«Adieu, je baise votre cul»
Une petite-fille de Louis XV, Isabelle de Bourbon-Parme, éprise de sa belle-sœur à la cour des Habsbourg de Vienne? En mettant au jour leur correspondance torride, Elisabeth Badinter nous fait redécouvrir une femme surdouée, morbide et folle amoureuse.
«Adieu, je baise votre adorable cul, me gardant bien de vous offrir le mien qui est un peu trop foireux.» Ces lignes ne sont pas extraites d’un énième ersatz d’autofiction, mais d’une correspondance, celle qu’Isabelle de Bourbon-Parme, petite-fille de Louis XV et épouse du futur empereur d’Autriche Joseph II, entretenait avec la sœur de son époux, l’archiduchesse Marie-Christine. Anecdotiques, malicieuses, explicites (parfois scatologiques) ou exaltées, ces missives, gardées secrètes pendant près de deux siècles, sont aujourd’hui réunies sous le titre Je meurs d’amour pour toi. Grande figure intellectuelle française, Élisabeth Badinter a établi et préfacé cette formidable édition, qui rend hommage à une femme follement érudite, en avance sur son époque et partie trop tôt, ainsi qu’à une passion hors norme.
La passion amoureuse entre Isabelle de Bourbon-Parme et Marie-Christine de Habsbourg était-elle connue à l’époque ? Non. Leur passion est alors vue comme une passion amicale. En outre, la proximité de corps féminins ne suscite pas la même condamnation que celle de deux corps masculins. L’idée a survécu que deux filles peuvent se toucher, se caresser. C’est de l’amitié féminine, alors c’est sans conséquence. Mais Isabelle a conscience du caractère sulfureux de leur relation, qu’elle qualifie de «contre-nature»… En effet, elle veut tenir leurs rendez-vous secrets et conseille à l’archiduchesse de n’en parler à personne. Et l’impératrice Marie-Thérèse s’est emparée de tous les papiers d’Isabelle à sa mort et a mis de côté des lettres que son mari Joseph II ne devait pas voir, car il aurait découvert que sa femme était la personne que Marie-Christine aimait le plus au monde.
On sent, à travers les lettres d’Isabelle et les réponses de Marie-Christine, une asymétrie dans leur relation. Isabelle est plus éprise que l’archiduchesse, qui est entre deux amours, se sent sûrement très seule, et se fait consoler par une Isabelle très exigeante, passionnée, de fait aussi très demandeuse. Jusqu’où cette relation homosexuelle a été portée ? Pour moi, il n’y a aucune d’ambiguïté sur le caractère sexuel de leur amitié.
Peut-on faire l’hypothèse qu’Isabelle se soit laissée mourir – elle attrape la variole lors de sa deuxième grossesse –, car elle se sent coupable de cette relation et espère une punition divine ? Oui, d’autant qu’elle a de forts accès morbides et prédit sa mort quatre ans avant les événements. À l’été 1763, quand elle tombe malade, il y a également une épidémie de variole incroyable en Autriche. J’ai le sentiment qu’elle était donc affaiblie psychologiquement. Peut-être aussi qu’Isabelle a été extrêmement blessée que Marie-Christine tombe amoureuse en 1762 du prince Albert de Saxe-Teschen.
La voyez-vous comme une manipulatrice ? Bien sûr. Elle a compris que la clef pour avoir le pouvoir sur les autres, c’est d’atteindre leur cœur, elle a une clairvoyance en matière de pédagogie qui va bien au-delà des philosophes de son époque. Elle a d’ailleurs écrit une dizaine de traités. C’est un modèle d’identification pour les femmes homosexuelles, et les autres. On est tellement en manque de modèles brillants dans l’histoire des femmes. Vous imaginez quelle impératrice elle aurait fait si elle avait survécu ?
Isabelle de Bourbon-Parme : « Je meurs d’amour pour toi » – Lettres à l’archiduchesse Marie-Christine, édition établie et préfacée par Élisabeth Badinter, Tallandier, 204 p., 15 €.






















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De MysteriouScow
Oh si les hommes pouvaient avoir autant de punch !
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De Ursula Del Aguila Têtue.com / Auteur
Isabelle de Bourbon-Parme était tout simplement incroyable: philosophe à 20 ans, mais aussi musicienne, moraliste, grande amoureuse, et grande «actrice» quand on sait les trésors de manipulation qu'elle a dû déployer pour se faire aimer des un(e)s et des autres à la cour des Habsbourg de Vienne!