Barbi(e)turix: le fanzine culturellement fille
Depuis plus d'une année, Barbi(e)turix donne la parole aux artistes, aux collectifs et regorge de bons plans. Rencontre avec Katia Negri, la rédactrice en chef et éditrice de ce fanzine engagé.
Pouvez-vous vous me retracer votre parcours en quelques lignes ? J'ai fait des études de médiation culturelle et de communication. Pendant plus de quatre ans j'ai été attachée de presse de deux salles de spectacles parisiennes, donc j'ai toujours eu un goût prononcé pour la culture : concerts, clubbing, expos, etc. En parallèle je sortais énormément dans le milieu gay mais, jusqu'à la création de Barbi(e)turix, je ne m'étais jamais vraiment investie dans la communauté homo. Plus par manque de temps que par manque d'envie. Comment vous est venue l'idée de vous lancer dans la rédaction d'un fanzine lesbien ? Avec Marie (la DA de Barbi(e)turix), nous avions dans l'idée de faire quelque chose depuis longtemps. On ne savait pas quoi précisément… un fanzine, un site, des soirées ? On sortait beaucoup, mais on ne se retrouvait pas forcément dans les choses qui nous étaient proposées. Et puis, un jour on a eu plus de temps et de motivation, alors on s'est lancé. L'idée du fanzine papier s'est imposée d'elle-même car pour nous le papier avait son importance. Avec la crise de la presse écrite et le fait que la presse lesbienne était quasi inexistante, ça devenait une évidence. Et puis, on est issues de la génération Housewife, qui m'a personnellement beaucoup marqué. Cela nous énervait de trouver plein de fanzines pour mecs et aucun pour filles. On s'est lancé, en essayant au départ de le financer via des annonceurs. Peu d'entre eux étaient prêts à nous suivre. Comme nous n'avions pas envie d'attendre, nous nous sommes autofinancé ! Pendant un an, on l'a sorti avec des bouts de ficelles et aujourd'hui on atteint enfin notre but. Est-ce pour vous un acte engagé ? Bien sûr! Très clairement on veut que les lesbiennes arrêtent de se cacher et pour ça on montre à tout le monde grâce au fanzine qu'il se passe des choses, et beaucoup de choses même, du côté des filles ! On a pris l'angle de la culture et on tient à mettre en avant les filles qui se bougent dans la musique, le clubbing, les arts, le cinéma, la littérature... C'est une fenêtre de plus qui décloisonne un peu le milieu parisien assez fermé des lesbiennes. C'est important pour nous de le faire de façon décalée, sans prise de tête, car cela permet de véhiculer les messages plus facilement et à un plus grand nombre de personnes. Sans compter un point important: Barbi(e)turix est fait uniquement par des bénévoles qui prennent de leur temps personnel pour le sortir tous les mois de façon régulière. Toutes ont comme envie de dépoussiérer l'image des lesbiennes, les montrer telles qu'elles sont aujourd'hui en 2006. On travaille avec énormément de collectifs en se soutenant les uns les autres, en bossant en synergie afin de changer un peu les vieilles mentalités. Que pensez-vous que Barbi(e)turix a de différent des autres fanzines ? La différence entre Barbi(e)turix et les autres fanzines, c'est que Barbi(e)turix à la base est un fanzine fait pour être lu. Ce n'est pas seulement des images plus ou moins belles sur du papier glacé. Contrairement à beaucoup d'autres fanzines, on a un vrai contenu rédactionnel et notre but est de rester précurseurs sur pas mal de sujets. On donne la parole aux artistes, collectifs, porte-parole, etc. Sans compter une bonne dose d'humour qui dénote avec ce qu'on a l'habitude de lire. Et puis Barbi(e)turix réunit une équipe jeune et dynamique de tous horizons. Barbi(e)turix sort tous les mois avec une régularité énorme, ce qui tient quand même du miracle lorsque l'on connaît un peu le domaine ! A côté de ça, on organise des soirées (Better Fucking Girls, 72 Heures) dont l'esprit est très underground. Actuellement, tous les premiers vendredis du mois on est à la Flèche d'Or pour la Méchante Soirée, co-réalisée avec TTMF. Cette soirée allie programmation pointue et festive, avec de 20h à 6h : 4 groupes en live, 4 djs, des performances, des shows burlesques, des stands de sextoys, des distributions de magazines, de capotes pour filles… ! Une soirée très rock & électro qui, je pense, plait beaucoup, puisqu'à chaque fois on explose le score d'entrées. Comment gérez-vous le côté logistique ? Par exemple, comment votre fanzine est-il imprimé, qui se charge de la distribution, etc. Pour l'instant on imprime le fanzine sur les photocopieurs de nos boulots, on plie nous même les magazines et on les distribue comme des grandes. On lance le fanzine une fois par mois lors d'une soirée, soit une soirée Barbi(e)turix, soit une soirée dont on est partenaire. Puis pendant le mois, on le tracte nous même dans les clubs, bars, restos, disquaires, librairies et concept stores de Paris. Avec également des envois auprès de nos abonnés en province. Tout ceci prend énormément de temps et c'est un gros investissement personnel. Tous les gens qui bossent sur Barbi(e)turix sont des passionnés. On y met beaucoup d'énergie et d'argent pour le faire avancer. Chacun participe à sa façon selon ses compétences et nous n'avons pas de bureau fixe, donc en plus de la partie purement rédactionnelle, chacun contribue avec ses moyens perso : ordinateur, photocopieur, téléphone, communication, tractage… Récemment je me suis mise à travailler à mi-temps pour justement essayer une bonne fois pour toute de développer Barbi(e)turix. Un pari risqué mais comme dit le sage " qui ne tente rien n'a rien " ! Combien de personnes participent à sa rédaction ? Au total plus de vingt-cinq personnes gravitent autour de Barbi(e)turix. Le noyau dur est composé d'une dizaine de personnes qui se chargent vraiment du graphisme, des rubriques récurrentes, de l'administratif et de la communication autour du fanzine. C'est la force même du magazine : une équipe composée de filles et de garçons (quelques Ken et beaucoup de Barbies !) homos, bis, hétéros... Le magazine est en fait à l'image de l'équipe ! Le fait d'être nombreux créée la richesse du contenu. Ou peut-on trouver Barbi(e)turix ? Dans tous les lieux pour filles ! Mais également dans des lieux plutôt hétéros ou mixtes : boutiques de mode, librairies gays, galeries, clubs, etc. Pour les personnes qui ont la flemme de sortir ou qui vivent en province, il est téléchargeable sur Internet : barbieturix et on a également une page myspace.com. Ceux qui veulent le recevoir chez eux peuvent bien sûr s'abonner ! Comment s'organise le partage des tâches ? Par exemple, vous pliez-vous au sérieux des réunions de rédaction ? Complètement. Il y a une réunion rédactionnelle une fois par semaine, chez l'une ou l'autre. On se retrouve à quinze et on fait le point sur le numéro en cours avec répartition des sujets. Ça part assez vite en vrille car c'est super dur de tenir quinze filles dans la même pièce. Il y a toujours une grosse ambiance. Comme on est également potes, on bavarde et on ragote, on a beaucoup de plaisir à se retrouver ensembles… et j'espère que ça se ressent dans le magazine. Et puis de toute façon si c'est trop le souk, j'ai un sifflet ! Depuis quelques numéros la couleur a fait une apparition remarquée parmi vos pages. Pensez-vous pouvoir apporter d'autres améliorations à court ou moyen terme ? Oui pour la couleur, c'était obligatoire. Le noir et blanc n'était pas choisi pour le côté vintage ! Uniquement par manque de moyen… Donc on a inséré la couleur progressivement et maintenant on arrête de le photocopier. Le prochain fanzine sera imprimé ou ne sera pas ! Nous sommes récemment retournés voir les annonceurs et cette fois-ci, après un an d'existence, ils nous ont fait confiance. Donc très prochainement des pubs dans Barbi(e)turix et du même coup un fanzine de meilleure qualité et distribué en plus grand nombre ! Quel serait votre rêve le plus fou pour Barbi(e)turix ? Le rêve le plus fou ? Et bien en faire une structure viable qui s'autofinance totalement et qui peut rémunérer ses journalistes. Pour l'instant on n'en est pas encore là , puisque encore une fois on est toutes bénévoles, mais qui sait ? Sinon notre rêve le plus fou serait un jour d'en faire un vrai magazine comme Jalouse ou encore Nylon. Quels sont projets pour les mois ou les numéros à venir ? La suite de Barbi(e)turix, c'est toujours les soirées à la Flèche d'Or. Un festival à venir cet été et à la rentrée une expo collective. Pour le fanzine, de plus en plus de pages grâce aux annonceurs. Et pour le contenu, des masses de choses, mais total top secret. Photo DR













