"J'aimerais pouvoir dire que grâce à notre travail nous faisons avancer la société."
Rencontre, dans le cadre du Festival TV de Monte-Carlo, avec John Pardee, producteur-exécutif et co-scénariste de "Desperate Housewives".
Des personnages gay, des bimbos amorales, des situations très camp, un casting fourmillant d'anciennes glorioles de sitcom kitschissimes, le tout aux heures de grande écoute sur les plus grandes chaînes du monde entier. "Desperate Housewives" est "le" carton cathodique du moment. Vous avez l'air d'un producteur heureux…Oh oui ! Nous sommes tous très heureux ! Personnellement, cela fait dix ans que je travaille pour la télévision, et atterrir dans une telle série, c'est fantastique. Tout le monde l'aime, elle va durer encore un moment, donc je me retrouve avec un emploi fixe et franchement, c'est un endroit où il fait bon être ! Selon vous, à quoi est dû l'énorme succès de la série? Je crois que le secret de sa réussite réside dans le fait qu'au départ, il s'agit d'un concept clair -la vie de femmes dans une banlieue plutôt chic - qu'ensuite, il est brillamment interprétée -quel casting incroyable nous avons !- et qu'enfin, il est très bien écrit. Lorsque vous avez la chance de réunir ces trois paramètres, cela fonctionne. Nous avons également bénéficié du facteur chance car la télévision nous a accordé une excellente tranche horaire. Enfin, les gens s'y sont reconnus. La série est arrivée au moment où la télévision proposait beaucoup de reality shows, beaucoup de séries dramatiques, et là , tout d'un coup, on parlait enfin de relations humaines. C'était différent. Drôle, sombre, tordu, mystérieux… Tout cela à la fois, et les gens n'avaient rien vu de tel depuis très longtemps. Quel est votre personnage préféré? Je les aime tous, mais je dois vous dire que, franchement, je prends énormément de plaisir à écrire pour Edie Britt [interprétée par la blonde Nicolette Sheridan, l'ex-Paige Matheson de " Côte Ouest "]… Parce qu'à chaque fois qu'elle apparaît à l'écran, c'est annonciateur de problèmes! Mais tous les personnages sont savoureux, et ça, le public ne s'y est pas trompé. Justement, vos " bimbos " ne sont pas justes des " bimbos ", elles sont plus compliquées que cela…Oui, c'est vrai. Elles sont très typées, elles ont l'air superficiel, mais en fait, elles savent ce qu'elles veulent, elles ne sont pas stupides, vous savez! L'univers des séries est peut-être plus impertinent et créatif que le cinéma désormais? C'est normal, il faut produire si rapidement - nous réalisons 23 épisodes en 10 mois environ - que cela oblige à penser vite, à arriver toujours avec de nouvelles idées. C'est fatigant car avec une série aussi qualitative, la barre est placée très haut mais cela pousse à se remettre sans cesse en question et à devenir un meilleur auteur, à être encore plus créatif. Dans "Desperate Housewives", il y a des personnages gay. Pensez-vous qu'une série peut aider la société à se transformer et les mentalités à changer? On peut se le dire, et s'imaginer que lentement, mais sûrement, les choses vont avancer. Mais en même temps, lorsque je vois ce qui se faisait déjà aux États-Unis au début des années 70, je me dis que dans les familles, on a déjà dû évoquer des sujets de société, parler de la différence par exemple… Or je me demande si, depuis, d'une certaine façon, les choses n'ont pas empiré. Alors, oui, d'un côté j'aimerais vous dire : c'est sûr, grâce à notre travail, nous pouvons à notre manière faire avancer les choses, ouvrir certains esprits. Mais en même temps, personnellement, j'en doute encore, je me demande si c'est bien la vérité. De quoi êtes-vous le plus fier aujourd'hui? Vous savez, j'ai travaillé sur pas mal de séries, j'ai toujours voulu évoluer dans cet univers. Et ce dont je suis le plus fier, c'est que "Desperate Housewives" rencontre un vrai succès populaire sans pour autant être de la télé poubelle. Ce qui n'est pas forcément le cas d'un tas de programmes qui visiblement plaisent à beaucoup de monde et remportent des récompenses. Et ça, j'avoue que c'est très agréable (sourire).











