Cannes 2006, chronique 6
Les bourgeois foulent le tapis rouge, pendant qu'à la Quinzaine, un jeune Américain mixe avec bonheur drague gay et épouvante visqueuse.
Désolé, les gars, mais je suis un peu à la ramasse par rapport aux films de la Compétition – souvenez-vous: j'ai une accréditation de paria. Du coup, je récolte des rumeurs, des verdicts glanés ici et là , du côté de confrères ou d'amis, en soirées ou à la sortie des salles. Petit échantillon. Babel: "odieux, indéfendable, boursouflé" (Jean-Marc L. des Inrockuptibles). Les Climats: "on aurait pu voir ça il y a 30 ans, comme si le cinéma n'avait pas évolué depuis" (Olivier J., de Numéro). Fast Food Nation: "Avril Lavigne est une grande actrice" (Sandrine M. de Plume noire). Le Caïman: "un film aussi laid que ce qu'il dénonce" (Hélène F., ex-Cahiers du Cinéma et romancière à succès). La Raison du plus faible: "un téléfilm belge, avec de mauvais comédiens" (Romain C., de Score). Selon Charlie: "Je préférerais me faire enculer par Benoît Poelvoorde plutôt que d'avoir à habiller Nicole Garcia" (Hedi S., couturier star). Bref, c'est dire si la sélection de Thierry Frémaux déçoit, et je ne suis finalement pas mécontent de me retrouver du côté des pauvres, à la Quinzaine et ailleurs, là où quelque chose du cinéma semble se jouer. La preuve avec Bugcrush (Quinzaine des réalisateurs), épatant court-métrage américain d'un dénommé Carter Smith. Un ado blondinet aux lèvres pulpeuses flashe sur un bad boy brun pressenti hétéro. Matage de cul sous la douche et timides tentatives de séduction, on connaît la chanson, sauf que le film s'aventure sur un terrain infiniment plus risqué, et tente le coup du film d'horreur avec parasites verdâtres et climax hyperviolent. Rien que pour ces 36 minutes de tension érotique et morbide, on peut attendre beaucoup de Carter Smith. Et s'il veut nous rouler une pelle au passage – il est canon, et il a travaillé avec Dennis Cooper –, ce n'est pas de refus. De l'autre côté de la Croisette, dans un format court également, le film de François Ozon ne me convainc qu'à moitié. Un lever de rideau (sélection officielle – séance spéciale), marivaudage bourgeois au langage châtié, avance pépère sur ses rails en huis clos, où l'élégance – des mots, des acteurs (Louis Garrel en tête) – importe d'avantage que le désir de cinéma. Bref, les surprises et les audaces sont, une fois de plus, à chercher du côté de la marge, de l'underground. On n'est pas près de s'en plaindre.











