Jean-Luc Choplin, sur un air d'opérette
Jean-Luc Choplin, nouveau directeur du Théâtre du Châtelet propose le mythique "Chanteur de Mexico" à la rentrée. L'interview intégrale sur tetu.com.
Jean Luc Choplin, il est arrivé par le passé que des personnalités ne veuillent pas répondre aux interviews de Têtu, pour ne pas être assimilés à la cause homosexuelle… Et vous ?Je ne réfléchis pas tu tout comme ça, je ne me situe pas en disant je m'adresse à telle ou telle communauté. A travers un journal comme Têtu je m'adresse à des hommes et à des femmes qui lisent Tétu et qui vont pouvoir avoir accès à ma programmation. Mais attention, ce n'est pas du tout un raisonnement marketing. J'estime que dans ma position fondamentale d'homme au service d'une institution publique, je ne peux en aucun cas me permettre d'être juge de qui que ce soit, je ne peux être responsable que de ce que je fais et ne saurais refuser une interview pour le motif que vous évoquez… au contraire je suis terriblement friendly pour votre journal !Vous avez été nommé par Bertrand Delanoé, avez-vous un cahier des charges imposé, la mairie exerce-t-elle un contrôle sur votre programmation? Non, il n'y a aucun cahier des charges, on a le contrôle d'un conseil d'administration où la ville est évidemment très présente, car elle est un actionnaire important de notre conseil d'administration ; mais à partir du moment où l'on respecte notre budget, tout va bien…Votre programmation paraît plus abondante que celle de la saison passée, et le prix des places a sensiblement baissé…oui en effet, il y en a beaucoup plus. On a fait des efforts aussi à tous les niveaux, du point de vue des prix. je propose quand même plus de 165 000 places de 30 à 10 euros…Votre première saison apparaît d'ores et déjà comme très originale…On peut reprendre l'idée, pour la saison, qu'il y a beaucoup de grands voyages, ce qui était l'un des grands thèmes du Châtelet. Ce n'est pas uniquement une série d'ouvrages placés les uns à côtés des autres comme ça. J'ai essayé de tisser un fil, sans le dire, pour ne pas paraître prétentieux, mais je crois qu'il faut donner la proposition puis voir comment ça résonne auprès du public. je paraphrase beaucoup cette jolie petite phrase de Marcel Duchamp : Courant d'air, courant d'art. Le séduisant éclectisme de votre programmation… question de personnalité? Le goût c'est la mort de l'art, disait Cocteau. C'est-à -dire laissons les choses ouvertes pour la diversité et la variété. Ce sont les goûts qui m'intéressent. Il y a une chose qui est pour moi très symbolique, je ne sais pas si vous l'avez remarqué dans la plaquette [de la programmation annuelle]... je n'ai pas fait d'éditorial, je disparais volontiers derrière la proposition qui est faite… ma proposition se veut variée comme les multiples facettes d'une personne, comme les multiples goûts possibles… Je suis pour quelque chose d'éclaté, une vraie, une réelle diversité ; je ne veux pas imposer sur les affiches du Châtelet, en gros, direction générale Jean-Luc Choplin ! Je crois que là aussi c'est un comportement un peu différent.Vous programmez avec audace Verfugbar aux enfers, une " opérette " écrite par Germaine Tillon dans un camp en 1943 ; est-ce la véritable signature intellectuelle de votre saison ? C'est en effet une œuvre très symbolique de ma saison. Il y a à la fois tous les éléments réunis de ce dont je rêve pour le Châtelet. Du divertissement, du sens, du spectacle, de l'émotion, de la réflexion… A savoir, quelle folie et quelle grandeur, tout ensemble, pour l'humanité, de se dire que l'on est capable d'écrire une opérette dans un camp de concentration ! Cet enfermement et cette liberté, c'est un peu toute la contradiction de nos vies, et en même temps, de la vie, résumée à travers cette œuvre écrite par une dame de cent ans…Vos projets pour les futures saisons ? Par exemple, dans les projets que je développe, je projette beaucoup avec le cinéma. Mais pas un cinéma pour que les metteurs en scène de cinéma fassent de la mise en scène du lyrique, ça s'est fait, ça se fait mais on travaille sur des projets merveilleux où on prend un film, comme on est en train de prendre par exemple le film La Mouche de Cronenberg pour en faire un opéra. Et c'est Cronenberg qui en fait la mise en scène, va filmer sa mise en scène tandis qu'Howard Shore, le compositeur de la musique du Seigneur des anneaux qui en écrit la musique. En même temps, j'ai une passion pour André Messager, pour Albert Roussel [Véronique et Padmavâtî]. J'aime les œuvres qui jouent sur deux niveaux, divertissement et puissance de l'intelligence, des situations dramatiques de l'homme. Je prends un exemple d' une œuvre que je monte dans ma deuxième saison, Sound of Music [La mélodie du bonheur, comédie musicale mythique interprétée à l'écran par Julie Andrews et Christopher Plummer, récit des démêlées et de la fuite de la famille du Capitaine Von Trapp dans Salzburg occupée par les Nazis]. le wake-up call, le réveil anti-extrême droite d'un coté, et l'individu qui lui-même par sa propre volonté, liberté peut décider d'agir, de ne pas agir. C'est toute l'intelligence d'une œuvre qui se situe dans l'action politique, au sens très large du terme et qui en même temps nous divertit par de merveilleuse mélodie et de très jolies chansons dans un spectacle familial. Ces œuvres à double niveau, c'est tout ce qui m'intéresse ! C'est un petit peu ce qui me motive et ce qui me donne de l'essence dans le moteur…Photo Marthe Lemelle













