Les Monologues du vagin prennent le voile
Inspirés des "Monologues du Vagin", "Les Monologues voilés" de l'auteure néerlandaise Adelheid Roosen en conservent le principe: mettre en scène les confidences de femmes au sujet de leur vagin, et de la sexualité.
Les douze récits présentés ne sont plus ceux de femmes occidentales mais de musulmanes vivant aux Pays-Bas, issues de la première génération d'immigrés. On y rencontre des vierges, des érotomanes, des timides, des passionnées, des excisées, des lesbiennes… Ces "Monologues voilés", joués pour la première fois en français, en janvier, au Théâtre de Poche à Bruxelles ont connu un véritable succès. Il seront à nouveau sur les planches du 15 au 31 mai avant d'entamer, probablement l'an prochain, une tournée dans l'Hexagone.
Morgiane El Boubsi, jeune comédienne belgo-marocaine de 24 ans a répondu aux questions de Tetu.com. Elle interprète, entre autres, le rôle d'une lesbienne délurée originaire de Casablanca. Cette dernière, qui revendique son homosexualité en refusant d'utiliser des sex-toys ou même des tampons hygiéniques, est, comme la plupart de ces femmes, tiraillée entre deux cultures.
D'où est venue l'idée d'adapter "Les Monologues du vagin" pour les musulmanes? L'auteure s'est dit que la pièce ne parlaient sans doute pas à toutes les femmes, qu'il y avait un autre rapport au corps chez les musulmanes, ainsi que des choses typiques comme le hammam… Mais c'est avant tout un spectacle sur les femmes, avec des problématiques qui parlent à chacune d'entre elles. Cependant, je remarque que les jeunes filles musulmanes sont celles qui sont le plus à l'écoute. Ce sont des choses qu'elles connaissent et qui les interpellent. Je pense que le théâtre est une voie intéressante pour toucher les gens, leur apprendre des choses par un autre vecteur que le discours théorique des associations.
Mettre en scène une lesbienne musulmane, c'est plutôt osé. Bien sûr, son discours peut choquer: non seulement elle parle d'homosexualité, mais en plus elle le fait sans tabou, et avec un accent de cité! Mais j'ai avant tout voulu présenter un personnage touchant, plein de finesse, de tendresse, sans tomber dans les clichés. La pièce évoque aussi un autre type de rapports homosexuels: d'après les témoignages recueillis, il arrive assez fréquemment que des femmes arabes, d'abord hétérosexuelles, se tournent vers d'autres femmes pour trouver de la douceur là où les hommes sont trop durs, voire violents. L'homosexualité ne doit pas être facile à vivre en tant que musulmane, mais je ne suis pas sûre que ça soit très différent dans les familles chrétiennes pratiquantes. Et, jusqu'à présent, nous n'avons eu que des réactions positives sur la pièce, c'est la preuve que les mentalités évoluent.
Quel est le monologue qui vous touche le plus? Celui sur l'excision. Cela décrit tout un univers de femmes de différentes générations, leur histoire intime et les relations entre elles. Quand ce monologue commence, je sens comme un recul, voire un dégoût, du public par rapport à ce sujet. Puis, le spectateur fait le chemin en même temps que le personnage de la jeune fille dont la mère est excisée: l'excision n'est sans doute pas une bonne chose, mais ce n'est pas une raison pour la dénigrer ou exprimer de la compassion pour ces femmes qui n'en demandent pas. Bien qu'elles ne veuillent pas la même chose pour leurs filles, elles considèrent cela comme une partie de leur identité.
LES MONOLOGUES VOILES
De Adelheïd Roosen
Du 8 janvier au 9 février 2008 à 20h30
COMPLET !
REPRISE du 15 au 31 mai 2008
Réservez dès maintenant!
www.poche.be











