Discrimination : 30% des dentistes refusent de soigner les séropositifs

Flickr CC
Flickr CC

Un dentiste sur trois refuse de soigner les personnes séropositives, selon une opération de testing conduite par l’association de lutte contre le sida Aides, rendue publique ce jour. Sur 440 chirurgiens dentistes contactés pour un simple détartrage, 33,6 % de spécialistes (ou leur secrétaire) ont refusé de recevoir le patient annonçant sa séropositivité.

« C’est inadmissible », a déclaré à l’AFP Christian Couzinou, président de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes qui avoue « tomber des nues ». Les refus sont directs dans 3,6% des cas et déguisés pour 30%. Les praticiens proposent des horaires contraignants, évoquent des dépassements d’honoraires, réorientent vers un service hospitalier ou un confrère. L’association annonce dans un communiqué avoir pris cette initiative « face aux cas récurrents de refus de rendez-vous ou de discriminations rapportés par les personnes vivant avec le VIH dans leur accès à des soins dentaires ».

« Dans le cadre de la loi de santé, on a vu arriver des mesures sur les refus de soins qui sont quand même très très légères … même en dessous de ce que l’on pouvait avoir dans la première mouture », explique à l’AFP Christian Andreo, directeur des actions nationales d’Aides. « On a voulu montrer que les refus de soins sont une réalité, qu’il faut une législation renforcée. »

« JE NE FAIS PAS BEAUCOUP DE DÉTARTRAGE »
Sur son site internet, l’association diffuse des enregistrements des conversations téléphoniques. « Les personnes dans votre cas, on préfère les mettre en fin de matinée, ça me permet de bien nettoyer le cabinet après », « ça serait mieux pour vous de vous adresser à l’hôpital » ou « je ne fais pas beaucoup de détartrage » sont quelques unes des réponses obtenues.

« Un comportement comme ça, je croyais que cela n’existait plus ! » a réagi le Dr Couzinou, en « incitant » les patients qui ont appelé à porter plainte auprès du conseil départemental de l’ordre.

« Vous avez des gens qui ont le sida, ou des hépatites, et qui ne le savent même pas, donc on les soigne comme tout le monde » poursuit-il. « Un cabinet dentaire est un haut lieu de sécurité, tout est stérilisé ou à usage unique – on change de gants et de masque entre chaque patient –, pour prévenir les infections nosocomiales » (NDLR, contractées lors des soins) » ajoute le Dr Couzinou.

Pour réaliser le testing, les militants ont contacté 440 chirurgiens-dentistes dans 20 villes différentes entre le 7 et le 14 avril 2015. Affichant les même caractéristiques sociodémographiques, une personne annonce sa séropositivité au téléphone, l’autre ne dit rien.

Avec AFP. Illustration : Highrise – Dentist / Shannon O’Toole / Flickr CC

commentaires

Pour continuer la lecture...