La chronique de Yann Gonzalez: Cannes, jour 10
Ça y est, c'est presque fini, il était temps : je suis totalement à Cannes, c'est-à -dire totalement ailleurs, dans une dimension parallèle euphorisante, lessivante, parfois même hallucinogène. Ma raison commence à vaciller pour de bon : hier soir, j'ai été saisi d'une irrépressible érection devant le film russe en compétition, "Père et fils" d'Alexander Sokourov, chantre de l'austérité slave, pas vraiment un habitué des gang-bangs dans la datcha d'été. Et pourtant, son dernier film est un concentré d'érotisme viril, une ode à deux corps imberbes (le père + le fils, donc) qui n'ont de cesse de se caresser, s'enlacer, se toucher, toujours au bord de la transgression, à la frontière de l'inceste et de ses baisers interdits. A la vision de ces acteurs sublimes aux désirs élégamment flous, je me mets à fantasmer sur les deux colosses russes qui m'entourent dans la salle de projection, persuadé que leur excitation doit être elle aussi à son paroxysme. Je pourrais peut-être poser ma main sur un genou, amorcer un geste de séduction, tenter une quelconque percée sensuelle. Alors je tourne doucement la tête vers eux : ils dorment profondément, sans doute anéantis par l'ennui. Je dois retourner à Paris d'urgence : il en va de ma survie.













