Cannes 2006, chronique 8
Romain Duris pleure, Louis Garrel gambade, et Christophe Honoré prend son pied "Dans Paris".
Décidément, un vent de liberté souffle sur La Quinzaine des réalisateurs. Avec Dans Paris, Christophe Honoré clôt magistralement une sélection française sans faute – si l'on excepte le nanar de Melvil Poupaud. Pour la première fois dans la filmographie d'Honoré, le plaisir de filmer l'emporte sur l'effort, le maniérisme (17 fois Cécile Cassard), la peur d'aller trop loin ou pas assez (la question de l'obscène dans Ma mère). Bref, Dans Paris, ce pourrait être "siffler en travaillant", un cinéma brillant et léger à la fois; et en dix jours de festival, rarement un film aura autant transpiré le bonheur – d'un plan, d'une couleur, d'un acteur. Deux frères. Le premier, Paul (Romain Duris, enfin révélé!), sort d'une rupture amoureuse, ou plutôt n'en sort pas, se noie dans une dépression carabinée qui le cloue au lit, chez son père (Guy Marchand), à Paris. Pendant ce temps, Jonathan (Louis Garrel, génial) traverse Paris au pas de course, comme pour montrer à son aîné que la vie n'est pas loin, qu'il suffit d'une fille (Jonathan est un serial dragueur), d'une pirouette, d'une promenade funambule, pour y reprendre goût. Honoré pourrait s'arrêter à cette confrontation entre deux corps aux antipodes – la stase tragique pour Duris, la marche burlesque et joyeuse de Garrel –, mais trouve encore le moyen de se réinventer au cœur même de son dispositif, auquel il greffe des embryons de comédie musicale ou de déconstructions godardiennes. La citation, chez Honoré, n'est cependant jamais un contrat pesant, mais un recyclage ludique et moderne. Dans Paris, c'est l'hybridation réussie entre l'esprit Nouvelle Vague et un cinéma plus contemporain, un cinéma du corps où l'on se retrouve à poil (Garrel, of course) et où l'on danse les seins nus (Joana Preiss), un cinéma pop où l'on se livre à un karaoké douloureux sur une chanson de Kim Wilde. Infiniment drôle et inventif, Dans Paris s'impose comme le meilleur film français de ce festival, toutes sections confondues – je n'ai pas vu le Garcia ni le Giannoli, mais on s'en fout un peu, non? See you lundi pour un palmarès commenté avec la mauvaise foi du mec qui n'a vu que cinq films en compétition !























