L'autre Salon du livre
Le Salon du livre a de nouveau connu un franc succès du 17 au 22 mars à Paris, en accueillant cette année près de 174.000 visiteurs. "Têtu" y a rencontré les éditeurs de livres gay et lesbiens, et tenté de voir ce que les homos viennent y chercher.
Samedi 18 mars. 16 heures. Le Salon du livre est envahi par des flots de visiteurs. Jeunes ou moins jeunes, tous s'engouffrent dans les allées déjà encombrées par les centaines d'exposants. Certains sont venus pour voir l'impressionnant rayon consacré à la bande dessinée, d'autres pour les dédicaces des grands noms de la littérature contemporaine, d'autres encore par simple curiosité. Au milieu de cette jungle, le stand F140 se démarque. En effet, aux abords de l'espace réservé aux Éditions gaies et lesbiennes, il y a de l'ambiance. Un verre à la main, plusieurs auteurs débattent dans une atmosphère décontractée. Ici on ne parle pas de la Francophonie, thème choisi pour l'édition 2006 du Salon du livre, mais plutôt du rôle essentiel de l'éditeur de livres LGBT. Pour l'écrivaine Cy Jung, les Éditions gaies et lesbiennes font un travail essentiel: "Elles donnent une visibilité à des livres qui ne peuvent pas être publiés ailleurs, ont un diffuseur et nous paie au tarif syndical, ce qui est loin d'être le cas partout." Tous semblent d'accord. Ils admettent d'ailleurs se sentir bien plus soutenus que chez un éditeur généraliste. Ici, on les accompagne, notamment pour les premiers romans. On ne les laisse pas sombrer dans l'oubli après la sortie de leur ouvrage dans les librairies. On mise sur le long terme. Quelques mètres plus loin, les éditions H&O ont elles aussi parié sur la littérature homosexuelle. Après six années d'existence, H&O dispose enfin de son propre stand. Pour Henri Dhellemes, l'un des fondateurs, c'était même devenu une obligation: "Je travaille dans le milieu du livre depuis de longues années et je peux vous dire qu'un éditeur n'existe réellement que s'il participe au Salon du livre." H&O profite d'ailleurs de l'événement pour faire une grande campagne de communication. Au programme, présentation de sa nouvelle collection de livres de poche et présence sur le stand de ses auteurs (Olivier Delorme, Christian-Yves Lhostis…). "Nous éditons des livres très divers. Nous voulons montrer que l'on vit son homosexualité de mille et une façons", souligne Henri Dhellemes.
Et le public homo venu visiter le Salon, est-il sensible aux efforts des éditeurs de livres gay et lesbiens? Évidemment, les éditeurs de livres LGBT reçoivent la visite d'habitués ou de personnes à qui elles avaient conseillé un roman l'année précédente. Mais le public est loin d'être le même qu'à Rainbow Attitude. Gays et lesbiennes ne viennent pas spécifiquement au Salon du livre pour trouver un ouvrage homo. Au mieux, certains veulent voir les nouveautés ou prendre un catalogue. Les Parisiens, très nombreux, peuvent en effet en acheter toute l'année dans des librairies spécialisées comme Les Mots à la bouche. Ils cherchent en revanche parfois des choses très précises. Ce qui est intéressant ici, c'est d'observer les files d'attente pour les dédicaces de certains auteurs. Pour Nina Bouraoui par exemple, il n'y a pratiquement que des femmes. Les séances de signature rencontrent d'ailleurs année après année un succès grandissant (pas moins de 3.000 étaient prévues pour l'édition 2006). En revenant sur nos pas, nous tombons sur Grib Borremans et Cécile Bailly. Les deux auteures nous expliquent alors qu'un jeune homme, qui avait déjà acheté leur livre Génération arc-en-ciel. Épisode 1, est venu la veille pour leur dire combien l'ouvrage l'avait touché. Finalement, il en a pris un nouvel exemplaire et l'a fait autographier. Dans ce grand "bazar" qu'est le Salon du livre, les belles rencontres sont peut-être ce qu'il y a de mieux.











