Boy George, so bitchy
Nuit de folie, samedi soir, à l'Olympia pour les 30 ans de Jean-Paul Gaultier. Mais aussi l'occasion de choper Boy George, qui était venu passer quelques disques. Interview mouvementée et imbibée. Mais il était trois heures du matin, alors…
Pourquoi avoir accepté de jouer aux 30 ans de Jean-Paul Gaultier? Parce que je le connais depuis longtemps et il a toujours été adorable avec moi. Je l'ai connu au début des années 80, il est venu me voir lors d'un concert de Culture Club, puis, backstage, on a fait connaissance et on est resté amis. Dans le monde de la mode, tu n'entendras personne dire du mal de Jean-Paul, tout le monde l'aime. Et puis il est tellement drôle. Il n'a pas du tout la réputation, comme beaucoup d'autres stylistes, d'être un trou du cul. Bien sûr, j'ai été payé pour ce set, mais je l'aurais fait gratuit.
Vous avez été payé combien? Oh mon dieu que vous êtes curieux… [Rires.] Suffisamment.
C'est cher un set de Boy George? Non pas vraiment. Je peux jouer pour 500 livres, ce qui est très raisonnable. Après, tout dépend du contexte. Si c'est quelque chose que j'ai envie de faire, ou si c'est pour quelqu'un que j'aime, on peut s'arranger. L'essentiel, c'est qu'on me paie mon taxi.
Comment ça se fait que vous ayez viré DJ? Mais j'ai toujours touché à tout, la musique, la vidéo, les spectacles, c'est une continuation logique. Je suis un créatif. Le seul domaine où je suis mauvais c'est le cinéma, je suis un piètre acteur. Mais je ne suis pas pour autant devenu un DJ, que ce soit clair. Je ne fais jamais les choses pour l'argent, autrement je serais encore avec Culture Club. J'ai fait quelques tournées avec eux et ça marchait tellement bien qu'ils voulaient qu'on continue tout autour du monde, mais j'ai dit non. L'argent n'est pas une motivation.
Comment gagnez-vous votre vie alors? Mais je nettoie New York [Rires.], vous n'êtes pas au courant? Je vais bientôt venir à Paris, mais comme les Français sont plus galants, ils vont me demander de nettoyer le Ritz.
Vous aviez un super look… On m'a filé les fringues, je n'ai pas pu choisir.
C'était humiliant comme expérience? Evidemment les gens auraient voulu que je sois humilié. Rien que pour ça, je ne l'ai pas été. Il y a cette idée que lorsque vous êtes une pop star, vous ne savez rien faire de vous-même. Mais je n'ai pas un train de vie de pop star, je n'ai pas de maison secondaire sur la Côte d'Azur et ma femme de ménage s'appelle Hoover. N'oubliez pas que je suis d'une famille humble de six enfants, j'ai appris à m'occuper d'une maison très tôt.
Vous m'avez dit plus tôt que vous étiez un mauvais acteur, pourtant vous venez de jouer un rôle dans le prochain film d'Antoine de Caunes… Mais Antoine est un bon ami et je l'adore depuis si longtemps. J'ai participé plusieurs fois à "Eurotrash", l'émission qu'il faisait avec Jean-Paul. Ce qui est drôle c'est que dans le film, je chante et que pour l'occasion j'ai enregistré une chanson, un truc très jazz pour coller à l'ambiance années 40 du film. Et ça s'appelle Out Of The Trash. Je l'ai enregistré en janvier et six mois plus tard, j'étais en train de vider les ordures de New York.
Vous avez quel rapport avec la mode? Je ne suis pas fashion; que les choses soient claires. Ça ne m'intéresse pas vraiment. La mode pour moi, ça doit être de l'art, quand ça commence à être un truc qui doit absolument rapporter de l'argent ou des sacs siglés qui prouvent à quel point tu es riche, ça me fait profondément chier. J'aime le style, j'aime Anne Pigalle, j'aime Jean-Paul, Vivienne Westwood, John Galliano. Parce que leurs shows sont théâtraux et très camp. Je me souviens du défilé d'un pote styliste avec Jerry Hall. Ils avaient mis des mois à lui confectionner une robe, avec je ne sais combien de petites mains qui avaient bossé dessus. Elle est arrivé, elle a mis la robe, elle a défilé et c'était fini. Ca a dû durer deux minutes. La mode, ça doit être comme l'amour. Ça ne dure pas.
Vous en êtes où avec l'amour? L'amour? Quoi? C'est quoi l'amour? Je défie quiquonque ici de me citer le nom de trois personnes dont il a été amoureux.
Vous détestez toujours Madonna? Oh je crois avoir été suffisamment méchant avec elle ces dernières années. Je vais arrêter. Non je trouve qu'elle est incroyable et qu'elle a un talent fou… [Mort de rire.]
Là -dessus le manager, grand, l'air sévère, se pointe dans les loges en hurlant. "Dernière question. C'est la dernière question!"
Au début de votre carrière, vous étiez très prude, déclarant entre autres lors d'une émission de télé: "Je préfère une tasse de thé à une partie de jambes en l'air…", c'est toujours le cas? Mais comment avez-vous pu prendre au sérieux une chose pareille. Si vous aviez vu l'émission de télévision dans laquelle j'ai dit ça, vous auriez bien compris à ma tête que je me foutais de l'animateur.
Donc vous aimez le sexe, vous êtes un peu comme George Michael? Ne dis pas de mal de George. C'est ma sœur.
Il paraît qu'il a quelques problèmes avec le cannabis en ce moment…
D'où tenez-vous ça? Du Sun? Parce qu'en France, vous croyez ce qu'il y a de publié dans le Sun! Disons que George, en ce moment, expérimente une liberté très grande dans sa vie. Après toutes ces années où il s'est contenu, c'est très excitant pour lui, même si cette liberté peut te jouer quelques tours.
Vous attirez les starfuckers? J'espère bien. Oui, oui, oui.
On m'a dit que vous aviez un profil sur Gaydar? Mais ça fait depuis sept ans. Tout le monde est au courant.
Ah, et c'est quoi votre pseudo? Georgie14.
Je peux vous envoyer un message dès que je serais de retour chez moi? Oui bien sûr, mais si c'est pour m'envoyer un message genre "Boy, je t'aime…", je te bloque. Dis-toi bien que personne ne m'aime autant que moi. Mais tu sais, y a pas de photos cochonnes de moi sur Gaydar. Si tu veux voir mon cul, va sur YouTube, il y est!
Le manager tortionnaire revient à la charge, moins sympathique encore que la fois précédente: "Bon, dernière question!"
Non la prochaine, la prochaine!
C'est quoi votre rôle sexuel préféré? Je suis très adaptable. Ça dépend vraiment du mec que j'ai en face. S'il est baraqué, plus fort que moi, eh bien je m'adapte. S'il est svelte, timide, élancé, disons que je m'adapte moins…Les gens ont du mal à m'imaginer en dominateur, mais ils ne se rendent pas compte à quel point je peux être terrible dans ce rôle.
Vous connaissez des gros mots en Français? Encoulez vous. Baise mon artichaute tout se souite.
Artichaut! C'est pas un gros mot… Qui vous a appris ça?
Mais si, c'est Jean-Paul qui m'a appris ça! Bouffe mon artichaute…
Retour du manager de plus en plus énervé : "Pourquoi en France, vous les journalistes ne posez jamais des questions normales!" Boy George chante la chanson de Gwen Mac Rae "Ain't nothing going on but the rent" tout en riant comme une folle. C'est décidé, on lui envoie un message sur Gaydar.
Photo Mathias Casado Castro













