La chronique de Yann Gonzalez
Les fêtes cannoises se déroulent désormais sur un rythme de croisière, en deux tempos bien distincts, parcourus toutefois d'un même flux où s'enchevêtrent ennui nonchalant et déjante bon enfant. Entre 22h et 1h : plage dédiée aux commentaires cinéphiles et autres commérages déviants. " Tropical malady ? Je n'ai pas compris grand-chose, mais quelle beauté ! L'apparition du tigre en pleine jungle nocturne, c'est renversant. " " Je crois que j'ai encore préféré la première partie, le romantisme limite kitsch de ses pédés thaï, j'ai même eu une pointe d'érection quand ils se sont léché les doigts. Ça me fait penser à ce pauvre Gus. Je l'ai croisé le mois dernier à L.A. Il a vraiment du mal à se remettre de sa rupture avec Eli. ". Grand soupir. Puis sont évoqués pêle-mêle la farce désespérée de Vecchiali (" A vot' bon cœur "), le couple Michael Pitt / Asia Argento, l'embonpoint fondu d'Olivier J. et les éternels états d'âme du critique de cinéma français. Lequel commence enfin, après trois coupes de champagne et deux vodkas pomme, à se dérider. 1h30 : c'est l'heure de la régression tous azimuts, de la mutation du critique en vieux teenager un peu bitchy sur les bords. " Tu serais plutôt Carrie ou Samantha dans “Sex and the city ?“ Ah bon ? Roule-moi une pelle pour la peine ". Chaque soir, on y revient, les langues se délient avant de se nouer dans une espèce de pacte tacite, l'illusion collective d'un soubresaut adolescent. Personne n'y croit vraiment, mais peu importe : Jean-Sébastien C. embrasse très bien.













