toutes les unes sur les autres», raconte Izzy Schappell-Spillman, 16 ans dont déjà 4 passés à jouer de la batterie pour Care Bears on Fire. «Et il n'y a rien de plus important.»
Pour en savoir plus:
Riot Grrrl, Revolution Girl Style Now, de Julia Downes, ed. Black Dog Publishing, Londres, 2007
Girl Power : the Nineties Revolution in Music, de Marisa Meltzer, ed. Faber and Faber, New York 2009
Lire également les autres articles de notre dossier Riot Grrrls:
Rock et féminisme: revivez la révolution des Riot Grrrls!
Riot Grrrls: le top 10 des vidéos
Rock et féminisme: «Les Riot Grrrls, c'était bien plus fort que le punk» (2/3)
Carrie Brownstein: Une icône de la féminisation du rock
Des Bikini Kill à Beth Ditto, comment les Riot Grrrls ont marqué le rock (3/3)
Rock et féminisme: redécouvrez le manifeste Riot Grrrl
Care Bears on Fire: «A 8 ans, je suis tombée amoureuse des Riot Grrrls»






















0
De Zboub0
Beth Ditto tourne en boucle sur ma chaine.
On a pas fait mieux depuis...Patti Smith! ;)