Au ciné: une histoire d'amour extrême et un drame belge revisité
Deux films inspirés d'histoires vraies sont à voir en salles dès aujourd'hui: «A perdre la raison», adapté d'un lourd fait divers belge, et l'excellent «Keep the lights on» du réalisateur homo américain Ira Sachs.
KEEP THE LIGHTS ON
Teddy Award du meilleur film gay à Berlin, Grand prix OutFest du festival LGBT de Los Angeles, Keep the lights on est un long-métrage à la fois sensuel, poignant et sans concession sur une histoire d’amour extrême entre deux amants qu’un amour destructeur unit pour le pire et le meilleur.

Il y a quelques mois sortait dans les salles Week-end, le beau film d’Andrew Haigh ou l’on assistait peut-être à la naissance d’une love story entre deux garçons assez opposés. Keep the lights on pourrait presque en être une suite. Ou un deuxième chapitre. Erik (Thure Lindhardt) est un documentariste assez en vue dans le monde culturel new-yorkais. Il rencontre Paul (Zachary Booth), plus jeune que lui, pendant un plan sexe. Qui, au gré des semaines, va devenir une vraie histoire d’amour. Mais Erik, possessif et en mal de reconnaissance par ses pairs, va être déstabilisé par Paul. Qui lui va tomber de plus en plus sous la dépendance de la drogue… Ils vivront pendant dix ans une histoire d’amour intense et volcanique.
Ira Sachs, en puisant directement dans son passé puisque le film est intimement lié à son histoire amoureuse, ne fait pas dans la fioriture ou le romantisme facile. Ce n’est un secret pour personne aux Etats-Unis, le personnage de Paul est directement inspiré par l’ex de Sachs, Bill Clegg, un agent littéraire qui a raconté dans un livre choc Portrait of an Addict as a Young Man son addiction progressive aux drogues les plus dures.
Une passion dévorante
Certains trouveront peut-être ce film trop désespéré. Mais on y suit le parcours jusqu’au-boutiste de deux amants, profondément amoureux l’un de l’autre, qu’une passion dévorante va peu à peu abîmer. Le travail visuel de Thimios Bakatakis est magnifique alors que Keep the lights on est aussi un regard sans concession sur la «planète» culturelle new-yorkaise, ses coteries et ses rites.
Enseignant, universitaire, militant de la cause homosexuelle, Ira Sachs signe un film très libre, qui retrouve l’esprit très décalé du pur cinéma indé américain. Depuis un peu plus d’un an, Keep the lights on fait un tabac dans les festivals. Et pas seulement dans les rendez-vous cinématographiques homos. Sa façon d’aborder l’intimité et les rapports humains tranche en tout cas sur le tout-venant.
Regardez la bande-annonce:
LIRE EGALEMENT:
- Notre interview d’Ira Sachs: «En France, quand un acteur se dénude, ça ne choque personne»
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Un film de Ira Sachs avec Thure Lindhardt, Zachary Booth, Julianne Nicholson, Souléymane Sy Savané et Paprika Steen.
Drame. 1h41.
A PERDRE LA RAISON
Emilie Dequenne a été sacrée meilleure actrice pour son rôle de mère infanticide dans le film du réalisateur belge Joachim Lafosse, qui concourait dans la catégorie «Un certain Regard» au dernier Festival de Cannes. Rien que pour elle, il faut voir ce drame qui, sans effet facile, revient sur un fait divers qui bouleversa la Belgique.

Joachim Lafosse est l’un des réalisateurs belges les plus intéressants du moment. Dans son précédent film, Elève libre, sorti en 2008, il évoquait les émois sexuels d’un adolescent mais aussi les abus qu’il subissait, avec un regard presque clinique. Dans A perdre la raison, il retrace l’histoire de Murielle (Emilie Dequenne), qui vit mal la présence envahissante du Dr Pinget (Niels Arestrup) avec lequel son mari Mounir (Tahar Rahim) entretient une relation forte. Déprimée, elle tue ses enfants avant de se suicider.
De leur rencontre à l’acte monstrueux
Une histoire qui rappelle, avec quelques différences et beaucoup de liberté, celle de Geneviève Lhermitte, condamnée à vie en 2008 à Nivelle en Belgique et qui tua ses enfants. Un fait divers qui secoua le pays. Pas étonnant que dès l’annonce du projet, ce drame ait suscité en Belgique beaucoup de polémiques, une partie des médias reprochant à Lafosse d’utiliser à des fins commerciales un drame encore présent dans toutes les mémoires.
Lafosse filme Murielle et son amoureux de leur rencontre à l’acte monstrueux, avec, entre eux, le docteur Pinget, un homme généreux, bienfaiteur et (trop) protecteur. Adoptant un parti-pris clair, Lafosse nous renvoie à nos propres failles. Et, sans forcer les effets, livre le portrait d’une femme paumée, délaissée, qui va peu à peu sombrer dans la folie. A perdre la raison est un coup de poing. Qui n’est pourtant jamais putassier ou grandiloquent.
Regardez la bande-annonce:
Un film de Joachim Lafosse avec Emilie Dequenne, Tahar Rahim, Niels Arestrup.
Drame. 2h08.
BROKEN
Dramaturge connu au Royaume-Uni, Rufus Norris passe à la réalisation dans ce film sélectionné - et très remarqué - à la dernière semaine de la critique cannoise. Un drame à la distribution soignée, dans lequel éclate une révélation, la jeune Eloïse Laurence.

Une toute jeune adolescente est témoin d’une agression violente. Son monde va en être complétement perturbé au moment où un garçon étrange va entrer dans sa vie…
Dans la veine du cinéma social britannique, Rufus Norris plonge dans la middle class pour dessiner le portrait délicat d’une fille de 12 ans qui essaie de comprendre le monde qui l’entoure. Les moments d’onirisme ou de réalisme cru ponctuent ce film où d’excellents acteurs (Tim Roth, Cillian Murphy) donnent la réplique à une impressionnante débutante: Eloïse Laurence. Révélation du film, elle épate dans toutes ses scènes. Tim Roth la compare à une jeune Vanessa Redgrave. Un beau compliment mérité!
Regardez la bande-annonce:
Un film de Rufus Norris avec Tim Roth, Eloïse Laurence, Rory Keanear et Cillian Murphy.
Drame. 1h31.










LES CHAÎNES 











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De Ambact
C'est noté.
J'irai voir "KEEP THE LIGHTS ON", évidemment. Rien qu'à voir la photo, je bande.