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Chloé, la dure à queer

Par Patrick Thévenin jeudi 17 juin 2010, à 16h06 | 5689 vues
Plus de: Cloé, interview, Rex Club, Alhambra

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INTERVIEW. DJ/productrice adulée issue de l’école du Pulp, la musicienne parisienne repousse une nouvelle fois les frontières de l’électro sur son nouvel album «One in Other». Entretien au long cours quelques heures avant ses prestations à l’Alhambra et au Rex Club.

Issue de l’école du Pulp, et d’une vision décalée, froide, minimale et mentale de la french touch, Chloé est une DJ/musicienne/productrice dont les audaces nous surprennent à chaque fois. Adulée comme DJ, elle vient de sortit un deuxième album, One in Other, après le fantastique et vénéneux, The Waiting Room. Un second disque magistral où sa science de la production excelle et où elle poursuit son exploration d’une musique qui abolit ses propres limites, efface les frontières et s’affranchit des genres.

Après avoir rodé le live qui accompagne son nouvel album aux Nuits Sonores de Lyon (voir vidéo plus bas), Chloé attaque Paris avec une soirée qui passera de l’Alhambra au Rex Club et qui attestera que Chloé maîtrise plus que quiconque une façon de danser de biais tout en plongeant tête la première au cœur de l’intimité de la musique électronique.

Comment est né ce second album?
Chloé: Rapidement après le premier, j’ai eu envie d’en entamer un nouveau mais en le composant beaucoup plus rapidement que le précédent, qui a mis pas mal d’années à éclore, parce que je ne savais pas vraiment à l’époque où je voulais arriver et que je m’étais un peu perdue dans le processus créatif.

Ensuite, j’avais aussi envie d’explorer des choses que je n’avais pas abordé sur mon premier album: des morceaux avec plus de batterie, plus de rythmiques mais pas forcément électroniques, une sorte de sauce rock en fait où les guitares seraient plus en avant, une musique moins timide et plus affirmée en quelque sorte.

Quelle était la direction que tu voulais prendre avec ce disque?
Je souhaitais qu’il soit dans la continuité de The Waiting Room mais que sa conception soit nettement plus spontanée. J’ai passé pas mal de temps à remettre en question ma façon de composer, à expérimenter des choses que j’avais ébauchées; comme mettre les voix plus en avant ou mélanger acoustique et l’électronique, travailler sur les textures…

Ce second album confirme ce qu’on pensait déjà: il existe véritablement un son, une patte Chloé. Tu en as conscience?
Disons que je suis quelqu’un qui ne peut pas dire de manière tranchée, j’aime ça et je n’aime pas ça. En musique, je suis surtout sensible à des fréquences, le spectre sonore, tout ce qui gravite autour des subs et des basses et la manière dont tu peux en jouer. Ce qui m’intéresse, c’est l’effet que ça créé sur le corps, ce que tu ressens à l’écoute et la manière dont tu peux en jouer, que ce soit lors d’un DJ set ou d’un live.
Il y a aussi ce tempo relativement lent, du moins plus lent que ce que l’on entend généralement…

C’est certainement, de manière plus ou moins inconsciente, le refus d’entrer dans un certain systématisme ou une catégorie. Et puis c’est aussi en moi, je pense que si j’essayais d’augmenter le rythme de mes morceaux ou de mes sets, ça ne marcherait plus et je n’y arriverais pas. Pour le projet Plein Soleil, que je réalise avec Krikor, on s’est dit qu’on allait composer des morceaux plus rapides, plus évidents, plus faciles en somme. Mais on a beau essayer, on revient sans cesse à l’essence de notre style. Ensuite, ça ne veut pas dire, que pour m’amuser je ne suis pas capable de composer des morceaux up-tempo et débiles juste conçus pour déconner. Mais, je ne les garde pas!

En tant que DJ, garde-tu l’idée du dance-floor en tête  lorsque tu composes?
Je me lasserais assez rapidement si je ne faisais que des morceaux club ou d'un seul style d'ailleurs. Je me nourris en allant puiser ailleurs, ce qui me permet d’être plus créative et c’est un moteur important pour moi. Bien sûr, il m’arrive de jouer certaines de mes productions dans mes sets, mais ma musique n’est pas conçue avec l’objectif de faire danser au départ.

Fais-tu une grosse différence entre ton statut de DJ et celui de musicienne?
La musique que je compose n’étant pas uniquement dédiée aux clubbers, elle entre donc moins dans un cadre précis comme ce que je peux jouer. Il existe quand tu mixes un contact privilégié avec le public: tu peux agir directement sur les effets, la structure des morceaux, alors que le travail de composition est essentiellement solitaire. Mais ce va et vient entre les clubs les week-ends et mon studio d’enregistrement la semaine me convient à merveille. Je ne pense pas que je me satisferais de l’un ou de l’autre. Ce sont deux composantes de mon travail qui se nourrissent mutuellement.

Il y a aussi un côté très cinématographique dans ta musique…
Oui, je suis très inspirée par les musiques de films ou d’ambiances, la bande son des séries télé. Quand j’étais plus jeune, j’adorais la musique de Sinbad le marin, avec son univers de contes et légendes et toutes ces sirènes qui chantaient… C’est une source d’inspiration qui a évolué et mûri. Je me souviens que je suis parti à la recherche de la bande originale de Sinbad le marin et que dans les magasins de disques où je me rendais les vendeurs me regardaient de manière très bizarre…

Tu es plus analogique ou numérique?
Je mélange les deux types d’instruments en fait, mais l’idée est souvent de détourner les instruments et les machines de leur usage premier, parce que j’ai besoin que quelque chose de physique se passe, exactement comme lorsque je mixe. C’est pour ça que j’utilise pas mal de pédales de guitares dans lesquelles je fais passer des sons électroniques que je déforme. Lorsque j’ai commencé mes premiers lives, j’étais un peu insatisfaite car il ne se passait pas grand-chose, du moins de mon point de vue. Ça ne m’intéresse pas d’appuyer sur une touche et de laisser se dérouler un truc déjà enregistré, j’ai besoin de pouvoir interagir avec la musique, de pouvoir improviser en fonction du public ou de mon humeur. Si ce n’est pas le cas, je préfère mixer que faire du live!

Il y a un certain côté «intello» dans ta musique, tu acceptes cette image?
Non, car je peux mixer aussi dans des clubs ou des gros festivals, qui sont de vrais rendez-vous populaires, que je ne dénigre jamais mon public et que je n’ai jamais prétendu faire de la musique élitiste. Après quand je travaille avec des danseurs contemporains ou des performeurs, je comprends complètement que le public ne soit pas le même qu’en club ou en festival et que le «grand public» puisse trouver ça plus obtu. Je prends ces expériences comme une respiration, une source d’inspiration, ce sont des choses qui me nourrissent, exactement comme les répétitions en studio. Je pense que si je ne faisais que le DJ, je m’ennuierais rapidement, je tournerais rapidement en rond, mon univers créatif est composé d’un mélange de différentes sources d’inspiration.

Quels sont tes clubs préférés?
Evidemment le Robert Johnson à Francfort (un des meilleurs clubs d’Europe, qui a invité Chloé sur une de ses compilations, ndr). Il y a eu le Pulp bien sûr qui a joué un grand rôle dans ma carrière, le Rex aussi tout simplement parce que je m’y sens bien et qu’ils me permettent d’inviter l’artiste de mon choix. J’y mixe tous les deux, trois mois. La dernière fois, c’était avec Superpitcher et Sascha Funke, et ce qui était génial c’est que la veille on mixait tous les trois au Panorama Bar à Berlin et que du coup on a voyagé et passé le week-end ensemble. J’ai de plus en plus de mal avec le fait de voyager seule et de mixer avec des gens que je ne connais pas, j’aime bien avoir ma «famille» à mes côtés…

Ce côté «famille», tu l’as chopé au Pulp qui fonctionnait beaucoup sur l’amitié?
Oui c’est certain, mais c’est aussi pour moi un besoin d’être rassurée, de discuter avec d’autres artistes dont je partage la sensibilité artistique. Pour la tournée qui accompagne mon nouvel album, Fany, ma manageuse (et «boss» du label Kill The DJ) m’accompagnera. C’est l’avantage d’avoir du succès (rires): on peut imposer ses caprices!

Tu as un fan base de filles important en France, il en est de même en Europe?
Oui et d’ailleurs quand je mixe avec Ivan (Smaggue, ndr) toutes ces filles, ça le ravit! Pour moi, un club doit ressembler à la société, il doit y avoir de tout. Je n’ai pas envie qu’on dise de moi que je ne mixe que pour les pédés ou les filles. J’ai besoin de tout. Franchement, quand je vois qu’il y a trop de mecs hétéros sur le dance-floor, je me dis qu’il y a un problème avec la musique que je joue!

One in Other, de Chloé (Kill The Dj).


CHLOÉ LIVE + DJ SET LE JEUDI 17 JUIN:

19h30-23h30: ALHAMBRA
Chloé live vs transforma // 1° partie: Blue on Blue.

23h30-6h00: REX CLUB
Ata [Playhouse/Robert Johnson] + Superpitcher [Kompakt] + Chloé dj set.

Vidéo: Chloé live aux Nuits Sonores 2010:


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  • Site officiel de Cloé

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