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Alain Guiraudie: «J'avais envie d'aller contre les stéréotypes du monde gay»

Par Yann Gonzalez mercredi 15 juillet 2009, à 16h48 | 5400 vues
Plus de: Le Roi de l'évasion, Alain Guiraudie

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INTERVIEW. Un film d'Alain Guiraudie, c'est la promesse de situations dingos, de dialogues salés, et d'une vision rurale de l'homosexualité éloignée de l'ordinaire du cinéma gay. Rencontre avec le cinéaste à l'occasion de la sortie du «Roi de l'évasion».



Le roi de l'évasion, nouvel opus d'Alain Guiraudie, n'échappe pas à la pate de son auteur: on y suit les aventures d'Armand, quadra homo qui, «middle life crisis» oblige, s'éprend d'une jolie jeune fille (Hafsia Herzi, révélée par La Graine et le mulet) et tente de virer sa cuti. Mais les choses ne sont pas aussi simples, surtout lorsque notre héros est pourchassé par une bande de pédés sexagénaires plus ou moins en rut ! Le responsable de cet OVNI réjouissant a répondu à nos questions.

TÊTU: Armand, le héros du «Roi de l'évasion», est victime de la crise de la quarantaine. Tu l'as vécue toi aussi?
Alain Guiraudie: Oui, et de façon très forte. Deux choses se sont conjuguées : d'abord, une espèce d'ennui profond et existentiel, je me disais que s'il fallait durer comme ça jusqu'à 70 ou 80 ans, ça allait être dur. Et puis une grosse panne du désir, du désir amoureux, physique, politique, et même du désir de cinéma. Tout cela me paraissait assez vain, je n'étais pas content de mes films précédents, et je me sentais incapable d'embrasser tout ce que je voulais embrasser.

Dans ton film, Armand, qui est homo, tente de coucher avec une fille. Mais les barrières de la sexualité sont plus rigides que prévues...
Je ne sais pas si c'était souhaitable que cette histoire entre Armand et Curly marche. C'est une vue de l'esprit pour Armand de coucher avec une fille. Dans l'idée, il a envie d'elle, mais dans la pratique, c'est autre chose... Est-ce qu'il faut se donner des coups de pieds au cul pour provoquer le désir ? Pas sûr.

Le choix de Ludovic Berthillot, c'est une façon de sortir de l'archétype de l'Apollon gay, ou bien de céder à la tendance bear grandissante ?
Les deux, mon colonel ! Disons que c'est d'abord une volonté d'aller contre les canons de beauté soi-disant universels. Par ailleurs, je trouve Ludovic plutôt charmant, très sexe. Et puis, dans la catégorie homo, qui est pleine de sous catégories, il se trouve que j'aime bien les bears. Au cinéma, la représentation homo est assez archétypale. On a l'impression que seuls les jeunes gens bien foutus, plutôt aisés, vivant dans la capitale, sont concernés par ça. Du coup, j'avais aussi envie d'aller contre ces stéréotypes, cette uniformisation du monde.

Ce qui était assez enthousiasmant, avec Ludovic et Hafsia, c'était de faire marcher un couple pas évident. Depuis vingt ans, le cinéma propose toujours la même chose : les beaux avec les beaux, les moches avec les moches, alors que tout cela me paraît plus transversal dans la réalité. Même s'il est conditionné par du déterminisme social, j'ose espérer que le désir laisse place à davantage de magie, d'incontrôlable.

Pour jouer tes personnages sexagénaires, tu as recruté des homos que tu connaissais ?
Honnêtement, il y a peu d'acteurs homosexuels dans le film. Et je n'ai eu aucun problème avec eux. Mais beaucoup d'autres ont refusé de le faire, même à l'étape des essais. C'est simple : les comédiens avec lesquels on a commencé à parler du scénario d'un point de vue moral sont ceux qui n'ont pas fait le film. Il y avait tout de même de la coucherie qui repoussait pas mal de monde (rires).

Comment Hafsia Herzi s'est intégrée à cette histoire très très mec ?
Elle aimait beaucoup le scénario et avait très envie de faire le film. D'emblée, elle était à l'aise sur le plateau. Et puis, dans le film, elle est rarement avec plein de mecs autour d'elle, elle devait surtout gérer ses scènes avec Ludovic. Et dès l'instant où on était clairs sur ce qui allait être filmé, ça a roulé. Même sur la séquence de la pipe, elle n'était pas flippée du tout, elle a tout de suite vu le côté ludique de la chose.

As-tu l'impression que, malgré Internet, la drague gay à la campagne n'a toujours rien à voir avec celle des grandes villes ?
Il faut savoir que la drague à la campagne subit une vraie répression : les aires de repos, les bordures de routes fermées par les pouvoirs publics, c'est une réalité. En conséquence, les lieux de drague s'improvisent peu ou prou. Pour répondre à ta question, je crois que la seule chose qui nous différencie des grandes villes, c'est tout bêtement qu'on est moins nombreux, et que, du coup, il y a plus de mélange de catégories d'âge ou socioprofessionnelles. Faire le difficile quand tu dragues à Albi, ça peut être compliqué !

Toi qui as toujours voté communiste, que penses-tu de la crise vécue par la gauche ?

C'est lorsqu'il y a une envie de collectif dans la société que l'on parvient à créer du projet politique... Or les partis de gauche souffrent de ce manque-là. Autre problème, les copains de gauche bien caviar qui sont contents de garder leurs privilèges. Finalement, je crois que la bourgeoisie de gauche et celle de droite ne sont pas très éloignées dans leur désir de maintenir leur petit pouvoir, leurs petits privilèges. Disons qu'ils sont un peu faux culs à gauche, et plus francs du collier à droite. Personnellement, je suis à fond avec l'initiative du Front de Gauche, ils lancent une piste vers laquelle il faudrait aller politiquement.

Propos recueillis par Yann Gonzalez. Photos: Films du Losange.

La bande-annonce du film:

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40 réactions de la communauté

 
vpi79

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De vpi79

Le 15 juillet à 18h06

Un film à voir pour les homos du 16eme parisien (il y en a ici, et qui donnent des leçons...) qui ne se rendent pas compte de ce qui se passe ailleurs et hors de leurs stéréotypes et leurs certitudes, avec des phrases toutes faites et des idées bien arrêtées qui ne veulent rien comprendre mais juste dénoncer ce qui se passe ailleurs mais pas ce qui se passe à leur porte. Histoire de leur faire ôter les oeuillères.

 
NémoGizmo

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De NémoGizmo

Le 15 juillet à 18h18

bien.
il a évidement raison sur les aires de drague (car l'internet est trop laborieux, parfois mensonger et trop virtuel pour certain-e-s)... mais tout cela est à la fois tabou et silencieux.

en revanche, je ne suis pas totalement d'accord le clivage grandes villes/petites villes sur le mélange des classes sociales, des âges etc... Quand on est + nbreux, et qu'il y a beaucoup de passage (étudiiants, touristes, congrès pros...), le mélange -souvent- est AUSSI + aisé.

 
hector dumas

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De JJW

Le 17 juillet à 02h00

il me semble que plus il y a de monde sur un lieu de drague, plus la sélection est possible : puisqu'il y a le choix, on se porte vers celui qui correspond à son idéal, donc qui nous ressemble...

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 17 juillet à 11h21

c'est + subtil et nuancé que cela, la drague...
heureusement que tout le monde ne rêve pas de bai..r avec son double!
On voit au contraire souvent des imberbes qui rêvent de "poils", des quarantenaires qui regardent des mecs de 25 ans, des "crevettes" qui chassent le "bear", des 'musclors' qui tentent de trouver des trans actifs, des minets très excités par des "looks racaille", des BCBG qui bavent devant le look sport, etc etc etc...
La diversité, heureusement, existe là, tous les homos (encore heureux) ne passent pas leur vie à "se faire des bisous dans le miroir" LOL.

d'ailleurs il dit ici lui même:
" Faire le difficile quand tu dragues à Albi, ça peut être compliqué !"
désolé, à mon sens ne pas avoir le choix pour 1 partenaire, c'est la négation même du plaisir!!!! C'est exactement "l'homosexuaité coercitive", presque comme en prison (où les rapports consentis existent malgré tout quelques fois, mais sur le choix d'1 partenaire les posisbilités sont minces...)! Et c'est très loin du pseudo "mélange" des profils...

 
hector dumas

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De JJW

Le 18 juillet à 17h18

Mais tu ne parles pas d'expériences partagées mais de fantasmes : "rêvent" "regardent" "chassent" "tentent de trouver" "excités" "bavent". Or, il faut une réciprocité du désir, et ce n'est pas toujours le cas sur un lieu de drague. La sélection s'opère dans les deux sens.
Bien sûr que le mélange existe, je suis tout à fait d'accord avec toi, mais le terme "souvent" me parait bien exagéré dans une ville comme Toulouse par exemple que je pratique. Ici, j'observe par exemple que beaucoup de mecs sont plutôt frileux et restent dans leur voiture, ce qui à mon sens en dit long sur leur capacité d'ouverture à la diversité dont tu parles.
Peut-être n'avons nous pas la même expérience selon le lieu qui est fréquenté, et selon le moment.

quant à la "négation du plaisir" que tu évoques, tu extrapoles selon moi les propos de Guiraudie, et tu oublies que même si tu as un seul mec devant toi, tu as tout de même 2 choix : en faire ou non un partenaire sexuel.
Dans la réponse de Guiraudie il faut replacer "faire le difficile" dans le contexte de la comparaison avec les grandes villes où les mecs tournent sans cesse jusqu'à ce que LE mec de leur fantasme se présente, puisqu'il y a choix et profusion. Selon moi Guiraudie veut dire que si ces mecs se comportaient de la même manière à Albi, "ça peut être compliqué !"...

 
anje

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De anje

Le 15 juillet à 18h30

Enfin un regard différend !

Dans ma petite ville,draguer n'est pas facile ,les lieux de drague sont très flické!
il est plus facile de draguer a Aix ou à Marseille.Ici les mec n'assume pas!



 
Totol'errance

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De Totol'errance

Le 15 juillet à 19h39

Interessante interview, lucide, encore combative: oui le Parti de Gauche propose une intéressante alternative, oui la vie des gays en "région" est différente de la vie de nos congénères parisiens un peu bobos avouons-le !
Allons voir ce film... plutôt que de se laisser berner par des productions, même gay-friendly, qui n'ont pas la qualité première crûe de ce cinéaste militant

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 16 juillet à 12h20

"congénères parisiens (...) un peu bobos"
c'est tjrs bizarre de juger les autres (qu'on ne côtoie pas tous les jours) en généralisant ainsi, sans préciser de quoi/qui on parle...

tu alimentes, sans le vouloir?, le cliché "homo = bobo = fric", c'est un peu énervant, notamment parce que cela motives certains chantages et des agressions d'homos, c'est prouvé par X procès.
Vivre dans une petite ville ou en pleine campagne, ca n'est d'ailleurs pas synonyme de pauvreté!

je ne me sens "congénère" a priori de personne, le suel point commun entre certain-e-s homos, c'est juste qu'ils/elles sont attirés par qq de leur sexe, c'est tout. Les modes de vie, lieux d'habiattin, niveau socio-culturels, revenus, métiers etc.. sont aussi différents que chez les hétéros!!!

ca veut dire quoi, pour toi, "bobo"? + ou - à la mode/branché? éduqué? cultivé? militant-e associatif-ve? qui sort parfois/souvent au ciné, restau, spectacles, en boîte etc? avec quel métier (vendeur-se? serveur-se? artiste? commerçant? cadre? policier? fonctionnaire? prof? amateur de gros block-busters/best sellers ou + pointus/underground?...), quel salaire, quel patrimoine? quel habitat (locataire, prioprio...), dans quel quartier? vie de couple ou célibat? avec ou sans enfant(s)?...

il y a des tas d'homos au chômage aussi à Paris et en Ile de France. Des LGBT francilien-ne-s qui sont étudiant-e-s, intérimaires, smicard-e-s dans des logements "très sociaux" ou/et aux minima sociaux (AHH, minimum vieillesse...)!!! En %, par sûr que -avec cette volonté de ranger tel ou telle dans une case "bobo" (ou autre)- il y en ait moins à Bordeaux, Lyon, Lille, Rennes, Nice ou Lyon!

voilà, merci -donc- d'expliquer, d'argumenter.. ou de nuancer de tels propos :-).

 
jeanpaul

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De jeanpaul

Le 15 juillet à 20h07

Ben, désolé, mais dans la série films gays, une bande annonce avec une femme et un homme qui s'embrassent, c'est pas convaincant. Sans doute encore un film "gay" comme les Français savent le faire : homosexualité refoulée plutôt qu'autre chose, mal assumée et douloureuse... Mais enfin je n'ai pas vu le film ! Bonne idée d'avoir fait tourner des hommes "moins jeunes" : les films gays font trop souvent tourner des mecs très jeunes, ce qui est assez irritant, et les +50 ans sont rarement représentés, comme si passé 50 ans on ne pouvait plus être gay. Enfin pour moi, les cinéastes gays français : Nolot, Ducastel-Martineau, Chereau, Ozon.... En France on est assez pauvre en cinéastes gay.

 
hector dumas

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De JJW

Le 21 juillet à 07h29

jeanpaul,
ton à priori à propos du film ("Sans doute encore un film "gay" comme les Français savent le faire : homosexualité refoulée plutôt qu'autre chose, mal assumée et douloureuse...") est totalement à côté de la plaque !
à lire tes commentaires suivants concernant tes penchants en matière de cinéma "gay", je crois pourvoir dire que le film de Guiraudie a toutes les chances de te plaire..

 
Totol'errance

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De Totol'errance

Le 15 juillet à 21h24

@ Jeanpaul
Bizarre ta réaction OUI j'en connais des gays qui à un moment ou à un autre se laissent aller à "essayer" de "devenir hétéro" ou "bi" face à la pression de la société ou de la famille et quelquefois ça marche (j'en ai un exemple), Non il n'y a pas que "l'homosexualité refoulée plutôt qu'autre chose, mal assumée et douloureuse... " comme tu l'écris. C'est une bien triste réalité, certes, il suffit de la regarder en face.. d'ailleurs les cinéastes français que tu cites l'ont un peu fait... le film de Nolot n'est pas très... gai (à propos pourquoi omettre Téchiné dans ta liste ?) "l'homme blessé" non plus...Finalement l'on ne peut pas reprocher au cinéma français de ne pas explorer les recoins et méandres de l'amour gay et c'est vrai Guiraudie, qui dit fièrement qui il est et d'ou il vient, est un cinéaste gay "dérangeant".
Sinon tu écris "En France on est assez pauvre en cinéastes gay" mais tu en cites néanmoins pas mal. Sur le moment je ne vois pas trop d'autres pays, les states ? Qui puissent en citer autant... merci d'éclairer ma lanterne.

 
hector dumas

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De jeanpaul

Le 17 juillet à 14h54

@Totol'errance. Pourquoi bizarre ma réaction ? Tu parles des homos malheureux qui essaient de devenir hétéro ou qui refoulent et sont toujours.... malheureux. Oui, je sais bien, ça existe. Même si personnellement, envers et contre tout, dès que j'ai "découvert" mon homosexualité, vers l'adolescence, j'ai décidé de la vivre pleinement et d'essayer d'être pleinement heureux. Envers et contre tout et contre tous. Je sais que c'est une triste réalité les homos malheureux qui ne s'acceptent pas, ils existent, et tu as raison, ils ont le droit d'être représentés. Et je crois qu'il y a beaucoup d'homos qui ont du mal à s'accepter en tant qu'homo ou qui ont des difficultés à vivre leur homosexualité, et pas seulement dans les campagnes ou chez les plus 50 ans. Et je sais qu'il y a des homos (et des hétéros) qui cultivent la souffrance, le malheur, la désespérance, le mal-être. C'est très catho tout ça, et très bourgeois, très conservateur. ça manque d'initiative et de force de caractère. Et c'est vrai que personnellement, ce qui m'attire, c'est un peu tout ce qui est "maudit" dans cette société, que ce soit dans le cinéma, l'art, la littérature ou le style de vie. Et c'est vrai que les homos malheureux d'être homos, pour moi c'est un peu une autre planète. J'ai dépassé ce stade depuis longtemps. Tu parles de téchiné, oui, je ne l'ai pas omis par erreur, parce que je n'aime pas Téchiné, je le trouve terne, jeunophile, trop en on-dit et en sous-entendu, enfin je le crois pas franchement gay. C'est ce que j'appelle des films gays pour hétéros. Il représente une homosexualité convenable, présentable pour hétéros. Tu dis Nolot n'est pas très gai, non c'est vrai, il n'est pas très drôle, mais quelle force, quel pied de nez aux convenances, et quelle inconvenance dérangeante et géniale dans ses films. Et si tu remarques bien, ses films sont très construits, très recherchés. Et l'homme blessé, quelle merveilleuse histoire d'amour ! Alors oui, je réitère, "En France on est assez pauvre en cinéastes gay". Du moins à ma connaissance. Et à part Ducastel-Martineau et Ozon... C'est vrai que le cinéma gay américain HORS CIRCUIT est quelquefois assez novateur, et audacieux, et je suis en général assez bien surpris par le cinéma gay espagnol, souvent plein de fantaisie, très novateur. Le Portugais Joao Pedro Rodrigues m'impressionne également beaucoup. "O Fantasma" et "Odete" sont de vrais petits bijoux. Et tous ces films ne sont pas des films "convenables". C'est un cinéma comme je l'aime, sulfureux, imaginatif et dérangeant et certainement pas tout public. Mais je ne suis pas spécialiste en cinéma gay.

 
hector dumas

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De NémoGizmo

Le 20 juillet à 23h03

@ jeanpaul:

tu avoues "je ne suis pas spécialiste en cinéma gay.", en effet! :o)

car opposer Téchiné et Nolot est un gros contre-sens: ils ont souvent bossé ensemble pour les mêmes films, comme "J'embrasse pas" et d'autres.
ils partagent bcp de choses et vues communes.

Tu parles du "cinéma gay espagnol", bien, mais que fais-tu d'Almodovar (j'adore), qui aborde très souvent les sujets LGBT et reste TRES "tous publics" si on en juge par son succès mondial et a eu plusieurs films produits par... Bouygues!
par ailleurs, pour des raisons lourdes, persistantes et structurelles, je ne crois pas que le cinéma portugais ou espagnols puissent remplir un livre aussi volumineux que celui, sorti récemment, sur l'homosexualité dans le cinéma français, signé par Didier Roth-Bettoni et Anne Delabre.


 
hector dumas

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De JJW

Le 21 juillet à 07h15

NémoGizmo, ce n'est pas parce que Téchiné et Nolot ont travaillé ensemble qu'on ne peut pas les opposer.
Téchiné filme les homos de manière clandestine, furtive ou en biais c'est à dire de manière anodine en s'excusant presque, alors que Nolot en fait toujours le sujet frontal de ses films, qui plus est de manière radicale.
En fait, quand ils travaillent ensemble, soit Nolot est simplement acteur comme dans Les Roseaux sauvages, etc ;
soit il est scénariste comme dans J'embrasse pas, mais Téchiné a transformé le personnage principal en hétéro, alors que Nolot décrivait dans son scénario à l'origine son propre parcours d'homo.
"La Matiouette" de Nolot filmée par Téchiné pour la télé est en fait vraiment une exception.
Il me semble donc que les réflexions de JeanPaul à ce sujet sont tout à fait pertinentes.

 
hector dumas

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De jeanpaul

Le 21 juillet à 17h07

@NemoGizmo et JJW. (Merci JJW pour ton analyse plutôt fine). Naturellement je n'ai pas parlé d'Almodovar, parce que c'était une évidence. Almodovar est très, très gay (ou plutot féminin ?), même lorsqu'il n'aborde pas l'homosexualité. D'autre part, JJW fait une analyse assez fine de ce que j'ai voulu dire : Téchiné aborde l'homosexualité d'une manière furtive, presque en s'excusant, de biais (et honteuse ?) alors que Nolot l'aborde de manière frontale (comme dit JJW). Pour donner une image, je dirai que Nolot arbore le drapeau arc-en-ciel alors que Téchiné n'ose pas ou ne veut pas le faire. Je dirai - très grossièrement - que Téchiné est un pédé honteux, pas Nolot. Nolot est sans concession. Il revendique ce que Téchiné semble cacher. Pour moi, Téchiné fait des films "gays" pour les hétéros, Nolot fait des films gays pour les homos. Pour regarder un film "gay" de téchiné, un hétéro n'a pas d'effort à faire. Pour regarder un film de Nolot, un hétéro doit faire un très gros effort. "La chatte à deux têtes" est un vrai chef-d'oeuvre, quasiment un ballet. "Avant que j'oublie" a peut-être pour certains des aspects outranciers, mais la peinture qu'il fait de la vieillesse, de la maladie, d'une certaine solitude, de l'amour de l'argent, du travestissement et des jeunes hommes me semble admirable. Nolot me semble être sans concession. C'est un véritable provocateur. Un solitaire. Téchiné en fait beaucoup de concessions, pour être agréable. Alors que Nolot ne cherche jamais à être agréable. Il veut rester maudit. Téchiné cherche à plaire, pas Nolot. Pour schématiser : il y a Genet, Rimbaud et... Nolot. Il y a Montherlant et... Téchiné. Téchiné c'est de l'eau de rose, Nolot un alcool fort.
Mais je rappelle que je ne suis pas spécialiste en ciné. Je n'ai donc pas de connaissances précises mais juste des réactions épidermiques et personnelles, en tant qu'homo. Et attention j'aime aussi Ducastel-Martineau, Ozon... et le Portugais Joao Pedro Rodrigues, que je conseille à tous, et qui me semble être un grand espoir européen (O Fantasma et Odete). Mais je te répète NemoGizmo que je ne suis pas du tout spécialiste. JJW a fait une analyse beaucoup plus fine de ce que je voulais dire.

 
J_P_M

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De J_P_M

Le 16 juillet à 09h26

Citation de l'interview : "Depuis vingt ans, le cinéma propose toujours la même chose : les beaux avec les beaux, les moches avec les moches".

Vingt ans ?!

Mais c'est comme ça depuis toujours, au cinéma. Le gars ne doit pas aller souvent au cinoche.

 
hector dumas

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De Pascal Vanves

Le 16 juillet à 10h42

euh, et c'est aussi un peu comme cela dans le vie aussi, non ?

 
tigerx

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De tigerx

Le 16 juillet à 12h17

courez voir ce film, c'est un chef d'oeuvre, un petit bijou revigorant, à la fois jouissif et politique...

Bizarrement, l'interview accordée aux cahiers du cinema est autrement plus politique que celle ci, pourtant il n'y fait pas référence au front de gauche ou autre...

Non, c'est le message du film lui meme qui est politique... Et c'est d'ailleurs amusant de retrouver ce cineaste dans un mag "identitaire" comme tetu, puisque précisément l'évasion dont il est question dans le film c'est une evasion hors des assignations à résidence de l'identité: age, genre, sexualité... le film illustre avec merveille ces échappées du désir, par essence pluri-directionnelle, alors que la société cherche à tout prix à le canaliser... c'est pas tant les beaux avec les beaux que les gays avec les gays, les hétéros avec les hétéros, les jeunes avec les jeunes, les blancs avec les blancs... Il ne faut pas oublier que l'homosexualité en tant que catégorie de l'espèce, catégorie sociale et biologique, n'a été créée qu'au cours du 19e siècle, comme l'explique Foucault... Auparavant, pas d'assignation du désir... Le héros du film précisément fait bouger toutes ces lignes, il refuse d'être enfermé dans une identité gay, blanche et quadragénaire et s'évade avec une jeune fille hétéro et métisse.
un discours vraiment politique, vraiment radical: et si la vraie subversivité, le vrai combat de demain c'était de refuser l'assignation à résidence des catégories sexuelles? refuser l'homosexualité qui est en soi une catégorie de l'hétéronormativité? De vraies questions, auxquelles le film ne fait que suggérer des réponses, sans rien imposer, sans rien enfermer...

c'est juste trop fort, une des plus belles histoires de liberté et de désir au cinéma depuis longtemps... le tout avec humour, légéreté... et le bonheur de voir tous ces corps hors des canons, une merveilleuse scene d'amour entre le heros bear et un vieux septuagénaire priapique... c'est juste GENIAL.
et Hafsa Harzi est juste la plus belle et la meilleure actrice française depuis longtemps.

Bravo Monsieur Guiraudie, et merci. Continuez!

 
hector dumas

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De jeanpaul

Le 17 juillet à 17h43

@tigerx : ton post est très intéressant, tout comme ta référence à Foucault. Mais tu dis : "et si la vraie subersivité c'était de refuser l'homosexualité qui est en soi une catégorie de l'hétéronormativité". Moi je veux bien, mais je trouve ça très intégrationniste, ce que tu dis. En somme, les homos vont refuser l'homosexualité, pour devenir.... quoi ? Moi je pense que la vraie subversivité c'est justement de s'affirmer homo. Homo riche, pauvre, de droite, de gauche, vieux, jeune, beau, laid..... mais homo, tous ensemble ! D'ailleurs je crois que Foucault parlait de la subversion de l'homosexualité comme une création des hétérosexuels, pour mieux les marginaliser et les réprimer. Je trouve qu'il y a une tendance dangereuse actuellement de certains homos qui refusent leur homosexualité ou la mettent en mode mineur pour paraître plus respectables aux yeux des hétéros, pour mieux s'intégrer et rentrer dans le moule imposé par les hétéros. Une gay pride sans plumes, une tenue vestimentaire plus "convenable", être convenable pour pouvoir se marier,adopter des enfants, etc, etc... C'est dommage. Alors que l'homosexualité, c'est aussi un espace de liberté, d'inventivité, de subversion, de création... Mais franchement, la bande annonce du film ne m'incite pas à aller le voir, en tant que gay : un film gay où l'on voit un "gay" embrasser une fille.... Mouais ! Encore un film gay pour hétéros ??? J'avoue ne pas être très amateur.
@NemoGizmo, qui soulève une question intéressante, sur le concept "homo = bobo = fric". J'ai souvent constaté que les hétéros un peu beaufs considèrent souvent les homos comme riches. C'est d'ailleurs un bon moyen de leur refuser le droit à l'égalité. Je crois que c'est aussi une question de mode. On dit aujourd'hui "la gauche bobo" comme on disait il y a quelque temps "la gauche caviar". Seulement, "gauche bobo" ça fait rive droite de Paris, alors qu'hier, "gauche caviar" faisait rive gauche. Et il faut bien admettre qu'il ya un véritable déplacement - entre autres et surtout culturel - de la rive gauche vers la rive droite.

 
hector dumas

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De tigerx

Le 20 juillet à 15h55

@jeanpaul: mais ce n'est pas du tout le propos... le type passe la moitié du film à se ballader en slip et à bouffer de la dourdougne, la plante imaginaire du film censée décupler les forces (pas que sexuelles)... ce n'est pas du tout un appel à rentrer dans le rang... mais juste à sortir des cases, à échapper au contrôle normatif (le discours sur l'état et la police est explicite dans le film, notamment avec le bracelet anti delinquant sexuel et la fermeture de l'aire de drague sur l'autouroute)... ca n'a rien à voir. rien à voir non plus avec les plumes (je n'ai absolument rien contre, ni le film d'ailleurs) ou un dress code convenable... le film est tout sauf convenable...

 
hector dumas

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De tigerx

Le 20 juillet à 16h01

c'est le fait même de poser la question qui est subversif. Mais attention, quand on dit "refuser l'homosexualité", il ne s'agit pas de dire "à bas les homos", il s'agit, mais ce n'est une proposition philosophique et politique, de la questionner COMME CATEGORIE de la pensée, de la norme, de la police, de la société... tout simplement: refuser la case dans laquelle la raison dominante voudrait bien nous enfermer, et dans laquelle certains (comme le héros du film) peuvent se sentir à l'étroit... mais le propre des discours dominant est d'être accepté, intégrer par les dominés. la majorité des homos ne se sentent pas enfermés dans la case dans laquelle ils ont été assignés. C'est un éternel débat, il n'y a pas de réponses toutes faites, mais le génie du film est précisément de poser ces questions, sans jamais être lourd, moralisateur ou trop démonstratif... le nb de commentaires ici montre bien la vivacité des questions qu'il traite... Un bon film, à mon avis, est surtout bon quand il provoque le débat, soulève des questions, pas quand il approte des réponses toutes faites... mais ca aussi ca se discute, il y a plein de contrexemples...

 
kinito06

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De kinito06

Le 20 juillet à 10h00

"Ce qui était assez enthousiasmant, avec Ludovic et Hafsia, c'était de faire marcher un couple pas évident. Depuis vingt ans, le cinéma propose toujours la même chose"

Amusant! Depuis vingt ans on nous propose l'histoire de l'homo qui tombe amoureux d'une fille, on en a fait une série en Angleterre. Pourquoi pas une lesbienne qui tombre amoureuse d'un homme?

"Personnellement, je suis à fond avec l'initiative du Front de Gauche, ils lancent une piste vers laquelle il faudrait aller politiquement."

C'est à dire un parti de foctionnaires qui craint de perdre leur statu privilegié dans le public.

 
kinito06

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De kinito06

Le 20 juillet à 10h28

tigerx:
"c'est juste trop fort, une des plus belles histoires de liberté et de désir au cinéma depuis longtemps... "

D'abord je vous rapelle bob and rose, si vous aimez les histoires d'homo qui devient devient hétéro ou je ne sais pas quoi. Pour les lesbiennes j'en ai pas. Vous croyez vraiment que dans notre société il est si difficile pour un homo, la quaraintainé, virer hétéro et se mettre avec une jeune fille? Au moins que ce soit une film militant pour abaisser l'age de la majorité sexuelle, je ne vois aucun originalité la dessus. D'ailleurs l'auteur contredit ce que vous dites car:

AG : Avec 'Le Roi de l'évasion', je me suis intéressé à l'idée que notre société normalise, uniformise les pensées et les comportements. Certes l'histoire qui unit Armand et Curly peut être perçue comme une forme de transgression. Mais il y a derrière tout cela une volonté de revenir à une certaine normalité. Et Armand est sur le point d'y basculer.

 
hector dumas

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De tigerx

Le 20 juillet à 15h49

précisément Bob and Rose, c'était il y a longtemps. Sinon, ce n'est pas l'histoire d'un homo qui devient hétéro (va voir le film) mais l'histoire d'un type qui cherche sans cesse à s'évader des catégories préétablies du désir... c'est en cela que c'est une vraie bouffée d'air frais, subversive... Et si tu lis son interview dans les cahiers du cinéma, précisément tu comprendras pourquoi ce qui peut sembler une aspiration à la normalité peut etre considérer aujourd'hui comme une proposition libertaire... Mais ce qui est fort, c'est qu'il n'affirme rien, il ne fait que poser les questions, comme souvent les bons cinéastes... a bon entendeur...

 
hector dumas

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De kinito06

Le 20 juillet à 22h29

@tigerx
Je regarde plus belle la vie et il y pas mal d'histoire d'hétéro où homo qui couche en alternance ou tombe amoureux avec des personnes du meme sexe ou de l'autre sexe !!! :-) Franchement ça veut dire quoi "s'évader des catégories préétablies du désir... " ? dans ses interviews il nous explique que à la télé et au cinéma on ne voit pas les couples avec différence d'age...
et lui il a l'intention de faire sauter ce tabou. D'abord ici on parle d'une relation entre un adult et une mineure, mais enfin le couple que l'on voit plus souvent c'est justement l'homme d'age mur avec une femme plus jeune. Il se prend pour un novateur alors qu'il n'y a rien d'original dans son film. Puis si j'ai bien compris c'est un film militant contre la repression de la police sur le lieux des dragues à la campagne. Comme si dans la ville ça n'existait pas!!! Et les agressions homophobes sur les lieux de drague non plus. Il nous a meme sorti la vieille rangaine du capitalisme qui voudrait canaliser les homos dans les boites pour faire du fric (donc repression dans les lieux gays), mais enfin vous arrivez à accepter l'idéeque tout le monde n'a pas forcement envie de draguer la nuit sans meme voir la personne qu'on a en face? Et de risquer sa propre vie aussi? Je reviens sur le désir, pour moi c'est quelque chose de très personel et le faite qu'un homo, la quaraintaine decide de se marier c'est une décision très personelle. Donc ce n'est pas un film qui dérange, mais un film sur une thématique personelle (peut-etre la sienne), qui se fait passer pour revolutionnaire, alors que d'autres l'ont déjà exploitée.

 
hector dumas

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De kinito06

Le 20 juillet à 22h59

@ tigerx
" Et si tu lis son interview dans les cahiers du cinéma, précisément tu comprendras pourquoi ce qui peut sembler une aspiration à la normalité peut etre considérer aujourd'hui comme une proposition libertaire"

Peux-tu mieux expliquer, car ici il dit exactement le contraire:
"Avec 'Le Roi de l'évasion', je me suis intéressé à l'idée que notre société normalise, uniformise les pensées et les comportements. Certes l'histoire qui unit Armand et Curly peut être perçue comme une forme de transgression. Mais il y a derrière tout cela une volonté de revenir à une certaine normalité. Et Armand est sur le point d'y basculer."

D'ailleurs encore une fois la société accepte plutot bien les homosexuels qui retournet dans le rang peu importe que cela correspond ou pas à une démarche sincère et un choix de liberté. D'ailleurs on a meme parlé de ça chez Delarue :-))) Franchement tout ça me fait penser à l'affaire Orlesan comparé par le ministre de la culture à rimbaud.

 
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