Anatomie Bousculaire pour Têtue: «C’était important de nous montrer telles que nous sommes»
INTERVIEW. Après avoir enchaîné les concerts dans toute la France, les filles d’Anatomie Bousculaire sortent enfin leur premier album le 25 mai prochain. Cécile, au chant et à la guitare, sa sœur Anne-Julie, à la basse, et Alice, la batteuse, se racontent à Têtue.com.
Anatomie Bousculaire n’est pas un groupe comme les autres. Il a la particularité d’être ouvertement lesbien…
Cécile: Dans les chansons, on parle de nous, de ce qui nous intéresse. Alice et moi sommes lesbiennes, Anne-Julie est bisexuelle. Pour nous, c’était important de nous montrer telles que nous sommes. J’aime les filles, alors comme Céline Dion qui nous parle de ses amoureux dans ses chansons, moi je vais chanter mes relations. Et puis être visible c’est aussi éviter un isolement de certaines filles qui se croient seules ou «malades» parce qu’elles sont homos.
Vous êtes donc un groupe engagé?
Cécile: On a plein de colères. On ne supporte pas l’injustice, les discriminations, la violence… Nous avons une belle vie, alors si nous, nous ne nous intéressons pas à ceux qui sont à plaindre, qui va le faire?
Alice: La musique nous permet d’exprimer nos valeurs, mais dans un cadre plus léger que la politique.
Anatomie Bousculaire a démarré en 2001. Comment l’histoire a-t-elle commencé?
Cécile : Anne-Julie et moi avons toujours eu envie de monter un groupe de rock. Et puis, il y a 10 ans, nous avons rencontré Alice au Pulp. On était enfin trois: le minimum pour un groupe de rock! Alors nous nous sommes enfermées dans un garage pendant deux ans et nous avons bossé avec acharnement. On a eu la chance d’avoir rapidement un public, qui plus est très mixte: filles, garçons, jeunes, plus âgés… Le bonheur! La suite n’a été que belles rencontres et bonnes surprises.
Des bonnes surprises… Comme quand vous avez gagné le Los Angeles Music award dans la catégorie grunge, en 2006?
Cécile: Oui, on a été le premier groupe français à remporter ce prix, en 17 éditions. Cela a été une vraie surprise pour nous… Parce que l’on ne s’était même pas inscrites! Un beau matin on a juste reçu un mail expliquant que nous avions gagné. J’étais persuadée que c’était un spam, mais un spam vraiment bien fait, avec notre nom et tout ça… Heureusement que j’ai été voir d’un peu plus près!
Au final on ne sait toujours pas qui a payé notre inscription, peut être un fan, ou quelqu’un de l’équipe des LA Music awards... Cette histoire est juste dingue!
D’autant plus que vous chantez principalement en Français. Pourquoi avoir fait ce choix?
Alice: Avant de monter le groupe, Cécile écrivait déjà des textes en Français absolument magnifiques. On a eu envie que le public reçoive ces mots, cette patte là. Les textes sont souvent réservés à la chanson française, mais ça manque un peu dans le rock…
Les paroles de chansons sont en effet empreintes de poésie. Sur votre site Internet, vous citez des influences musicales, mais aussi, ce qui est plus rare, beaucoup d’influences littéraires…
Cécile : Oui, elles sont très importantes pour moi. Mon premier choc a été Antonin Artaud, mais je pourrais aussi citer Cioran, Hélène Cixous… J’ai une écriture un peu sombre, mais c’est une façon d’exprimer les douleurs que l’on a tous. C’est l’école de la lucidité. Mais je n’écris pas dans la douleur. Au contraire, toutes les trois on est plutôt joyeuses. On a envie de profiter de la vie.
Anne-Julie: C’est une culture littéraire que l’on ne vit pas comme triste. Dans les textes de nos chansons, il y a aussi beaucoup d’amour.
Anatomie Bousculaire, sortie nationale de l’album le 25 mai.























