Dalida: une vie en cinq chansons
À l'occasion des vingt-cinq ans de la mort de la chanteuse, TÊTU revient sur la discographie d'une des plus grandes icônes gays, en compagnie d'un de ses biographes, David Lelait.

Il y a vingt-cinq ans jour pour jour, Dalida, de son vrai nom Iolanda Cristina Gigliotti, se donne la mort dans sa maison au cœur de Montmartre. Elle laisse derrière elle une discographie marquée par le succès et la diversité des styles qu'elle a adoptés selon les époques. A l'occasion de ce triste anniversaire, TÊTU revient sur les chansons phare de la belle Egyptienne, en compagnie de David Lelait, auteur d'une biographie et d'un roman sur la vie de la chanteuse.
Début de carrière: folklore, soleil et légèreté
Le premier grand succès de Dalida est sans conteste la chanson Bambino qu'elle enregistre en 1957. Le titre est en réalité une adaptation de Guaglione, un succès italien de Marino Marini. Son pygmalion de l'époque, Lucien Morisse, directeur des programmes d'Europe 1, en avait acheté les droits et l'avait traduit et adapté pour offrir Bambino à Dalida. La chanson rencontre alors un grand succès, notamment grâce au matraquage radiophonique – novateur pour l'époque – et marque le début de la notoriété pour la chanteuse égyptienne.
«Cela correspond à une période où le public français commence à voyager en Europe, en Italie, en Espagne. Ce sont les débuts des congés d'été, du tourisme à grande échelle, la France a besoin de soleil» explique David Lelait. «Dans le registre musical, les chansons légères et ensoleillées de Gloria Lasso et de Luis Mariano font fureur. Dalida vient d'Egypte, elle parle avec un accent italien et roule les “r”, c'est comme ça qu'elle séduit le public français au départ, avec des chansons comme O sole mio, Come prima, Les Gitans, Love in Portofino ou Histoire d'un amour, chanson mexicaine que Francis Blanche adapte en français.
Les années 60 et l'arrivée des Yéyés
«Avec l'arrivée des Yéyés, les chansons latines et les roucouleries de Louis Mariano prennent un coup de vieux. Dalida se rend compte que si elle veut survivre dans le métier, il va falloir qu'elle évolue, notamment avec des chansons empruntées au twist» poursuit David Lelait. C'est le cas pour Itsi Bitsi petit bikini qu'elle partage avec Johnny Halliday qui l'enregistre au même moment, ou encore pour La leçon de Twist ou Papa achète moi un juke-box.
«Dalida dira par la suite qu'elle n'a pas aimé cette période twist. Il faut bien comprendre que c'est quelqu'un qui a suivi les modes tout au long de sa carrière, comme plus tard avec le disco» explique le biographe.
1967-1971: les quatre années d'hiver
En février 1967, Dalida fait une première tentative de suicide aux barbituriques dans un hôtel parisien. Suivront ce qu'elle appelle ses «quatre années d'hiver». Elle tentera alors de se reconstruire en étudiant la théologie, la philosophie et en lisant les grands auteurs. Elle aura ainsi une relation avec Arnaud Desjardins, auteur des Chemins de la sagesse, un best-seller de l'époque sur l'importance du bien-être et du développement personnel.
David Lelait fait le lien avec le changement de registre de ses titres de l'époque: «Les chansons que l'artiste interprète sont alors plus graves, plus écrites, plus impliquées à l'image de O seigneur Dieu, Non et bien sûr Ciao Amore Ciao. Elle interprètera aussi Avec le temps de Léo Ferré et Je suis malade de Serge Lama. Elle est alors la chanteuse des auteurs et des poètes. Sur scène, elle se présente de façon très sobre, sans bijou, et porte des robes blanches droites sans fioriture. Elle est dans sa période Madone.»
Célébrité outre-Atlantique et période disco
Comme elle s'était adaptée au courant yéyé dans les années 60, Dalida surfera sur la vague du disco dans les années 70. Avec le titre J'attendrai, elle importe le style en France et séduit aussi au-delà des frontières, notamment aux Etats-Unis. C'est l'époque de son grand show au Carnegie Hall à New York en 1978, qui se poursuivra en France avec la sortie du célèbre titre Monday Tuesday. La star entame sa période hollywoodienne, celle des paillettes et des grands spectacles qui donneront une dimension internationale à son succès.
Les chansons prophétiques des années 80
Les dernières années de la carrière de Dalida sont marquées de chansons prémonitoires quant à sa fin tragique. «C'est d'ailleurs curieux qu'à l'époque, on ait pas fait attention à ce qu'elle disait» note David Lelait. «On connaît Mourir sur scène mais d'autres titres sont bien plus explicites: À ma manière, Bravo, Et la vie continuera, Partir ou mourir, Pour en arriver là. On y sent affleurer son mal de vivre. On sent très bien que Dalida n'est plus à l'aise dans sa vie et qu'une catastrophe pourrait arriver».
Il y alors une véritable adéquation entre sa dépression et ses chansons. C'est le cas avec Les hommes de ma vie, une chanson autobiographique qu'elle commande à Dider Barbelivien en 1986. Elle y parle des hommes qui ont marqué son existence: son frère mais aussi ses relations amoureuses avec Richard Chanfray ou Luigi Tenco. Un an plus tard, dans la nuit du 2 au 3 mai 1987, Dalida se suicide dans sa maison de Montmartre. En plus des ses chansons, elle laissera à ses fans un mot qui résume son mal-être: «Pardonnez-moi, la vie m'est insupportable.»
À LIRE : Les ouvrages de David Lelait sur le sujet

Dalida, d'une rive à l'autre (Editions Payot, 2004)
Dalida (éditions Payot, 2012)
C'était en mai, un samedi (Editions Anne Carrière, 2012)










LES CHAÃŽNES 











1
De Benji - j'étais un maximonstre
Si Dalida était toujours là , à qui apporterait-elle sa voix ? ;-)
2
De Jaléo
La politique étant surtout des paroles, encore des paroles et toujours des paroles, j'imagine qu'elle aurait donné sa voix à celui qu'elle estimerait le moins mytho.
2
De Benji - j'étais un maximonstre
ou rose.
1
De SieurMadin
Dalida était socialo et a l'époque c'était des "vrais" pas des sociaux-démocrates tout gentil tout mignon. Elle aurait appelé à voter Hollande certainement.