Ces rockeuses qui séduisent le public lesbien
Elles dégagent une énergie et une désinvolture débordantes sur scène, elles sont sexy et androgynes, ou affichent des airs de pin-ups burlesques provocatrices. TÊTUE est allée à la rencontre de ces rockeuses qui ne laissent pas les lesbiennes indifférentes.
A ma gauche, Béa, du groupe Demi Mondaine. Son rock est explosif. Accompagnée d’une guitare, d’une basse, d’une batterie et parfois d’un clavier, Béa chante l’ivresse, le vide et l’amour.
A ma droite, Juliette Dragon, du groupe Rikkha. Son rock est provoc. Elle chante les femmes et les fessées fétichistes. Epaulée d’un guitariste et d’un batteur, elle et son groupe se produisent souvent en compagnie d’invité-e-s, dont les Filles de Joie, meneuses de revue new burlesques.
Deux exemples, deux styles de rock, deux silhouettes et deux attitudes différentes sur scène.
Le noyau dur du public de ces deux artistes est incontestablement lesbien. Est-ce le fruit d’une opération séduction plus que d’une attraction mutuelle et naturelle?
Béa DemiMondaine, décomplexée et ambivalente
Androgyne, longiligne, Béa est tatouée, a les cheveux courts et la voix rauque. Sur scène, elle ne fait pas dans la demi-mesure. Et dans la salle, quoi qu’il arrive, une foule de lesbiennes est présente pour battre le rythme. «Je ne pense pas que ce soit dû à mon physique, j’espère pas! C’est peut-être l’image que je véhicule, avec ma musique et avec ce que j’écris.» Et peut-être aussi avec son attitude sur scène, car il n’est pas rare que la rockeuse finisse ses concerts avec rien d’autre que de la sueur pour couvrir son buste. Dis Béa, tu draguerais pas un peu ton public lesbien, là? «Non, quand je finis torse nu, c’est plus animal que de la séduction. Parce que je suis une nana et que j’ai deux seins, tout le monde me demande pourquoi je me déshabille sur scène! Je me déshabille parce qu’instinctivement, j’ai envie de me déshabiller et de bouger comme j’en ai envie. Ce me fait du bien, ça me libère. C’est plus personnel qu’à l’intention des gens.»
Un jour butch, un jour fem
Une rockeuse décomplexée et explosive qui se déshabille, il n’en faut pas plus pour effrayer un certain public masculin. «Et dans la vie c’est un peu pareil aussi, je pense que je fais un petit peur aux hommes. Mais c’est pas ce que je veux. Je pense être très libre et peut-être que c’est ça qui fait peur aux hommes.» Alors, c’est ce côté «libre» qui plait tant aux lesbiennes? «J’ai l’impression. Cette liberté d’être, de penser, de parler, de chanter, d’être un jour butch, un jour fem, de faire ce que t’as envie de faire, quand t’en as envie, c’est bien pour les femmes. Je suis naturellement comme ça. Je ne me pose plus la question de savoir si je suis une femme masculine. C’est pareil pour ma sexualité, je me pose pas tellement de questions, si je suis bi, hétéro ou lesbienne. J’ai mis des années à m’en poser, sans trouver de réponses. Avec mon corps, je le vis de la même façon». Et Béa conclut: «Evidemment, j’ai un corps androgyne. Mais en même temps, il suffit que je mette un peu de maquillage et des talons, et je suis une vraie gonzesse! Et puis à côté de ça, avec une chemise à carreaux et une moustache... En fait, je suis androgyne si j’en ai envie!»
Juliette Dragon, néo-féminisme et esthétique queer
Finis la musique jazzy et le french cancan: quand Juliette Dragon invite son Cabaret des Filles de Joie sur la scène de Rikkha, seuls les bas résille et les escarpins rappellent l’univers burlesque rétro. Le groupe entame alors son rock endiablé, les Filles de Joie dansent sur la scène, le bar et les podiums, colliers à piques autour du cou, habillées en Riot Girls belles et rebelles. «Les lesbiennes sont les bienvenues, elles se sentent à l’aise ici, elles sont chez elles, nous répond Juliette Dragon. En général d’ailleurs, le premier rang, c’est toujours des goudous, elles sont à fond la caisse!». Mais alors, qu’est-ce qui leur plait tant? «Ce qui m’intéresse c’est de mettre en avant la féminité et le pouvoir de séduction de la femme. On est loin des femmes-objets qui sont là pour plaire aux hommes. C’est ma vision du féminisme à l’heure actuelle: montrer des femmes qui sont bien dans leur peau, qui s’assument et qui s’éclatent. Ca, ça plait pas mal aux lesbiennes. Mais ce n’est pas le but de les attirer».
Un côté «rentre-dedans»
Même pas un brin d’opération séduction à destination du public lesbien? «Je crois pas qu’on ait besoin de les draguer. Nous, on fait tout pour que toutes les filles soient respectées, quels que soient leurs penchants sexuels. Comme l’équipe est très queer, on est très sensible à ça.» Sur scène, le guitariste et compagnon de Juliette Dragon, Archi Seb, est un personnage androgyne à talons. «Et moi, je me trouve assez masculine dans mon expression de la féminité, continue Juliette. J’ai une voix qui est assez grave, je suis carrée d’épaules, c’est arrivé plusieurs fois que je descende dans la salle mettre des pains à un gars parce que j’aimais pas comment il regardait les filles...». Un côté «rentre-dedans» qui «fait marrer les lesbiennes», selon Juliette.
Pour autant, Rikkha ne milite pas pro-queer et ne rêve pas d’un public 100 % lesbien: «On n’a pas envie de s’enfermer dans un ghetto et je pense que c’est la démarche la plus constructive qui soit contre l’homophobie».
Les groupes Demi Mondaine et Rikkha seront tous les deux sur la scène des Nuits Fatales de Juliette Dragon, le vendredi 9 juillet à 22h au Club de la Bellevilloise.
Photos: Béa Demi Mondaine par Alexandra d'Urso ; Rikkha par Francis Campiglia et Jean-Philippe Carré.











