Cannes, chronique 5
Du cul, du cul, toujours du cul…
On n'a pas l'habitude de se plaindre de ce genre de choses, mais les films, à Cannes, c'est cul à tous les étages. Et, franchement, on est au bord de l'overdose. C'est de notre faute aussi. Par exemple, hier à 17 heures, on était sur le point d'aller voir, comme tout cinéphile digne de ce nom, le nouveau Kaurismäki, Les Lumières du Faubourg, mais non, il aura suffi qu'un collègue nous raconte que Melvil Poupaud montrait sa bite à la Quinzaine des réalisateurs pour qu'on s'y précipite illico. Et alors, la bite de Melvil? Un gros paquet d'ego et de provoc' à deux balles. Melvil se filme en trois chapitres, et dans le dernier, "Le Cinéma" (rien que ça!), il capte ses moments d'ennui, de solitude, ses montées cauchemardesques dans sa chambre d'hôtel pendant le tournage du film de François Ozon, Le Temps qui reste. Plan mythique: à poil sur son lit, la caméra posée cash devant sa paire de couilles, Poupaud trouve le moyen de zoomer sur son sexe mou. La salle est pliée en deux, on la comprend, et on frémit devant l'inanité de ce triptyque vidéo qui n'a pour lui que l'honnêteté de son titre – on vous le donne en mille: Melvil! Par ailleurs, la sélection de la Quinzaine s'avère impeccable, et fait grimper à mort notre érotomètre perso. Dans Les Anges exterminateurs, Jean-Claude Brisseau livre un autoportrait en forme de plaidoyer hallucinant. Condamné pour harcèlement sexuel lors de son récent procès, le cinéaste donne sa version des faits et s'idéalise en martyr naïf, manipulé par des actrices plus ou moins possédées par le diable. Le procédé est douteux, certes, mais on s'en fout: Brisseau filme les filles avec une grâce certaine, même si les postures finissent par lasser un poil – clitoris titillés, dos cambrés sur lits défaits, visages rougis par le plaisir. Mais lorsque l'auteur mêle le fantastique – voire le mystique – à ses obsessions charnelles, son cinéma vire au sublime et fait oublier ses partis pris un peu trop littéraux. À la Quinzaine toujours, Princesse, dessin animé du Danois Morgenthaler, fait souffler le chaud trash et le froid réac' via une histoire pas possible de porno star défunte dont le frère entreprend de détruire tous les films. Arrière-fond catho sur bains de sang: la contradiction bat son plein, et rend l'ensemble assez passionnant. On finit notre tour de Cannes sex sex sex avec Destricted (Semaine de la critique), compilation de courts métrages pornos réalisés par des cinéastes (Larry Clark, Gaspar Noé) et plasticiens (Matthew Barney, Marina Abramovic). Deux mots vite fait sur le nullissime film de Noé, dans lequel une nana et un mec qui ressemble au chanteur d'Indochine se branlent devant une vidéo hardcore. Images stroboscopiques, poupée gonflable, chambre de petite fille et bébé qui pleure en fond sonore: soit l'attirail glauque et minable du petit-bourgeois pseudo-subversif. Heureusement, Larry Clark, lui, assure comme une bête. À travers un dispositif impeccable, il fait passer un casting à des "boys next door" et des porn girls givrées. Pendant 30 minutes, Clark interroge les jeunes mecs sur leur rapport au porno, les pousse dans leurs retranchements, discute éjac' et premières branlettes, les désape et découvre avec stupéfaction que tous les gamins se rasent le sexe et les couilles – comme à la télé. Effet de mimétisme stupéfiant. Puis, le vieux Larry passe aux choses sérieuses, choisit un des boys, qui choisit lui-même une des girls (la quarantaine un peu tapée), et filme le coït sodomite des heureux élus, avec "accident caca" au bout de la bite. Comme une première fois émouvante et étrange. Le porno amateur selon Larry, c'est d'abord des gestes fragiles et du désespoir aigu. Du cul, encore? On a de quoi faire, mais on en garde un peu pour demain.











