La chronique de Yann Gonzales: La fin
On est content, Patrice a bien travaillé, Gus Van Sant a rallié tous les suffrages, Meg Ryan en a même tressailli du lifting, qui dit mieux ? Certes, Vincent Gallo fait figure de grand absent du Palmarès, mais la pose d'artiste maudit lui va si bien. Le film turc, OK, on est d'accord. Bon, Denys Arcand et Samira Makhmalbaf, on n'a pas vu leurs films, c'est ce qu'on appelle le bénéfice du doute, tant pis, on fait confiance à Patrice. Alors quoi, qu'est-ce qui ne va pas ? Les kilos en trop de Monica ? Les paroles déprimantes d'Isabelle Huppert ? Non, je sais. Ce qui ne va pas c'est Judith Godrèche. La tache du Festival, c'est elle, ma déprime sur la Croisette, c'est à cause d'elle. Judith Godrèche, vraiment n'importe quoi. Trop blonde, trop starlette, trop gourde. "Le cinéma, c'est comme la vie" : Judith n'a rien trouvé de mieux à dire, pire que Liz Hurley, le genre de discours qui nous laisse sans voix. J'aurais pu ne pas écouter, oublier, me concentrer sur les prix, mais non, depuis hier, je ne pense qu'à Judith, qu'à ces quelques phrases qu'elle a dû s'appliquer à penser, à écrire, puis, enfin, à dire sans la moindre gêne, sans la moindre honte. Judith m'a rappelé, à sa manière si maladroite, combien le néant pouvait vite fait nous rattraper, nous engloutir, combien le regard d'une jeune fille pouvait être vide, combien certains mots pouvaient sonner creux. Et si le cinéma, c'était vraiment comme la vie ? Si Judith, c'était moi ? J'en frissonne, je quitte Cannes cet après-midi.













