Alain Guiraudie: «J'avais envie d'aller contre les stéréotypes du monde gay»
INTERVIEW. Un film d'Alain Guiraudie, c'est la promesse de situations dingos, de dialogues salés, et d'une vision rurale de l'homosexualité éloignée de l'ordinaire du cinéma gay. Rencontre avec le cinéaste à l'occasion de la sortie du «Roi de l'évasion».

Le roi de l'évasion, nouvel opus d'Alain Guiraudie, n'échappe pas à la pate de son auteur: on y suit les aventures d'Armand, quadra homo qui, «middle life crisis» oblige, s'éprend d'une jolie jeune fille (Hafsia Herzi, révélée par La Graine et le mulet) et tente de virer sa cuti. Mais les choses ne sont pas aussi simples, surtout lorsque notre héros est pourchassé par une bande de pédés sexagénaires plus ou moins en rut ! Le responsable de cet OVNI réjouissant a répondu à nos questions.
TÊTU: Armand, le héros du «Roi de l'évasion», est victime de la crise de la quarantaine. Tu l'as vécue toi aussi?
Alain Guiraudie: Oui, et de façon très forte. Deux choses se sont conjuguées : d'abord, une espèce d'ennui profond et existentiel, je me disais que s'il fallait durer comme ça jusqu'à 70 ou 80 ans, ça allait être dur. Et puis une grosse panne du désir, du désir amoureux, physique, politique, et même du désir de cinéma. Tout cela me paraissait assez vain, je n'étais pas content de mes films précédents, et je me sentais incapable d'embrasser tout ce que je voulais embrasser.
Dans ton film, Armand, qui est homo, tente de coucher avec une fille. Mais les barrières de la sexualité sont plus rigides que prévues...
Je ne sais pas si c'était souhaitable que cette histoire entre Armand et Curly marche. C'est une vue de l'esprit pour Armand de coucher avec une fille. Dans l'idée, il a envie d'elle, mais dans la pratique, c'est autre chose... Est-ce qu'il faut se donner des coups de pieds au cul pour provoquer le désir ? Pas sûr.
Le choix de Ludovic Berthillot, c'est une façon de sortir de l'archétype de l'Apollon gay, ou bien de céder à la tendance bear grandissante ?
Les deux, mon colonel ! Disons que c'est d'abord une volonté d'aller contre les canons de beauté soi-disant universels. Par ailleurs, je trouve Ludovic plutôt charmant, très sexe. Et puis, dans la catégorie homo, qui est pleine de sous catégories, il se trouve que j'aime bien les bears. Au cinéma, la représentation homo est assez archétypale. On a l'impression que seuls les jeunes gens bien foutus, plutôt aisés, vivant dans la capitale, sont concernés par ça. Du coup, j'avais aussi envie d'aller contre ces stéréotypes, cette uniformisation du monde.
Ce qui était assez enthousiasmant, avec Ludovic et Hafsia, c'était de faire marcher un couple pas évident. Depuis vingt ans, le cinéma propose toujours la même chose : les beaux avec les beaux, les moches avec les moches, alors que tout cela me paraît plus transversal dans la réalité. Même s'il est conditionné par du déterminisme social, j'ose espérer que le désir laisse place à davantage de magie, d'incontrôlable.
Pour jouer tes personnages sexagénaires, tu as recruté des homos que tu connaissais ?
Honnêtement, il y a peu d'acteurs homosexuels dans le film. Et je n'ai eu aucun problème avec eux. Mais beaucoup d'autres ont refusé de le faire, même à l'étape des essais. C'est simple : les comédiens avec lesquels on a commencé à parler du scénario d'un point de vue moral sont ceux qui n'ont pas fait le film. Il y avait tout de même de la coucherie qui repoussait pas mal de monde (rires).

Comment Hafsia Herzi s'est intégrée à cette histoire très très mec ?
Elle aimait beaucoup le scénario et avait très envie de faire le film. D'emblée, elle était à l'aise sur le plateau. Et puis, dans le film, elle est rarement avec plein de mecs autour d'elle, elle devait surtout gérer ses scènes avec Ludovic. Et dès l'instant où on était clairs sur ce qui allait être filmé, ça a roulé. Même sur la séquence de la pipe, elle n'était pas flippée du tout, elle a tout de suite vu le côté ludique de la chose.
As-tu l'impression que, malgré Internet, la drague gay à la campagne n'a toujours rien à voir avec celle des grandes villes ?
Il faut savoir que la drague à la campagne subit une vraie répression : les aires de repos, les bordures de routes fermées par les pouvoirs publics, c'est une réalité. En conséquence, les lieux de drague s'improvisent peu ou prou. Pour répondre à ta question, je crois que la seule chose qui nous différencie des grandes villes, c'est tout bêtement qu'on est moins nombreux, et que, du coup, il y a plus de mélange de catégories d'âge ou socioprofessionnelles. Faire le difficile quand tu dragues à Albi, ça peut être compliqué !
Toi qui as toujours voté communiste, que penses-tu de la crise vécue par la gauche ?
C'est lorsqu'il y a une envie de collectif dans la société que l'on parvient à créer du projet politique... Or les partis de gauche souffrent de ce manque-là. Autre problème, les copains de gauche bien caviar qui sont contents de garder leurs privilèges. Finalement, je crois que la bourgeoisie de gauche et celle de droite ne sont pas très éloignées dans leur désir de maintenir leur petit pouvoir, leurs petits privilèges. Disons qu'ils sont un peu faux culs à gauche, et plus francs du collier à droite. Personnellement, je suis à fond avec l'initiative du Front de Gauche, ils lancent une piste vers laquelle il faudrait aller politiquement.
Propos recueillis par Yann Gonzalez. Photos: Films du Losange.
La bande-annonce du film:












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De vpi79
Un film à voir pour les homos du 16eme parisien (il y en a ici, et qui donnent des leçons...) qui ne se rendent pas compte de ce qui se passe ailleurs et hors de leurs stéréotypes et leurs certitudes, avec des phrases toutes faites et des idées bien arrêtées qui ne veulent rien comprendre mais juste dénoncer ce qui se passe ailleurs mais pas ce qui se passe à leur porte. Histoire de leur faire ôter les oeuillères.