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Merlin Holland, petit-fils d'Oscar Wilde : l'homophobie en héritage

Par Blaise Gauquelin mercredi 02 novembre 2005, à 00h00 | 1669 vues
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Rencontre avec Merlin Holland à l'occasion de la sortie de son livre consacré à son grand-père Oscar Wilde, intitulé "Le procès d'Oscar Wilde".

Parce que la transmission d'un héritage homosexuel cristallise toutes les crispations autour de l'homoparentalité, la clarté du combat contre l'homophobie du petit fils d'Oscar Wilde prend aujourd'hui toute son ampleur. Interview de Merlin Holland. Oscar Wilde a eu deux fils : Cyril et Vyvyan, dont vous êtes l'unique enfant. Que savaient-ils de l'homosexualité de leur père ? Lors de la condamnation d'Oscar Wilde, ma grand-mère a dû quitter l'Angleterre avec ses deux enfants, alors âgés de 8 et 10 ans. Elle est partie en Suisse, sans jamais leur expliquer pourquoi ils ne reverraient jamais leur père. Elle n'a pas voulu divorcer, mais a été contrainte de changer de nom, pour que Cyril et Vyvyan puissent grandir sereinement. Elle en a alors pris un autre, originaire de sa famille à elle : Holland ; puis elle est morte, trois ans plus tard. Mon père est alors, avec son frère, retourné en Angleterre, mais les deux garçons ont été séparés et envoyés par leur famille dans des écoles éloignées : ils fallaient qu'ils oublient leur patronyme originel. L'un était destiné à une carrière militaire qui l'a conduit en Inde, l'autre a une carrière diplomatique qui aurait dû l'envoyer à Shanghaï, afin que la descendance du sulfureux écrivain soit définitivement éloignée de l'Angleterre victorienne. Heureusement, mon père a appris, à l'âge de 18 ans, grâce à une gaffe de sa tante maternelle par alliance, la véritable cause de la condamnation de Wilde. Il a été très surpris, il pensait que son père avait été condamné pour fraude fiscale ! Il a voulu en savoir plus et a rencontré Miss Carew, une amie d'Oscar Wilde, qui plus tard donnera l'argent nécessaire à la création de son tombeau au père Lachaise. Cette rencontre a été déterminante, puisqu'elle a convaincue mon père de rester en Angleterre. En fréquentant Miss Carew, il a appris à connaître son père, puis a été introduit auprès de Robert Ross, l'ami intime de Wilde, qui est devenu pour lui un père spirituel. L'écrivain Oscar Wilde n'a été réhabilité véritablement qu'après la mort de votre père. Pensez-vous que Vyvyan ait été fier de son ascendance ? Dans sa plus tendre enfance, mon père a toujours vu des homosexuels venir à la maison. Pour lui, ce n'était pas un sujet. Son amitié profonde avec Robert Ross le prouve. Mais il a toujours eu le sens de la honte imposée à ses parents. En Angleterre, jusqu'à la fin des années soixante, on considérait les écrits d'Oscar Wilde comme de la littérature de second rang. Mon père est mort en soixante-sept. Ce n'est que dans les toutes dernières années de sa vie que ma mère, une australienne qui apportait un peu de sang neuf, lui a fait comprendre, avec sa désinvolture, qu'il était idiot de ne pas tirer de l'orgueil et du plaisir de cet héritage. C'est d'ailleurs elle qui gèrera les droits des œuvres, dans les années de redécouverte de Wilde, après la mort de mon père. Quand on me demandait si j'étais "le petit-fils de" et que je ne savais pas quoi répondre, ma mère me disais : "tu dis oui, c'est tout simplement vrai." Quelle relation avez-vous, vous-même, entretenu avec cet histoire familiale ? Mon grand-père n'était pas un sujet, personne de mon entourage ne l'ayant vraiment bien connu. C'est, lorsqu'en 74, j'ai repris en main l'héritage testamentaire géré par ma mère, que j'ai voulu en savoir autant que les universitaires qui m'appelaient ! Pendant des années, cela a été ma "profession du samedi-matin" C'était la redécouverte de l'écrivain qui m'intéressait. Mais dans les années 90, lorsque j'ai eu envie de me mettre à l'écriture, j'ai trouvé cet ascendance lourde à porter. Pas l'homosexuel, mais l'écrivain ! C'est pour cela qu'il me semble difficile de transmettre ce que je sais à mon propre fils. Je ne le nie pas : on a envie de faire sa propre vie. Vous vous êtes pourtant joint à l'organisation du premier festival gay et lesbien de Moscou, qui aura lieu en mai prochain. Pourquoi ? Je participe à cet événement parce qu'en Russie, le pouvoir s'oppose à l'évènement. Or l'homophobie a affectée ma famille. Elle a affligée mon père et mon grand-père, mon oncle a fait sa carrière militaire pour " prouver qu'il était un homme. " L'homophobie a même une conséquence quotidienne dans ma propre vie, puisque le nom que je porte et que je transmets en découle directement. Ce qui, avouons-le, est rare ! D'ailleurs, je ne reprendrai pas le nom de Wilde, comme j'en ai le droit, car il est un reproche éternel à l'ère victorienne, et la preuve de mon héritage subversif. Cela me plaît. Je serai toujours disponible pour lutter contre l'homophobie, comme mon grand-père aurait, de manière naturelle, aidé toute minorité réprimée. Le festival gay et lesbien de Moscou tombait bien : il marque les 111 ans de la condamnation de Wilde. Par contre, le fait d'avoir un grand-père homosexuel ne m'offre pas l'émotion nécessaire à un point de vue tranché sur l'homoparentalité. " Le procès d'Oscar Wilde ", de Merlin Holland (Stock) Auditorium du Louvre, 26 novembre: Oscar Wilde et la prison. - 15h30 : Projection " The Trials Of Oscar Wilde " film anglais, 1960 - 18h30: Conférence &quotLe Procès d'Oscar Wilde " par Merlin Holland - 20H30 : Lecture, " De Profundis " d'Oscar Wilde, par François Berléand

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