Au ciné: «Foxfire», un enthousiasmant gang de filles crypto-lesbien
Auréolé d'une palme d'or à Cannes en 2008 pour «Entre les murs», Laurent Cantet revient avec une adaptation d'un roman de Joyce Carol Oates: l'épopée d'une bande de jeunes Américaines qui se révoltent contre le machisme des années 50… Un film fort, à ne pas manquer.


Attention, ne vous laissez pas piéger par le sous-titre. Plus que les «confessions d'un gang de filles», Foxfire est surtout l'histoire d'une révolte. Celle de lycéennes américaines des années 1950, qui se rebellent contre la misogynie. Lassées des humiliations d'un prof, des abus d'un oncle incestueux, du harcèlement des hommes, elles se rassemblent dans une bande pour se protéger. C'est connu, ensemble on est plus fort.
Face au gang des garçons en blousons de cuir, les filles vont vouloir créer, elles aussi, leur groupe. Mais ce sera différent: pas d'esbroufe, il s'agira d'inventer autre chose, une autre manière de vivre sa vie. Et ce sera secret. Inspirées par la fougueuse Legs, les adolescentes volent des voitures, escroquent des hommes, taguent leur slogan sur les murs de la ville: «Foxfire burns and burns» (Foxfire brûle encore et toujours), comme une promesse de revanche sur cette bourgade qui ne leur offre qu'une vie mortifère de femmes au foyer.
Revanche féministe
Dans cette nouvelle famille, les gamines croquent enfin leur vie et sortent des rôles imposés. Enthousiasme. Ce gang est, en bien des points, une formidable expérience d'«empowerment», de reprise du pouvoir sur un «réel» ingrat. Une bouffée d'air frais que la visée intemporelle du film nous fait humer à pleins poumons.
Pour son très beau nouveau long-métrage – le crucial film de l'après palme de Cannes Entre les murs – Laurent Cantet a choisi d'adapter en anglais un roman de Joyce Carol Oates sorti en 1995. Celui-ci avait déjà inspiré une version modernisée et tape-à-l'œil, que tout le monde a oublié depuis... sauf les lesbiennes cinéphages. C'est que le Foxfire circa 1996 n'offrait rien de moins qu'Angelina Jolie et Jenny Shimizu au casting, qui, cerise sur le gâteau, entamaient ensuite une liaison à la ville... Frissons.

«Un désir de fusion»
Chez Cantet, on évite de caster une bombe à la Jolie et c'est tant mieux: les actrices, fabuleuses, sont quasi toutes amatrices et ont des visages qu'on a trop peu l'habitude de voir à l'écran. Même de l'autre côté de l'Atlantique, le réalisateur de Ressources Humaines reste fidèle à la critique sociale qui lui est chère. Si le propos premier de Foxfire est de se rebeller contre la loi des hommes, il s'agira aussi, bien vite, de se battre contre un capitalisme qui écrase tout. On est loin du rêve américain triomphant… La reconstitution soigneuse des années 1950 est réussie. Le vintage est dans l'air du temps, mais ici, c'est l'anti-Mad Men. On est bien loin du charme supposé de l'après-guerre, et on ne suit que le regard des femmes, entre elles.
La description de cette société secrète féminine est d'ailleurs infusée de crypto-lesbianisme. «J'ai traité la question de l'homosexualité de manière sous-jacente, s'explique Laurent Cantet dans la presse, car les filles, à cette époque, n'envisagent pas vraiment l'acte (sic). Toutes sont attirées par Legs, la meneuse, mais un désir focalisé sur une personne serait aussi une remise en cause de l'idée même de groupe. Entre elles, c'est finalement plus un désir de fusion qu'un désir sexuel.»
Utopie et réel
Une dimension érotique est plus particulièrement suggérée entre deux filles, Legs et Maddy, qui dorment ensemble, se prennent dans les bras et partagent une proximité qui pourrait aller au delà de l'amitié... Un peu comme dans l'énervant Beignets de tomates vertes, le film introduit leur attachement sans lui donner de statut. Soit. On se demande tout de même si le réalisateur se serait permis d'être aussi flou et ambigu si le couple en question avait été hétéro…
Bien sûr, comme dans tout film de bande, ça se terminera mal. L'utopie Foxfire sera bien vite rattrapée par le réel, et les filles retourneront (presque) toutes à une vie rangée. Mais cette brève parenthèse salvatrice, ce moment crucial de leur vie, ne sera pas si facilement oubliée. Foxfire burns and burns.
Regardez la bande-annonce:
Foxfire, confessions d'un gang de filles
de Laurent Cantet, avec Raven Adamson, Katie Coseni, Claire Mazerolle...
France/Canada - 2h23
Photos: DR.










LES CHAÃŽNES 











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De J_P_M
Une petite histoire à propos de Laurent Cantet.
Il avait été assistant de Marcel Ophuls sur je ne sais plus quel film, et il était notamment chargé de réserver des chambres d'hôtel lors d'un tournage en extérieurs. Or il n'avait retenu, pour Ophuls, qu'une chambre donnant sur la gare, alors qu'Ophuls voulait une chambre qui donne sur la mer.
Très mécontent, Ophuls l'a viré.
Quelques années plus tard, Cantet a décroché sa Palme d'Or à Cannes, et Ophuls lui a téléphoné pour le féliciter. Il a été très étonné que Cantet lui réponde froidement !
Ces gens-là s'adorent. Le cinéma est une grande famille.